La symphonie des toxicomanes, la drogue et les musiciens

L’alcool pour vaincre la peur de la scène

« Toxicomanie et alcoolisme sont très répandus chez les musiciens classiques », selon Rachael Lander, ancienne violoncelliste de l’orchestre anglais National Youth Orchestra (Orchestre national des jeunes).

Rachael Lander

Le stress scénique peut être vécu très douloureusement par les artistes. Pour ¼ des musiciens d’orchestre symphonique, il représente un problème de santé et pour plus de 15 % il s’agit d’un problème de santé sévère. L’exposition scénique peut être un générateur d’une anxiété de performance aiguë avec de véritables attaques de panique et d’une anxiété chronique sous-tendue par cette menace d’attaques de panique sur scène.
Faire face à ce stress scénique pour les artistes qui connaissent ces troubles demande des habiletés psychologiques qu’ils n’ont pas acquises et certains d’entre eux adoptent des comportements addictifs pour affronter la scène et parer en première intention cette anxiété incoercible. A terme, l’addiction devient à son tour un véritable trouble avec de nouvelles difficultés sur le plan personnel et professionnel et relance une anxiété qui trouve là une nouvelle dynamique.
Anxiété de performance, attaque de panique et toxicomanie Rachael Lander, violoncelliste et ancienne membre du National Youth Orchestra témoigne dans un reportage réalisé par la BBC de cette traversée douloureuse d’un musicien soumis ces risques. « De nombreux musiciens consomment secrètement de l’alcool et des bêta-bloquants afin d’affronter les concerts. » La dépendance de cette jeune violoncelliste à l’alcool a entraîné la fin précoce de sa carrière. Pour Rachael Lander, « les problèmes de toxicomanie sont généralisés parmi les musiciens classiques pour de nombreuses raisons. Le mode de vie fait partie de ces inducteurs, des horaires irréguliers, le travail le week-end, la socialisation post-concert. » « De nombreux musiciens utilisent l’alcool et les bêta-bloquants afin de contrôler leur anxiété de performance et après la représentation scénique les musiciens sont à nouveau confrontés à la gestion « du retour à la normale » et boivent pour se détendre. Cela devient une habitude. » L’addiction est au bout de cette habitude, et devient une dépendance. Dans ce reportage, cette violoncelliste promise à une carrière de haut niveau rapporte qu’elle a commencé à souffrir d’attaques de panique sur scène à l’âge de 14 ans, et l’alcool est devenu le moyen pour gérer ces crises anxieuses scéniques. « Adolescente au sein du National Youth Orchestra, j’avais le sentiment irrépressible de ne pas être capable d’évoluer de la façon que je souhaitais, je me suis senti prise au piège. Je ne pouvais pas faire face à cette montée d’adrénaline et je me suis sentie basculer dans des attaques de panique. Lorsque je buvais, les attaques de panique s’estompaient. J’ai aussi pris du Valium et des bêta-bloquants. »

L’alcool pour vaincre la peur de la scène
A 23 ans, elle a compris qu’elle était devenue alcoolique. « C’était un matin froid de février et j’ai été dans les toilettes publiques dans le sud de Londres, et j’ai vidé une bouteille de vodka dans une bouteille d’eau vide afin que cela puisse ensuite passer inaperçu. Ma routine du matin, centrée sur l’alcool, a durée deux ans. Si dès le matin je n’obtenais pas cela, mon corps commençait à montrer les symptômes affreux de sevrage. Tremblements, sueurs froides, crampes d’estomac. Je devais boire suffisamment pour me rendre à l’épicerie la plus proche pour trouver de la vodka moins chère et en acheter plus encore, encore et encore chaque jour, comme une automate instable. » cJe savais, raconte Rachael Lander que ce n’était pas vraiment normal, mais je souffrais d’alcoolisme, c’est une maladie mentale qui consiste à convaincre la victime qu’elle n’en souffre pas vraiment. Pendant longtemps j’ai justifié à moi-même et aux autres que j’étais pas alcoolique. Puis un matin, j’ai vu mon visage dans le miroir et j’ai vu la réalité. J’ai pensé : Je suis dans une toilette publique, seule buvant de la vodka avant 10 h. Cela ne fait-il pas de moi une alcoolique ? »

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