Revue Médecine des Arts N°91 En scène

Revue Médecine des Arts N°91 En scèneSanté des artistes, santé du musicien, santé du chanteur, santé du danseur

Numéro 91 En scène !
Approche médicale et scientifique des pratiques artistiques

Port Gratuit

Les articles de la revue ne sont pas vendus indépendamment, le prix de 17 euros correspond au prix de l'ensemble de la revue, tous les articles et les chroniques

En scène, c'est le plaisir de vivre sa passion et son métier, la relation avec le public. C'est aussi faire face aux aléas tels que l'anxiété de performance et perdre ses moyens sous la pression. Deux articles de la revue décrivent ces aléas, les facteurs causaux mais aussi une interprétation nouvelle en relation avec le fait que parfois cette émotion invalidante dans la majorité des cas, est recherchée afin de soutenir la performance scènique. Mais la vie de l'artiste ne se résume pas à sa pratique scènique, une étude met en relief l'importance de l'envitonnement psychosocial de l'artiste du musicien sur la santé physique et mentale du musicien.

Edito Médecine des arts N°91

Les rêves dansants

La sensibilité tactile des musiciens : les effets du jeu instrumental sur l’acuité sensitive des mains

L’objectif est de rechercher s’il existe un lien entre la sensibilité tactile et la pratique musicale. Le fait de jouer d’un instrument de musique de manière soutenue entraîne-t-il des modifications de la sensibilité tactile des doigts ? Pour étudier cela, deux groupes de musiciens seront étudiés, pianistes et instrumentistes à cordes.

Cette première partie développe les mécanismes mis en œuvre lors de la perception tactile. Le stimulus est perçu par les différents mécanorécepteurs situés dans la peau, puis transformé au niveau des champs récepteurs en potentiel d’action (influx nerveux). La sensibilité discriminative (qui sera testée dans l’étude par le seuil de discrimination de deux points statiques) est inversement proportionnelle à la taille des champs récepteurs. Le pouvoir de discrimination est maximal au bout des doigts, par une forte densité des mécanorécepteurs, des champs récepteurs étroits et une forte représentation corticale. Les informations tactiles sont véhiculées vers le cortex cérébral par voie lemniscale. Les zones excitatrices et inhibitrices des champs récepteurs interviennent dans la sensibilité discriminative. Une revue de la littérature portant sur la sensibilité tactile des musiciens est également présentée.


Les objectifs émotionnels dans l’anxiété de performance musicale

page 18-32

L’anxiété de performance peut être invalidante et c’est pourquoi chercheurs comme non-spécialistes s’accordent à penser qu’il est souhaitable de contrôler cette émotion à la baisse. Pourtant, de nouvelles perspectives dans la littérature sur les émotions indiquent que parfois on chercherait à contrôler l’anxiété à la hausse comme aide à la performance. L’étude porte sur les objectifs émotionnels que les musiciens se fixent lors d’une performance. En s’appuyant sur un nouveau cadre d’objectifs émotionnels, les résultats indiquent que ce que l’on veut ressentir et ce que l’on veut paraître ressentir sont des facteurs déterminants de l’anxiété de performance. Dans l’étude 1 (N = 44), les musiciens ont pour la plupart rapporté ne vouloir ni ressentir ni montrer de l’anxiété pendant une performance, bien qu’une partie importante d’entre eux ait déclaré vouloir ressentir mais ne pas montrer de l’anxiété pendant une performance. Dans l’étude 2 (N = 32), les musiciens ayant mis en œuvre l’objectif de ne pas ressentir ni montrer de l’anxiété ont signalé moins d’inconfort et une plus grande satisfaction à l’égard de leur performance que ceux ayant mis en œuvre l’objectif de ressentir mais de ne pas montrer de l’anxiété. Cette étude permet de mieux comprendre les objectifs émotionnels que les musiciens se fixent et comment ces objectifs influent sur les résultats escomptés en matière de performance.


Environnement psychosocial du travail chez les musiciens et dans la population active générale norvégienne

page 34-47

Les musiciens souffrent de troubles de santé physique et mentale plus fréquemment que la population générale. Bien que les exigences et les défis qui leur sont spécifiques aient fait l’objet de recherches de plus en plus nombreuses, les explications restent encore quelque peu floues. Nous utilisons un vaste ensemble de données épidémiologiques pour comparer l’environnement psychosocial du travail de 1 607 membres de l’Union norvégienne des musiciens avec un échantillon national de 8 517 employés de la population générale active norvégienne. Les musiciens ont rapporté avoir plus de contrôle sur leur travail ; cependant, ils se sentent moins soutenus et reconnus, ont plus de conflits travail-famille et moins de motivation, et perçoivent leur travail comme plus exigeant par rapport à la population active. Dans l’échantillon de musiciens, les résultats indiquent que les musiciens classiques et contemporains connaissent un environnement psychosocial moins favorable en termes de contrôle, d’exigences et de reconnaissance, les musiciens d’orchestre ressentent moins de contrôle et les solistes moins de soutien. De futures études devraient explorer les actions préventives possibles pour améliorer l’environnement psychosocial du travail des musiciens.

Mots clés : musicien ; environnement psychosocial du travail ; santé ; étude épidémiologique ; genre musical.


Perdre ses moyens sous la pression : quels en sont les facteurs causaux chez les musiciens ?

page 48-60

Sous la pression, les actions motrices comme celles qui sont nécessaires pour s’exprimer en public ou pour une performance musicale, peuvent être compromises, même si elles ont été bien entraînées. On qualifie souvent cela de « perte de ses moyens sous la pression » (PMP). Bien que des problèmes multifactoriels soient à l’origine de ces échecs dans des situations anxiogènes, comme une perte de dextérité motrice et un dérèglement cognitif, les éléments fondamentaux des anomalies qui caractérisent la PMP et la manière dont ces anomalies sont liées n’ont pas été élucidés. Nos objectifs ici sont, premièrement, de classer les anomalies comportementales, psychologiques et physiologiques associées à cette perte de moyens chez les musiciens et, deuxièmement, d’identifier leurs relations, sur la base de données provenant de 258 pianistes ayant répondu à un questionnaire. Une analyse factorielle exploratoire a mis en évidence huit anomalies fonctionnelles liées à la PMP chez les musiciens, telles que l’attention portée au public, des actions motrices erronées, une confusion perceptive et un échec du rappel de mémoire ; en revanche ces résultats n’incluaient pas une attention exagérée portée à la performance. Cela suggère que l’attention est détournée de la mise en œuvre des habiletés et que cela peut être à l’origine de la dégradation de la performance sous la pression. Une analyse d’équation structurelle a également permis de déduire des relations causales entre ces anomalies fonctionnelles. Par exemple, alors que l’échec du rappel de mémoire était influencé par des comportements passifs se manifestant sous la pression, les actions motrices erronées pendant la performance étaient influencées par une sensation de précipitation et de perte du contrôle corporel. En outre, certains traits de personnalité spécifiques, tels que le névrosisme, la conscience de soi en public et un manque de confiance, étaient associés à la mesure dans laquelle la pression provoquait ces anomalies. Ces résultats suggèrent que des anomalies psycho-comportementales distinctes et des traits de personnalité sous-tendent les effets néfastes de la pression sur la performance musicale.

Mots clés : musicien ; pianiste de haut niveau ; anxiété de performance musicale ; questionnaire ; traits de personnalité.


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