Voltaire, le martyre égrotant

Les maladies de Voltaire

Vivre longtemps signifié le plus souvent au XVIII°siècle traverser de nombreuses maladies, et survivre à des pathologies redoutable comme la variole par exemple pour Voltaire.

Voltaire

La naissance de Voltaire

VoltaireVoltaire Voltaire est-il né prématuré ? Cela pourrait expliquer bien des choses… On ne peut toutefois émettre qu’hypothèses ou doutes à ce sujet. Ce qui est sûr, c’est qu’un jour de l’année 1694, revenant d’une promenade au bois de Verrières, Madame Arouet, la femme du notaire, dut s’arrêter à Chatenay pour y mettre au monde un enfant qui n’avait qu’un souffle de vie, un enfant si chétif qu’on ne put le baptiser que neuf mois plus tard, et en indiquant une fausse date de naissance pour dissimuler le retard. Il y a lieu de penser que Voltaire ne sut d’ailleurs jamais la vérité, puisqu’il écrivit vers la fin de sa vie : « je suis entré dans ma 72e année, en dépit de mes estampes qui, par mensonge imprimé, me font naître le 20 de Novembre, quand je suis né le 20 de Février… ». Si ce qu’il imaginait là était exact, il eut été prématuré de neuf mois. C’est beaucoup ! Ce qui est également sûr, c’est que ce bébé malingre n’eut aucun besoin d’incubateur et fêta son 84e anniversaire, à une époque où la durée moyenne de vie, si l’on en croit l’homme aux quarante écus, était de 23 ans (ce qui est également faux).

Aux deux tiers de son parcours, il écrivit : « j’ai vécu presque 60 ans, cela est fort honnête. Alexandre et Jésus-Christ n’on vécu que la moitié… ». Et il se réjouissait de ce bon tour jouait à la nature. « La nature a donné à ce qu’on appelle mon âme, un étui des plus minces, cependant, j’ai enterré presque tous mes médecins… ».

Ces médecins furent innombrables. Voltaire fut un perpétuel égrotant. Il ne les ménageait guère, à l’exception de Tronchin qu’il appelait « sa divinité » Mais pour le reste, il disait que sur cent d’entre eux il y a 98 charlatans et que Molière avait eu raison de s’en moquer.

Les maladies de Voltaire

VoltaireVoltaire Quelles furent ses maladies ? A peu près toutes, bien qu’il ait certainement exagéré à cet égard. Sa correspondance est une longue suite de plaintes, de doléances, de récriminations. Il répète dans ses lettres comme une litanie : »Véritablement je me meurs ». Beaucoup de celles qui sont postérieures à son retour de Berlin son signées : « Le vieux radoteur et malade de Ferney ». Continuellement, il parle de se mettre au lit (mais ne s’y met jamais). Il rend perpétuellement l’avant-dernier soupir. Un jour pour distraire la compagnie, il compta ses maladies, il en dénombra 42. Mais il se raillait lui-même si plaisamment qu’on ne lui en tint pas rigueur. « J’ai apporté à Berlin une vingtaine de dents, il m’en reste à peu près six… ». « Je suis, au fumier près, dans l’état où était le bonhomme Job… ». « J’ai perdu mes dents, mes cinq sens, et le sixième s’en va au grand galop… ». Je pourrais continuer jusqu’à en décourager l’éditeur.

Alors, quelles furent ses principales maladies ? D’abord la variole on se demande comment il n’en est pas mort, malgré le dévouement de Gervati qui ne lui en a pas moins administré huit fois de l’émétique et deux cents pintes de limonade.

Il en réchappe (ce qui lui permettra d’être un ardant artisan de l’inoculation), mais sa convalescence traîne. Elle s’accompagne d’une gale « horrible qui me couvre tout le corps ». Pour s’en remettre, on lui conseille les eaux. Il va à Forges. Hélas, « les eaux m’ont tué… ». « Il y a plus de vitriol dans une bouteille d’eau des Forges que dans une bouteille d’encre ». Encore une boutade, puisqu’il y retournera l’année suivante. Dans l’intervalle, Capron le « fait souffrir comme un damné avec de l’essence de cannelle ».

Cependant, la variole n’est qu’un épisode chez ce cacochyme. Sur le plan des maladies chroniques, il semble que se soit son entérocolite qui l’ait le plus tourmenté, ainsi que les ennuis prostatiques à la fin de sa vie, les coliques empoisonnant sa « courte et chienne de vie ». Quant il n’en a pas, c’est sa constipation qui l’empêche d’écrire. « L’âme immortelle a besoin de la garde-robe pour penser » (lettre à Madame de Bernières). De tous ces points de vue, sa santé « va au diable » et comme ce « spectateur de la tyrannie ignorante des médecins », ne sait plus à quel Saint se vouer, comme il se plaint à tout le monde, cela se répand évidemment dans toute l’Europe et revient aux oreilles de Frédéric. Sa Majesté lui écrit :

VoltaireVoltaire « Vous devez avoir une obstruction dans les viscères du bas-ventre. Quelques ressorts sont relâchés. Flatuosités ou espèces de néphrétique sont la cause de vos incommodités ». Merci, Monsieur Diafoirus, et cela fait dire à Voltaire : « On ne dit pas trop de bien de mon cul et de ma vessie ». Orgelets, ophtalmies, une otite qui le rend à moitié sourd d’un côté, caries dentaires et déchaussements (Houdon sera sans indulgence), érysipèle, goutte. (Je suis « le plus maigre des goutteux »), menaces d’hydropisie, fluxions de gorge qui l’empêchent de dicter, scorbut, attaque d’apoplexie… que sais-je ? On n’en finirait pas avec les maladies de ce « né-tué ». En ce qui concerne l’apoplexie, en est-on d’ailleurs sûr, bien qu’il ait dit : « Il est ridicule que je tâte de l’apoplexie, étant aussi maigre que je le suis ». Il semble cependant qu’il ait eu une courte phase d’aphasie (comme cela a dû le gêner !) et l’amnèsie. Toujours est-il qu’il écrit à d’Alembert qui gémit lui aussi sur ses mauvaises digestions, « Votre estomac et votre cul, mon cher ami, ne peuvent pas être pire état que ma tête. Ma petite apoplexie vaut bien vos déjections. Mettons l’une et l’autre dans le même plat, vos entrailles et mes méninges, et présentons les à la philosophie. Je meurs accablé par la nature qui m’attaque par en haut, quand elle vous lutine par le bas ».

On voit que cette gracieuse correspondance allait bon train et que toutes les misères n’altéraient guère l’inextinguible drôlerie et l’optimisme de Candide.

Sauf dans la phase toute ultime de son existence, celle des ennuis prostatiques qui fut – et cette fois-ci ce n’est exagéré – un martyre. Mais c’est une autre histoire.

VoltaireVoltaire M. Beauchâteau, parent de Jean-Jacque Rousseau, écrivant à M. Mouchon (Paris, mai 1778), lui disait : « A 84 ans faire des tragédies, courir 120 lieues de poste ; le lendemain de son arrivée, ouvrir sa maison, recevoir un monde de visitants, faire lui-même diverses visites, lire son Irène à des gens de goût, et sur leurs observations, changer totalement un acte et faire beaucoup de corrections aux deux au- tres, écrire pendant ce temps-là une foule de lettres en prose et en vers, tout cela, ce me semble, n’est pas mal singulier ; aussi court-il le risque de payer cher le tout. A la suite de toutes ces choses, qui accableraient un jeune homme dans sa vigueur, Voltaire a fait une répétition de sa pièce chez lui, et, les acteurs saisissant en général de travers l’esprit de leurs rôles, il s’est donné autour d’eux une peine incroyable et s’est extraordinairement échauffé. Se sentant mal et crachant du sang, il a demandé M. Tronchin et un prêtre ; voyant ce dernier, il dit au docteur : « Faites-moi le plaisir d’avertir cet homme qu’il est indispensable que je parle peu. » [1]

Voltaire meurt à Paris le 30 mai 1778 chez le marquis de Villette.

Pr. J. Brechant
Diamant, actualités médicales. N°9, 1er trimestre 1979.
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Bibliographie

[1] J. Gaberel, Voltaire et les Genevois (1857)


 

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