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Tendinite et Tendinopathie chez les artistes : musiciens, danseurs, chanteurs, circassiens


Tendinite et Tendinopathie chez les artistes : musiciens, danseurs, chanteurs, circassiens

Qu’est ce que c’est ?


Boutan Michel
Boutan Michel
Boutan Michel

Recouvre un certain nombre de pathologies siégeant au niveau du tendon ou de son insertion osseuse. Le plus souvent évitable grâce au respect des C’est une inflammation du tendon. Elle en fait peu fréquente, dans de nombreuses zones le tendon circule dans une gaine et l’inflammation de cette gaine se nomme tenosynovite et cette pathologie est de loin la plus fréquente. Elle peut survenir aigüe, chronique, adhésive, hypertrophique, nodulaire ou sténosante. Elle peut survenir dans le cadre d’affections inflammatoires généralisées, telle que la polyarthrite rhumatoïde.

Il est à noter que classiquement on distingue la tendinite ou ténosynovite du syndrome de surmenage, les caractéristiques cliniques sont différentes. Cette différence est importante car elle induit des stratégies thérapeutiques différentes.


Comment cela survient ?


Chez le musicien deux facteurs sont le plus souvent à l’origine, la répétition du geste et la mauvaise utilisation du geste. Les gestes répétés entraîne des microtraumatismes lorsque les efforts sont trop intenses, trop rapides. On peut rencontrer chez les musiciens des tendinites des muscles extenseurs ou des fléchisseurs des doigts chez les pianistes et les violonistes ; chez ces derniers l’épicondylalgie du bras tenant l’archet est fréquente (douleur de la partie externe du coude due au surmenage des tendons extenseurs du poignet qui s’insèrent sur l’épicondyle). Les tendinites de l’épaule sont aussi rencontrées, elles existent en particulier chez les violonistes et les instruments à cordes ; elles affectent essentiellement le muscle sus-épineux maintenant l’épaule en abduction. Une pratique inadaptée peut être un facteur favorisant, nécessitant tout d’abord une correction du geste.


Quel est la traduction tissulaire du processus pathologique ?


Boutan Michel
Boutan Michel
Boutan Michel

Un tendon sain, fonctionnel se présente sur le plan microscopique avec une trame de fibres collagènes disposées parallèlement. La substance fondamentale est peu vascularisée en dehors de la zone d’insertion. Les tenocytes sont de petites tailles, et on n’observe pas de fibroblaste.
Les lésions vont se traduire sur le plus histologique par des transformations tissulaires, ces modifications sont différentes selon le niveau d’atteinte du tendon (zone d’insertion, corps tissulaire etc…) et selon le processus en jeu.
- tendinites nodulaires ou tendinoses
Elle se traduit par une altération des fibres collagènes, avec une prolifération de micro-calcifications. Le tendon est le siège de nodules fibreux cicatriciels. Ce sont des lésions dégénératives, ou un tissu fibreux vient remplacer le tissu fonctionnel. "La physiopathologie oriente vers un mécanisme incluant un flux sang excessif comme réponse aux micro traumatisme tendineux amenant dans le corps tendineux des médiateurs cellulaires réagissant à l’hyperthermie, et à l’hypoxie qui caractérisent le travail excessif du tendon" [1]

- Péritendinites(ténosynovite)
Les lésions sont typiquement inflammatoire. La lésion tendineuse s’accompagne par un épaississent fibreuse et s’accole à la gaine tendineuse tapissée de la membrane synoviale, justifiant l’utilisation du terme : ténosynovites. Le conflit créait lors du glissement du tendon à l’intérieur de la gaine synoviale est le générateur de la douleur


Quel est le mécanisme ?



La physio-pathologie de cette affection fait l’objet de plusieurs théories
- Hypersollicitation
Rapidité, précision du geste, forme du geste est responsable de micro lésions au niveau du corps du tendon ou de la zone d’insertion. Ces tendinites se retrouvent fréquemment chez les artistes jeunes, qui lors d’un événement particulier se mettent en suractivité. Cette affection micro traumatique par hypersollicitation touche préférentiellement les groupes musculaires sollicités de manière excentrique
- Théorie trophique
Elle s’applique plutôt aux lésions retrouvées chez les personnes âgés. Les tendons avec l’âge perdent leur qualité fonctionnelle notamment sur le plan de l’élasticité et de la résistance. La capacité d’adaptation de la structure tendineuse est s’amoindrie avec l’âge. S’il est important d’avoir une activité tout au long de sa vie, la gestion de cette activité doit comporter l’intégration de temps de pause, étirements, moins de répétition, de posture délicate etc.
- Théorie de la perturbation de la balance musculaire La composante excentrique de la contraction musculaire constitue le freinage actif de l’articulation lors de la décélération du mouvement. "Ce travail excentrique sollicite la résistance à l’étirement du tissu musculo-tendineux et va être source de lésions". L’origine de ces lésions est d’une part mécanique, l’étirement et la contraction répétées peut léser la zone d’insertion tendineuse ou de la jonction musculotendineuse, d’autre part métabolique, le travail excentrique se réalise en anaérobie et va entraîner des modifications internes de la cellule musculaire avec une augmentation de la température locale et une acidose, l’ensemble de ces phénomènes fragilise la structure musculo-tendineux-squelettique. [2]


Existe-t-il une classification clinique ?



Des stades évolutifs ont été définies sur le plan clinique selon la douleur et la capacité à l’action et au mouvement.
- classification générale :
- "stade 1 : douleur apparaissant rapidement après l’activité et régressant spontanément en quelques heures, évoluant depuis moins de 2 semaines avec maintien de la capacité fonctionnelle et examen clinique normal.
- stade 2 : douleur persistant et après l’activité sans réduire notablement celle-ci, évoluant depuis 2 à 6 semaines avec douleur localisée à l’examen, peu ou pas de signes inflammatoires.
- stade 3 : douleur persistant plusieurs jours après l’arrêt de l’activité, réapparaissant rapidement à la reprise, limitant nettement la capacité fonctionnelle et évoluant depuis plus de 6 semaines avec signes inflammatoires nets à l’examen.
- stade 4 : douleur permanente gênant l’activité courante, empêchant toute pratique sportive.

Les stades 1 et 2 correspondent à des lésions microscopiques réversibles, accessibles à des thérapeutiques simples.

- classification spécifique : Pour les artistes et plus particulièrement pour les musiciens cette échelle a été adaptée et paraît plus intéressante pour le suivi des lésions vis-à-vis de la pratique artistique. (vous la trouverez prochainement au chapitre Syndrome de surmenage).


Que ressent-on ?


Le symptôme principal est la douleur. On distingue d’une part la tendinite ou la tenosynovite proprement dite dont les caractéristiques sont les suivantes :
- Apparition au cours ou au décours de l’activité déclenchante
- Siège au niveau du tendon ou de la gaine tendineuse
- Parfois la douleur peut persister en dehors de la pratique, réapparaître la nuit.
- La symptomatologie évolue plutôt sur un mode aigu

La douleur peut s’accompagner d’une fatigabilité.


Que constate-t-on ?


A l’inspection on peut observer une zone d’œdème modérée au niveau de la région épicondylienne par exemple pour une épicondylite chez le musicien. La palpation de la zone entraîne souvent une douleur exquise. La manoeuvre consistant à contrarier le mouvement normal du tendon entraîne une douleur. C’est le signe de la douleur provoquée contre résistance contrariée du mouvement.


Quelles sont les localisations ?


Elles sont dépendantes des pratiques. Elles sont fréquentes au niveau du membre supérieur chez le musicien, et dans certaines pratiques circassiennes (cirque), chez les plasticiens, fréquentes au niveau des membres inférieurs chez les danseurs. Chaque instrument peut être responsable de tensions sur une unité musculo-squelettique.


Comment faire le diagnostic ?


Le diagnostic est avant tout clinique. Pour autant l’IRM permet de confirmer le diagnostic en cas de nécessité et permet un diagnostic beaucoup plus précis que l’échographie pour toutes les lésions tendineuses.


Quels sont les facteurs favorisants ?


- Les facteurs intrinsèques :
Des particularités anatomiques peuvent gêner le mouvement, ou entraîner des phénomènes de compensation qui à terme vont entraîner un risque supplémentaire : frictions, compression ect.
Des postures inadaptés : les pratiques artistiques peuvent induire des comportement posturaux inadaptés à la physiologie, ainsi le risque de tendinite est plus important.
Certains problèmes de santé notamment les problèmes métaboliques, rhumatismaux sont des facteurs favorisants le risque de tendinopathie.
Les facteurs psychologiques jouent un rôle potentialisateur des tendinites.
- Les facteurs extrinsèques :
les conditions climatiques (trop chaud ou trop froid) aggravent le risque, souvent les ateliers d’artistes plasticiens notamment sculpteurs ne sont pas chauffés ou très peu, certaines salles de musique (église par exemple) sont peu chauffées), les artistes circassiens et de rue jouent aussi dans des conditions environnementales qui peuvent favoriser le risque de tendinopathie.
La prise de certains médicaments peut favoriser les tendinopathies.


Comment les prévenir ?


L’analyse de la pratique, des matériels, parfois des activités annexes (transport du matériel, activité de loisir) est très importante. Des conditions d’hygiène générale : diététique, bucco-dentaire. Des conditions de préparation : échauffement par exemple


Comment les traiter ?


Un traitement antiinflammatoire joint au repos, peut être nécessaire. La reprise doit être progressive selon un programme bien établi et spécifique à chaque instrument.
Un travail rééducatif paraît nécessaire si l’artiste désire une reprise rapide. Le rééducateur aura avec l’artiste rééduquer le geste si celui paraît dysfonctionnel. Aussi une bonne rééducation ne peut se faire sans des spécialistes du geste. La formation Médecine des Arts permet pour les thérapeutes de mieux connaître les méthodes de rééducation en situation de pratique artistique.

TRAITEMENTS
traitement généraux
Repos et immobilisation- c’est la base du traitement, même si il est difficile de l’obtenir par les artistes. Sa durée va dépendre des lésions, mais aussi de la prise en charge, plus elle sera réalisée par des spécialistes des artistes, plus cette période sera gérée avec la plus grande précision.
- on associera l’association d’orthèse toute à fait spécifique aux lésions et aux pratiques
Médication par voie généraleLes anti-inflammatoires non stéroïdiens par voie générale ont montré leur efficacité mais elle reste modeste. La prise médicamenteuse doit être précoce.
Traitements locaux
Traitements pharmacologiques et autres- Infiltration de corticoïdes devra être réservée à certaines situations résistantes aux traitements locaux et rééducatifs.
- traitements externes cutanés : pommades, gels, solutés percutanés etc.
- mésothérapie
Traitements physiothérapiquesC’est un élément essentiel
- Cryothérapie : application de froid durant une vingtaine de minutes par l’intermédiaire de cold-back réfrigérant en utilisation pluriquotidienne.
- Ultrason : ceux sont des ondes sonores dont la fréquence est supérieure à celle du spectre audible.
- Courants continus on utilise l’ionisation et la galvanisation.
- Neurostimulation électrique transcutané
- Courants de hautes fréquences (ondes courtes, ondes centimétriques)
- Courants électromagnétiques (infrarouges).
Traitement masso-kinésithérapique- Massage transversal profond
- Ã‰tirements
- Renforcement musculaire

En savoir plus :


- Les différents aspects de la pathologie de la main et du membre supérieur des musiciens, article de la revue
- Numéro spécial revue Médecine des Arts. Troubles musculo-squelettiques (TMS) du musicien
- Pathologie musculo-tendineuse et syndromes canalaires du membre supérieur du musicien, article médecine des arts
- La main du musicien : tendinites et ténosynovites, article de la revue Médecine des Arts
- Tendinites et ténosynovites de la main et du poignet du musicien, article de la revue Médecine des Arts


rédacteur : Docteur Arcier, fondateur de Médecine des Arts.
mise à jour mai 2008.

photo 1, photo 2 : Michel Boutan

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[1] Archambault JM ; Wiley JP ; Bray RC : Exercise loading of tendons and the development of overuse injuries. A review of current literature. Sports Med 1995 Aug ;20(2):77-89

[2] Alvado A et al Membre supérieur et pathologie professionnelle, Ed. MAsson 2001


Réalisation : Octavo