Créativité littéraire et maladie maniaco-dépressive

Richard Mason est un écrivain anglo-saxon brillant. A 21 ans il connaît le succès mondial avec son premier ouvrage oublié en 2001, Le Bal des imposteurs, qui sera vendu à plus d’un million d’exemplaires. A l’occasion de la sortie de son troisième roman, 17, Kingsley Gardens, il se confie notamment sur la crise psychologique qu’il a connue suite au succès de ce premier livre.

Comment vit-on le succès à l’âge de 21 ans ?

Richard Manson

Richard Mason : « Mon roman avait été publié dans 20 pays. J’ai vécu une grave crise. Je n’avais plus la force d’écrire, ni de vivre. Je pensais à l’époque qu’il était impossible de continuer à écrire et d’assurer la promotion d’un livre. Le fait d’écrire ne me procurait plus de plaisir. Or, le désir de raconter des histoires était essentiel pour moi. J’étais perdu. Dix ans plus tard, j’ai établi une règle : je n’écris plus quand je fais de la promotion. J’écris à ma façon. Je ne reçois plus d’avance et je ne parle plus avec mon éditeur. Ecrire est un voyage intérieur. Avec 17, Kingsley Gardens, j’ai voulu retrouver la joie de raconter les histoires que j’avais quand j’étais enfant et adolescent. Je me suis amusé en l’écrivant. Je crois que j’ai retrouvé le plaisir de raconter des histoires… » [1]
« Sur le papier j’ai tout, précise-t-il dans le journal Top santé. Avouer mes états d’âmes peut avoir quelque chose d’indécent et j’ai d’ailleurs mis du temps à reconnaître moi-même que je n’allais pas bien. » Il raconte combien la critique sur son travail chroniquée dans la presse, qui l’encense un jour et le lendemain le démolit l’entraîne inexorablement vers un abîme de doute. [2]
« J’étais porté au nues dans un article et descendu en flammes dans un autre, mon humeur finissait par suivre ces oscillations. Je passais de l’exaltation la plus haute au gouffre le plus sombre en un claquement de doigt. La déprime s’est peu à peu installée. » [2]

Troubles bipolaires (troubles maniaco-dépressifs)
Le psychiatre qu’il consulte porte le diagnostic de trouble bipolaire de type 2. Un traitement adapté, médicaments spécifiques et mesures psychologiques, lui permettent de reprendre son activité littéraire.

« Il ne me suffisait pas de remonter la pente. Je ne devais pas la remonter trop haut pour ne pas avoir à redescendre trop bas ensuite, explique-t-il. J’ai renoncé à me laisser aller à des moments de jubilation trop forts. Je dis bien renoncé car dans ces phases hautes, on se sent le pouvoir de réaliser des choses extraordinaires… jusqu’au plongeon suivant où l’on prend conscience qu’on n’est plus capable de grand-chose. Devant un article élogieux par exemple, je prends un maximum de distance. Cela me permet d’aborder plus sereinement une critique. J’essaye de voir passer ces émotions avec détachement. Je bois moins de café, je dors huit heures par nuit…. » [2]
« Mon trouble bipolaire est émotionnel, il n’est pas de nature délirante, mais mon expérience m’a permis de mieux appréhender la fragilité de notre perception du monde. »

Génie créatif et troubles bipolaires
« Depuis Aristote, génie, créativité et trouble mental sont intimement associés. Aussi la littérature scientifique fournit-elle un ensemble d’études de méthodologie variable qui ont tendance à conforter cette opinion selon laquelle la création, notamment artistique, serait l’émanation d’un trouble mental. Les études les plus récentes apportent des arguments en faveur de l’existence d’une association privilégiée entre les formes atténuées de trouble bipolaire et le génie créatif. Pour autant les affections psychiatriques dans leurs phases les plus sévères restent souvent incompatibles avec le génie créatif.

Les Docteurs Courtet et Castelnau expliquent dans une de leur publication que sur un plan compréhensif, il semble que l’instabilité affective contribue et favorise l’émergence de ces processus. Plusieurs facteurs de personnalité, dont le tempérament cyclothymique, semblent associés à la créativité, via les instances cognitives et émotionnelles qui le sous-tendent. L’observation récurrente d’une prévalence élevée de troubles de l’humeur chez les sujets créatifs et d’une composante génétique tant pour ces troubles que pour la créativité suggère que dans une perspective évolutionniste le trouble bipolaire, s’il est pourvoyeur d’une grande souffrance pour les individus, est aussi nécessaire à la société. Cela n’est pas sans poser question dans le domaine du conseil génétique. Enfin, dans notre pratique médicale avec les patients bipolaires, il nous faut rechercher des attitudes thérapeutiques qui soient compatibles avec le maintien de la créativité. [3]

L’accompagnement tout à fait spécifique des artistes touchés par ces pathologies semble nécessaire afin de favoriser leur dynamique créatrice tout en assurant une thérapeutique efficace.

Trouble bipolaire, qu'est-ce que c'est ?
Le trouble bipolaire est une maladie qui touche la régulation et l’équilibre de l’humeur. Les personnes qui en souffrent sont sujettes à des fluctuations d’humeur excessives, voire extrêmes, sans qu’il n’y ait forcément un événement extérieur déclenchant. Elles réagissent souvent de façon disproportionnée à cet événement.
Les personnes bipolaires connaissent des périodes où leur humeur est excessivement « haute » : on parle d’hypomanie si l’élévation de l’humeur est relativement modérée et on parle d’ « état maniaque » si elle est très importante. Mais les personnes qui présentent un trouble bipolaire peuvent également connaître des périodes où leur humeur est particulièrement basse : on parle alors d’ « état dépressif » modéré ou sévère. Toutes les personnes bipolaires ne présentent pas de période dépressive, mais c’est surtout la présence dans leur histoire d’une période où l’humeur est « anormalement haute » qui doit faire évoquer le diagnostic. Néanmoins, les périodes d’humeur haute et d’humeur basse alternent le plus souvent, entrecoupées de périodes d’humeur normale. (Daniel Souery, Sabine Martens, Le trouble bipolaire. Parlons-en ! Brochure réalisée avec l’aide de L’ASBL le Funambule et le soutien de la firme Eli Lilly)

Rédacteur. Docteur Arcier, président fondateur de Médecine des arts®
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Bibliographie

[1] pillow-books.over-blog.com
[2] Top Santé, n°228 septembre, interview de Richard Mason
[3] Ph. Courtet, and D. Castelnau. Tempérament et créativité. Annales médico-psychologiques. Vol. 161, Novembre 2003, p. 674-683.

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