Douleur et pratiques artistiques

Quelles sont les différentes approches de la douleur ?

Quelle place donner aux neurohormones dans la régulation de la douleur ?
Pour répondre à la question posée il faut avant tout cerner les trois termes qui la composent : La douleur ne peut s’étudier scientifiquement directement car elle est ressentie par le patient, et l’on passera par lui pour tenter de la circonscrire et de la qualifier en qualité et quantité. Quand on parle de sécrétion hormonale on ne retient pas uniquement ce qui est sécrété par les classiques glandes hormonales, comme la thyroïde, les surrénales, ou les ovaires … mais on envisage aussi différentes substances qui, déversées dans l’organisme vont pouvoir agir sur des nocicepteurs de voisinage, ou au niveau des récepteurs synaptiques. C’est ainsi que nous considérerons les endorphines, enképhalines et les nombreuses sécrétions neuronales et substances provenant des tissus lésés et actives sur les phénomènes douloureux. Nous ne pourrons parler de régulation qu’après avoir présenté les différentes structures anatomiques conduisant et révélant la douleur. Cette régulation s’exerce aussi bien au niveau périphérique que central, aussi bien au niveau médullaire que supérieur, faisant participer des phénomènes d’intégration corticale, de transduction, d’excitation ou d’inhibition au niveau de la moelle, provenant des régions supérieures ou de la région périphérique en souffrance. Nous n’oublierons pas ce qui peut particulièrement concerner la douleur dans le domaine des pratiques artistiques, lors de la survenue de traumatismes ou de phénomènes inflammatoires rencontrés lors d’hyper utilisation articulaire ou de mauvaise pratique sportive.

Quelles sont les différentes approches de la douleur ?

Eric Doireau

La douleur n’est pas objet d’étude en elle-même mais passe par la communication, car elle n’existe que parce qu’elle est perçue et communiquée. Il s’agit d’un événement neuro-physiologique à double dimension : sensorielle et émotionnelle, et les mécanismes algogènes peuvent être d’origine physique comme psychique.

  • La douleur est dite tétramorphe car elle est transformée :
  • par la logique en symptôme,
  • par la technicité en dysfonctionnement,
  • par la socialisation en handicap
  • par la dramatisation en épreuve.

Il existe différentes approches de la douleur
- une approche historique : la douleur est une conquête de l’histoire. Autrefois les limites de la tolérance à la douleur étaient beaucoup plus grandes. Les amputés de la retraite de Russie repartaient à cheval après l’acte chirurgical, et comme disait Sainte Thérèse d’Avila, c’était alors « souffrir ou mourir ! »
- une approche sociologique : les hommes ne vivent pas dans un même corps ; les douleurs varient en fonction des appartenances sociales : les Italiens et les Juifs se plaignent ouvertement, les Américains et les Irlandais l’exprimeraient moins. Quoiqu’il en soit, l’homme qui souffre rompt avec le monde d’avant la douleur qui provoque une sorte de bouleversement biographique.
- une approche psychologique et psychanalytique : la douleur physique peut n’être que la dimension avouable d’un comportement inavouable et refoulé : l’expression douloureuse peut être une tentative de guérison de ce traumatisme refoulé. Les émotions qui ne peuvent être dites par des mots seraient exprimées par des maux.
- une approche linguistique : si pour un sociologue tout est social, pour le psychanalyste tout est désir, pour le linguiste tout est signe. Le mot se définit par rapport à d’autres mots, les éléments du langage se définissent par rapport à d’autres mots, les uns par rapport aux autres. La langage est un principe d’analyse logique de signification et il s’agit de déconstruire la rationalisation en plusieurs plans.

La plainte est complexe et doit être analysée ou déconstruite en différentes composantes : sensorielle, affective et d’évaluation. C’est une conception modulaire de la douleur. On garde le concept fédérateur de la douleur, mais on associe diverses démarches déconstructives d’un concept jugé trop hétérogène. Cette douleur nous est accessible par une conceptualisation logique, une production technique, une reconnaissance sociale et une épreuve morale.

Après avoir été victime d’une douleur, le sujet en parle, et la formulation introduit une distance entre ce que le patient perçoit et ce qu’il en dit. Cette distance entre la douleur perçue et la douleur dite est étudiée par la théorie linguistique (théorie du fait de dire, théorie du signe de Gagnepain). La douleur ne préexiste pas à la formulation qu’en fait le patient ; et c’est en favorisant les formulations des patients qu’on peut les amener à mieux penser leurs propres douleurs. C’est en disant sa douleur que le patient parvient à se la représenter. Les schémas neuro-physiologiques ne disent peut être pas tout de ce qui se passe chez un homme qui souffre, mais pourtant plus que l’on ne croit.

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