L’écoute de la musique modifie et améliore l’expression des gènes

Musique et sécrétion de dopamine

Mozart entouré de sa soeur et de son père

Irma Järvelä [1] et son équipe de l’université d’Helsinki viennent de mener une enquête particulièrement intéressante et innovante. L’expérience a été menée chez 48 sujets ayant une expérience musicale variable, du musicien débutant au professionnel. Deux groupes ont été constitués, dont l’un de 15 participants (sur les 48) représentant le groupe témoin.

L’expérience comporte deux phases.

  • Lors de la première, l’ensemble des participants  (48) doit écouter durant 20 minutes le Concerto n°3 en do majeur K216 de Mozart. Des prélèvements sanguins sont réalisés avant et après l’écoute de cette musique, visant à analyser le profil de l’expression des gènes des participants.
  • Lors de la seconde phase, effectuée quelques jours plus tard, le groupe témoin (15 participants) est invité le jour avant l’expérience de contrôle à ne pas écouter de la musique, ni faire des exercices particuliers. L’expérience de contrôle proprement dite est réalisée en l’absence d’environnement musical. Lors de cette expérience d’une durée de 20 minutes, les 15 participants peuvent soit discuter avec d’autres participants, soit lire un magazine, soit aller marcher à l’extérieur. Des prélèvements sanguins sont réalisés de la même manière, avant et après l’expérience.

Les profils d’expression génique sont ensuite minutieusement analysés. Les chercheurs notent deux différences saillantes.

  • 1. D’une part, les deux groupes différent selon l’expression génique. Le groupe témoin présente des différences géniques par rapport au groupe qui a écouté de la musique.
  • 2. D’autre part, cette différence génique dépend également de l’expérience musicale des participants. Les musiciens les plus expérimentés surexpriment certains gènes et sous-expriment d’autres gènes, ce qui n’est pas noté chez les musiciens les moins expérimentés.
Fonction biologique Gènes Direction de régulation
Sécrétion de dopamine SNCA, RTN4, RGS2, SLC6A8 Plus élevé
Transmission synaptique SNCA, STXBP2, FKBP8, SYNJ1, LYST, SUMO2, HDAC4, DUSP6 Plus élevé
Fonction synaptique    SNCA, NPTN, FKBP8, NRGN, HDAC4 Plus élevé
Apprentissage et mémoire, performance cognitive SNCA, NRGN, NPTN, FKBP8, RTN4, SLC6A8, NEDD9 Plus élevé
Apprentissage chant et chant chez les oiseaux SNCA, NRGN, RGS2, MYC, UBE2B Plus élevé
Activation corticale auditive HDAC4, LRRFIP1 Plus élevé
Oreille absolue FAM49B, HDAC4 Plus élevé
Neuroprotection SNCA, RTN4, FKBP8, SLC6A8, KLF4 Plus élevé
Neurogenèse KLF4, SMNDC1, S100A12 Plus élevé
Apoptose neuronale CASP8, GZMH, GZMA, IFI6, PYCARD, TNFRSF10B, HSPE1 Plus faible
Synthèse ATP couplée avec transport de proton ATP5J, ATP5L Plus faible

Ainsi l’écoute de la musique classique développe une activité accrue de gènes impliqués dans la sécrétion de la dopamine. La dopamine est un neuromédiateur « du plaisir et de la récompense » que le cerveau délivre lors d’une expérience qu’il juge « bénéfique ». Cet effet serait également noté sur les gènes en relation avec la neurotransmission synaptique, l’apprentissage, la mémoire. Les chercheurs ont également remarqué la surexpression d’un autre gène, celui de l’alpha-synucléine, connu pour jouer un rôle dans la maladie de Parkinson mais aussi dans l’apprentissage des chansons… chez l’oiseau !, « suggérant un fond commun de l’évolution de la perception sonore et la vocalisation entre les oiseaux et les humains », indique Dr Irma Järvelä, l'un des auteurs de l'étude.
Enfin, les chercheurs mettent en évidence également la sous-expression chez les musiciens d’un gène associé à la dégénérescence cérébrale.

L’effet n’est détectable que chez les participants expérimentés sur le plan musical, ce qui suggère l’importance de la connaissance et de l’expérience relatives aux effets induits par la musique.

Ces résultats suggèrent que nous avons des raisons de penser que l’écoute attentive de la musique tout au long de la vie peut aider à améliorer le fonctionnement du cerveau et jouer un rôle protecteur de la dégénérescence cérébrale.

Rédacteur Docteur A. Arcier, président fondateur de Médecine des arts®
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Note

[1] Etude ayant fait l'objet de cet article
Chakravarthi Kanduri, Pirre Raijas, Minna Ahvenainen, Anju K. Philips, Liisa Ukkola-Vuoti, Harri Lähdesmäki and Irma Järvelä (2015). The effect of listening to music on humantranscriptome. Peer J 3:e830

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