Anorexie chez les danseuses, un risque majeur

Lutter contre l’anorexie au sein du ballet

Les premières descriptions médicales de l’anorexie mentale, en 1689, faites par Richard Morton, médecin anglais, faisaient déjà mention du risque important de mortalité rencontré dans ces troubles alimentaires. Ce risque sera confirmé dans les descriptions qui vont suivre dans les siècles suivants. Le risque de mortalité est élevé dès le début de la maladie et reste important ensuite.

Le suivi de patient (e) pris en charge pour anorexie mentale (durant 20 ans) montre que la mortalité est élevée au cours des 10 premières années, puis diminue ensuite avec la longueur du suivi. Par ailleurs les ratios normalisés de mortalité augmentent avec la durée de la maladie (3,2 pour une durée de moins de 15 ans, et 6,6 pour une durée de plus de 15 ans). Le risque suicidaire reste élevé dans l’ensemble, avec une tendance à la diminution avec le temps. [1]

Risque de mortalité chez les anorexiques

danse et anorexie

Le risque de mortalité lié à l’anorexie du fait de la gravité de la perte de poids, des comorbidités et des suicides est important. Certains métiers de la mode, du spectacle, de la danse font du facteur poids un critère de sélection et la « culture » de métier fait que la « maigreur » est souhaitée lorsqu’elle n’est pas privilégiée.

S’il ne s’agit pas de définir des règles juridiques pour limiter ce problème dans ces milieux, respecter la loi serait bienvenu. En effet, l’analyse des risques est une obligation et le document unique doit faire figurer l’ensemble des risques. Les troubles alimentaires doivent figurer dans ces documents officiels et parallèlement une prévention spécifique, un dépistage précoce doit être mis en place afin de faciliter la prise en charge rapide qui est à même de diminuer la mortalité, et notamment le risque suicidaire qui peut être majeur dans les phases de début de la maladie. Cette prévention est plus indispensable encore dans les lieux d’enseignement et on peut déplorer là par contre le défaut d’obligation de prévention, alors que le risque est vraisemblablement le plus important dans ces périodes de vie.

Faire évoluer les états d’esprits

danse et surpoids

Sur le plan culturel des évolutions sont possibles, la preuve nous est donnée par Michael Gove, ministre britannique de l’éducation et sa femme, Sarah Vine qui ont retiré leur jeune enfant âgée de 9 ans des cours de danse qu’elle prenait parce qu’ils voyaient son inquiétude au sujet de son poids. Cette fillette refusait de manger les jours de leçons de danse et insistait pour porter un justaucorps plus petit que sa taille. Sarah Vine dit que ce qui était agréable était devenue « une épreuve stressante « et un peu sinistre ». [2]
Ces propos du ministre et de son épouse ont été tenus suite aux propos du chef de Ballet national anglais, Wayne Sleep, qui avait déclaré dans le Times au sujet des « danseuses en surpoids » qu’il voulait éradiquer ce problème de poids après que le public se soit plaint que les danseuses étoiles étaient trop minces.
« Tamara Rojo, considérée comme une des meilleures danseuses en Grande-Bretagne, a exprimé qu’elle voulait lutter contre l’anorexie au sein du ballet.

Le public veut voir des danseurs et danseuses beaux et en bonne santé, mais il subsiste encore une pression pour être mince. Cette culture vient du milieu de la mode qui a ensuite affectée le ballet. Lorsque vous êtes dans une compagnie de ballet, vous perdez souvent le sens de la réalité. Alors vous allez aux extrêmes afin de vous démarquer et d’être remarqué. [3]
Wayne Sleep doit présenter un programme de télévision afin d’encourager les filles qui ne correspondent pas à ces critères normatifs (trop petit, pas assez mince, etc.) à continuer à pratiquer la danse ou à la reprendre.

Rédacteur : Docteur ARCIER, président fondateur de Médecine des arts®
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Bibliographie

[1] Franko DL et coll. : A longitudinal investigation of mortality in anorexia nervosa and bulimia nervosa. Am J Psychiatry, 2013 ; 170 : 917–925. Scott Crow : Eating disorders and risk of death. Am J Psychiatry 2013 ; 170 : 824–825. In JIM, 16/09
[2] Telegrap 15 septembre 2013
[3] Mail online 6 juin 2013


 

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