Epaule du musicien. Bilan clinique, Chapitre 3

Examen clinique du musicien à l'instrument

La réhabilitation à l’instrument devient un acte autant physique que psychologique.
Les principales pathologies fonctionnelles du musicien ont certainement pour origine le relâchement de la racine du membre supérieur au détriment de la main. La prévention des troubles fonctionnels du musicien va reposer sur le respect du fonctionnement de la ceinture scapulaire qui sert de support à l'action musicale

Le bilan clinique du musicien en dehors de l’instrument

Un bilan de la région dorsale et du placement des scapulas est nécessaire pour avoir une visualisation clinique et pour apprécier la dynamique et le jeu musculaire de l’ensemble articulaire scapulo-thoracique. Le patient est observé debout, de profil, de dos et de face, pieds nus et dénudé jusqu’à la taille.
De profil on note l’exagération ou l’absence de courbure dorsale, la coexistence et les différentes combinaisons sont possibles entre hyperlordose et inversion de courbure, avec un possible retentissement postural mais surtout dynamique.
Une courbure dorsale très cyphosée prédispose à un « enroulement des épaules alors qu’une région dorsale plate fait rejeter plus facilement le plan des épaules en arrière. Dans le premier cas, l’orientation de la gléno-humérale favorise les rotations internes du bras et dans le deuxième cas la gléno-humérale ne facilite pas la liberté du bras, car la musculature des adducteurs des scapulas sollicitée oriente la gléno-humérale plus en dehors qu’en avant. L’influence de ces types de courbures retentit également sur la courbure cervicale et le placement de la tête. Dans la plupart des cas on observe une hyper cyphose cervicale basse compensée par une hyper lordose cervicale haute que la courbure dorsale soit plate ou hyper cyphosée. Cette tendance chez nombre de musiciens devient un handicap pour le fonctionnement de l’ensemble cou tête et région scapulo thoracique. La visualisation du patient de dos permet de noter une éventuelle attitude scoliotique, qui comme on le conçoit peut modifier la dynamique des scapulas.
 
Les scapulas sont elles-mêmes très finement observées, la mise en évidence de leur placement statique et dynamique se fait par un schéma. En statique l’axe des épineuses est tracé avec un crayon dermographique, les angles supéro interne et inféro interne ainsi que le bord interne de l’omoplate. Le décollement de l’angle de la pointe de l’omoplate est noté. Au repos les membres supérieurs le long du corps, il est toléré un décollement de deux centimètres. L’importance du décollement est symptomatique d’un manque de stabilité de tout l’ensemble du membre supérieur. Il est ainsi permis de constater l’activité tonique de repos de la musculature qui soutient, stabilise et mobilise la scapula. En dynamique, on demande une élévation antérieure des membres supérieurs, ce qui nous donne le degré de déplacement de la scapula.
Normalement l’angle inféro interne se déplace plus que l’angle supéro interne. Ce qui indique l’orientation physiologique que doit avoir la cavité glénoïdienne : elle doit regarder en dehors en haut et en avant. L’observation de face nous montre la position des clavicules, ou en rétro pulsion, ou abaissées, ou en avant, hautes ; preuves que tout le massif thoraco scapulo-huméral se trouve en position peu propice à une dynamique ergonomique.

Examen du musicien à l’instrument

L’examen à l’instrument, qui suit le bilan établi, est déterminant, il va bien souvent corroborer l’examen clinique. Toutes ces attitudes de fonctionnement retentissent directement sur la main. Lorsque la ceinture scapulaire ne peut d’une part supporter correctement le poids du membre supérieur et d’autre part favoriser une bonne dynamique de ce dernier, il s’ensuit un travail excessif de la main. Il existe une connivence entre la main et son support au niveau du tronc ; Si la racine, en l’occurence la scapulo thorcique n’est pas éduquée pour soutenir et propulser le membre supérieur la main virevoltante du musicien va être obligée de faire un travail de soutien que la racine ne fait peut faire . Il existe en permanence un effet aller et retour entre la main et la ceinture scapulaire.
Toute pression d’un doigt sur l’instrument doit être soutenu par l’ensemble du membre supérieur, avec une gestion différentielle du tonus d’action de la musculature aux différents niveaux du membre supérieur et de sa racine. L’affaissement de l’architecture scapulaire, parfois recherché systématiquement par le musicien, provoque à la longue une atonie de la musculature de soutien. Le porter du membre alors s’effectue beaucoup trop avec le deltoîde, et avec un tendon du long biceps soumis à des frictions susceptibles de l’irriter.

La réhabilitation à l’instrument devient un acte autant physique que psychologique

Les principales pathologies fonctionnelles ont certainement pour origine ce relâchement de la racine du membre supérieur au détriment de la main, et sa musculature extrinsèque se fatigue et se contracture outre mesure. Si la main ne peut plus effectuer son rôle sur l’instrument, car elle doit soutenir, en même temps, le poids du bras et jouer librement, elle finit par serrer le manche de l’instrument ou appuyer d’une façon trop importante sur la corde, la clé ou la touche. Ce comportement habituel s’installe comme une normalité chez le musicien, qui ne prend plus conscience des effets pervers de ces habitudes comportementales. La réaction que l’on rencontre chez ces musiciens, lorsque l’on veut corriger ce défaut de comportement, est de dire qu’il ne peut pas changer ses habitudes car cela peut compromettre sa technique à l’instrument et le son qu’il a créé. Il est donc nécessaire pour le rééducateur de connaître « ce monde » particulier des musiciens et de la musique et d’avoir un impact psychologique pour pouvoir conduire une rééducation. La réhabilitation à l’instrument devient un acte autant physique que psychologique.

Rédacteur P. Chamagne, Médecine des arts®
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En savoir plus sur l’épaule du musicien

  • Le fonctionnement mécanique de l’articulation scapulo-thoracique, chapitre II
  • L’épaule du musicien, le fonctionnement de l’articulation scapulo-thoracique du musicien. Chapitre I

Bibliographie

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  • Chamagne (P.) Approche Kinésithérapique des crampes fonctionnelles dites professionnelles. Sem Hop, 59,44, 3080-3086, Paris, 1983.
  • Chamagne (P.) Les crampes fonctionnelles ou dystonies de fonction chez les écrivains et les musiciens. Ann Chirg Main, 5, 2, 148-152, Paris, 1986.
  • Chamagne (P.) Préventions des troubles fonctionnels chez les musiciens. Collection Médecine des Arts, Alexitère, 1996.
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  • Tubiana (R.),Chamagne (P.), Brockman (R.) Fundamental position for instrumental musicians. Med Probl Perform Art, 4,2 73-76, 1989
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  • Tubiana ®. Chamagne(P). Prolonged rehabilitatio treatment of musician’s focal dystonia. Edited by R Tubiana and P C Amadio Martin Dunitz UK 2000

 

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