Le cerveau des pianistes classiques fonctionne différemment de celui des pianistes jazz

Pourquoi est-ce aussi difficile pour un pianiste de jouer du jazz et de la musique classique ?

Cerveau et musique jazz

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il est bien établi que la formation musicale et la pratique de la musique induisent une plasticité sensori-motrice.  Cependant, les musiciens sont divers et leurs pratiques également, notamment dans le style, le répertoire, la manière dont ils s’entraînent pour obtenir une performance scénique. Ces différences dans les pratiques musicales se distinguent-t-elles sur le plan neurobiologique ? Peut-on distinguer ces différences neurologiques entre un pianiste classique et un pianiste jazz ?
Le cerveau du musicien est différent de celui du non-musicien. Faire de la musique exige des habiletés particulières longuement exercées, qui se reflètent dans les structures et le fonctionnement cérébral. Ces capacités acquises par la formation et la pratique de la musique sont bien plus spécifiques que ce que l’on pouvait supposer. Suffisamment spécifiques pour distinguer sur le plan de l’activité cérébrale les pianistes classiques des pianistes jazz même lorsqu’ils jouent le même morceau de musique.

L’activité cérébrale des pianistes de jazz diffère de celle des pianistes classiques, même lorsqu’ils jouent le même morceau de musique

cerveau du pianiste jazz et du pianiste classique
© Max Plank Institute for human Cognitive
and Brain Sciences

L’expérience mise en place par les scientifiques de l’Institut Max Planck du département sciences cognitives et cérébrales humaines de Leipzig a été réalisée auprès de 30 pianistes professionnels dont la moitié était spécialisée en jazz, et l’autre en musique classique. Tous les pianistes visualisaient une main sur un écran qui jouait une séquence d’accords sur un piano parsemée d’erreurs dans les harmonies et le doigté. Les pianistes devaient imiter le jeu de cette main virtuelle jouant ces accords et réagir en conséquence aux irrégularités et erreurs pendant que leur activité cérébrale était enregistrée avec des capteurs électro-encéphalographiques. Pour s’assurer qu’il n’y avait pas d’autres signaux perturbateurs, par exemple un élément acoustique, toute l’expérience a été réalisée en silence à l’aide d’un piano en sourdine.

Les non-spécialistes ont tendance à penser qu’il ne devrait pas être trop difficile pour un musicien professionnel de passer d’un style de musique à un autre, comme le jazz et la musique classique, mais ce n’est pas aussi facile qu’il le paraît d’être particulièrement habile pour jouer indifféremment dans ces deux styles.
Le pianiste de jazz mondialement connu, Keith Jarret, répondait lors d’une interview, à une question où on lui demandait s’il aimerait faire un concert où il jouerait tout autant du jazz que de la musique classique « Non, c’est hilarant. […] C’est comme une chose choisie, pratiquement impossible à contrôler […]. C’est à cause des circuits de notre système qui exige des circuits différents pour l’une ou l’autre de ces deux choses. »

Les résultats de cette étude apportent des débuts d’explication à cette difficulté d’exceller dans les deux techniques, jazz et classique.
Les résultats permettent de décrire deux étapes dans la pratique du piano, quel que soit le style :

  • Le quoi : Ce que le pianiste va jouer, c’est-à-dire les touches sur lesquelles le musicien va agir
  • Le comment : c’est-à-dire quels sont les doigts utilisés, le doigté à appliquer.

C'est dans la planification des mouvements de doigts que les procédures neurologiques des pianistes étaient les plus différentes. La pondération entre ces deux étapes est influencée par le style de musique et les apprentissages qui y sont liés.

 

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