Syndrome de l’oreille musicale

Qu'est-ce que le syndrome de l'oreille musicale ?

Syndrome de l'oreille musicale

 

 

 

 

 

 

 

 


Le syndrome de l'oreille musicale est une affection méconnue bien que fréquente dans certains contextes pathologiques.
Le syndrome de l'oreille musicale est le fait d'entendre des sons "fantômes" non acouphéniques (des hallucinations auditives), c'est-à-dire alors qu'il n'y a aucune source externe ni de contexte psychiatrique.

Le risque devant un tel syndrome est le plus souvent de le situer dans le cadre d'une maladie psychiatrique. En effet de telles hallucinations peuvent exister lors de troubles psychiatriques ou neurologiques (tumeurs, infections) ; on peut également les retrouver lors d'utilisation de certaines drogues (LSD, ectasy, PCP, mescaline) ou de médicaments (zyrtec, claritin), le sevrage d'alcool (delirium tremens), ou en raison d'affections médicales particulières (maladie de Parkinson, Alzheimer, Lyme).

Le syndrome de l’oreille musicale ne doit pas être confondu avec l’oreille absolue qui est la capacité à distinguer, différencier et reconnaître à l’écoute des sons, les notes de musique sans référence auditive préalable.

Quelle est la cause du syndrome de l'oreille musicale ?

Certains auteurs suggèrent que le syndrome de l'oreille musicale est une variante du syndrome de Charles Bonnet (hallucinations visuelles chez les patients malvoyants) [1]. Le mécanisme intime n'est pas connu, celui-ci surviendrait dans un contexte de déficit auditif important. Les "sons fantômes" seraient causés par une hypersensibilité du cortex auditif associée à une privation sensorielle.
Le cerveau du fait du déficit d'entrée sonore, comble lui-même ce manque et crée ex nihilo des sons qui en fait n’existent pas extérieurement. Lorsqu’il existe une perte auditive, certains sons ne sont plus audibles, mais les zones du cerveau concernées sont encore en capacité de recevoir des signaux sonores dans ces fréquences. Ces cellules deviennent hypersensibles et peuvent s’activer malgré l'absence de stimuli. Une étude utilisant l'EEG (électro-encéphalographie) a mis en évidence que lorsqu'une personne souffrait du syndrome de l'oreille musicale, elle avait une activation cérébrale dans ses centres auditifs, ainsi que dans les zones du cerveau associées à la musique et à la production du langage reproduisant ce qui survient lorsqu’une personne écoute de la musique. A l'arrêt de cette sensation sonore, l'activité dans ces régions a également cessé. Le stress peut aggraver ces hallucinations.

Quelles sont les formes sonores de ces hallucinations auditives ?

Elles sont habituellement de nature musicale avec des formes qui sont variées selon les sujets. Cela peut être de la musique populaire, des symphonies ou bien d'autres styles de musique, ainsi que des voix, des chants avec ou sans accompagnement et autres sons étranges. Certaines personnes peuvent entendre un seul instrument jouer une mélodie simple, d’autres plusieurs instruments jouant un morceau de musique complexe. Les airs les plus courants entendus sont pour un peu plus de la moitié des cas des chants de Noël et des musiques patriotiques.

Comment faire le diagnostic d’un syndrome d’oreille musicale ?

Le syndrome passe le plus souvent inaperçu car il est délicat, voire difficile pour une personne atteinte d’évoquer « qu’elle entend des voix, des musiques » que personne d’autre n’entend sans prendre le risque d’être étiquetée comme malade psychiatrique. Le syndrome d'oreille musicale reste un diagnostic d’exclusion que l’on peut évoquer lorsque l’ensemble des autres causes d’hallucinations auditives ont été écartées.

Comment traiter le syndrome d’oreille musicale ?

Le mécanisme exact de ce syndrome n’est pas bien connu et il n’y a pas de consensus  standard pour le traitement ; les thérapeutiques sont multiples et d’une efficacité variable et aléatoire.
Un des premiers objectifs est d’améliorer l’audition du patient et de l’encourager à enrichir son environnement sonore. De cette manière, le cerveau ne comble pas cette privation sonore par des hallucinations auditives. Certains patients bénéficient de médicaments anxiolytiques ou antidépresseurs ou plus simplement de techniques de relaxation ou de méditation ou de thérapies comportementales et cognitives. Des thérapeutiques plus complexes comme « la thérapie sonore » sont également proposée. Il s’agit de programmes de soins basés sur l’introduction de musique en arrière-plan (bruit blanc, bruits de la nature, etc.) dont le but est de masquer le bruit, la musique, les voix survenant de manière intempestive.

Cas clinique d’un musicien semi-professionnel

De nombreuses descriptions cliniques sont présentées régulièrement dans la littérature scientifique. Un des plus récents concerne un musicien semi-professionnel de 67 ans qui venait de subir une implantation cochléaire bilatérale [2]. Le syndrome de l’oreille musicale a commencé un jour après l’implantation cochléaire. Il a cessé immédiatement après l’explantation cochléaire, mais il a réapparu trois mois plus tard.
Une enquête transversale réalisée chez les patients âgés de 18 ans et plus qui ont reçu des implants cochléaires pour perte auditive profonde entre 1997 et 2010 a montré que 22 % des patients étudiés présentaient un syndrome de l'oreille musicale avant ou après l'implantation cochléaire.

Les quelques études publiées suggèrent qu’environ 20 % des personnes atteintes d’acouphènes souffrent du syndrome de l’oreille musicale, soit environ 3 % de la population générale.

Ce syndrome, au-delà de l'inconfort auditif, entraîne des désordres émotionnels majorés par les difficultés à confier la présence de ces hallucinations auditives même à leur thérapeute. Chez le musicien, les hallucinations persistantes vont perturber tout autant la vie quotidienne et la qualité de vie que la vie professionnelle.

Rédacteur Docteur Arcier pour Médecine des arts®
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Bibliographie

[1]. Berrios GE, Brook P. The Charles Bonnet Syndrome and the problems of visual perceptual disorder in the elderly. Age Ageing. 1982;11:17–23.
[2]. Kompis M1, Mantokoudis G, von Gunten B, Schmid C, Blaser D, Caversaccio M. Musical Ear Syndrome and Cochlear Explantation: Case Report and Proposal for a Theoretical Framework. Otol Neurotol. 2019 Oct 1.
[3]. Low WK1, Tham CA, D'Souza VD, Teng SW. Musical ear syndrome in adult cochlear implant patients. J Laryngol Otol. 2013 Sep;127(9):854-8.
 

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