Se défaire de nos biais concernant notre appréciation de la musique demande un effort

Nos attentes et nos préjugés modifient notre jugement de la musique

Préjugés en musique

 

 

 

 

 

 

 

 

L’attente que nous avons d’une prestation scénique et nos préjugés sur les interprètes modifient nos émotions et notre manière d'éprouver du plaisir comme auditeurs et spectateurs. Une équipe de chercheurs vient de mettre en évidence que le simple fait d'apprendre qu’un interprète est un musicien professionnel ou un étudiant change la façon dont le cerveau réagit à la musique et qu’il faut un effort délibéré pour surmonter ce préjugé.
Ces attentes et préjugés ont déjà été étudiés dans le passé et leur rôle confirmé dans le domaine de l’art et du vin. Un exemple que de nombreuses personnes ont pu voir en vidéo en 2007 vient illustrer le rôle du contexte dans notre plaisir d'écouter de la musique, c’est celui du musicien de haut niveau Joshua Bell qui avait joué avec son Stradivarius dans une station de métro de Washington sans qu’aucun passant ne s’attarde à l’écouter alors que dans d’autres circonstances on se serait pressé pour l’écouter et le voir lors d’un concert.

Les biais de contexte en musique

L’expérience mise en place par ces chercheurs a consisté à faire écouter à 20 sujets sans formation musicale 8 paires d’extraits musicaux de 70 secondes. L’écoute se faisait à l’intérieur d’un appareil d’imagerie par résonance magnétique.
Chaque paire se composait de deux interprétations différentes du même extrait. Chaque paire était entendue deux fois à des moments différents au cours de l’expérience.
Lors d’un premier passage, on précisait aux participants que l’un des extraits était joué par un élève de conservatoire de piano, et l’autre par un pianiste professionnel de renommée mondiale. Lors du deuxième passage, on faisait réentendre les mêmes extraits, dans le même ordre, mais en inversant l’information en indiquant que le premier extrait était interprété par un pianiste professionnel et le second extrait par un étudiant de piano.
Chaque participant devait ensuite évaluer le plaisir qu’il éprouvait après l’écoute de chaque extrait et préciser l’extrait préféré dans la paire présentée. « L’IRMf permettait d’examiner les régions du cerveau qui sont associées au traitement auditif, au plaisir et à la récompense et au contrôle cognitif. »

« Afin d'étudier l'activité cérébrale associée au biais, les chercheurs ont comparé les images cérébrales des participants qui préféraient les extraits "professionnels" avec les images des participants qui préféraient les extraits "étudiants". Ils ont constaté que lorsqu'un participant préférait la pièce attribuée à un joueur professionnel, il y avait beaucoup plus d'activité dans le cortex auditif primaire, ainsi que dans une région du cerveau associée au plaisir et à la récompense. »
« Cette activité cérébrale a commencé lorsque le participant a été informé que le joueur était un professionnel - avant même que la musique ne commence - et est demeuré constante pendant l'extrait, suggérant que la croyance qu'un musicien est un professionnel a incité ces participants à accorder plus d'attention à la musique et a biaisé leur expérience d'écoute non seulement au début, mais tout au long de l'extrait.»
Les chercheurs ont également examiné l'activité cérébrale des participants qui ont préféré les enregistrements étiquetés "étudiants" aux enregistrements étiquetés "professionnels" ou qui n’aimaient pas ceux annoncés comme professionnels. Dans ces cas, sur les IRMf des sujets, on constate une plus grande activité dans une région du cerveau liée au contrôle cognitif et à la pensée délibérative tout au long de l'extrait. Ils ont également remarqué que ces participants avaient plus de connectivité entre les parties de leur cerveau liées au contrôle cognitif et à la récompense, ce qui a amené Margulis, coauteur de cette étude, à conclure que le cerveau travaillait plus intensément dans les cas où les sujets supprimaient les préjugés.

Ces données suggèrent qu'il faut moins d'efforts cognitifs pour ne pas aimer une performance lorsqu'elle a été décrite comme étant jouée par un élève plutôt que par un professionnel.

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