Une pétition de Michel Jarre contre la nouvelle législation protectrice de l’audition pour les musiciens et les auditeurs de musique

Des industries de la musique et des musiciens

protection audition et musique amplifiée

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le risque auditif lié à de hauts niveaux sonores est avéré pour les musiciens et les auditeurs. Les études scientifiques sont toutes convergentes pour confirmer la pathogénicité de niveaux sonores élevés.

Cela n'empêche pas un groupe de musiciens, Michel Jarre, Laurent Garnier relayé par des responsables de festivals (Solidays, Hellfest, Weather), des salles (Rex club, La Machine du Moulin Rouge),  UMIH (Union des Métiers et des Industries de l'Hôtellerie) et d'un ancien ministre de la culture (Jack Lang), de lancer une pétition contre la nouvelle législation protectrice de l'audition des musiciens et des auditeurs de musique. Cette pétition vient en appui de la demande d'annulation du décret auprès du Conseil d'Etat par le Président de la chambre syndicale des lieux musicaux, festifs et nocturnes, Aurélien Dubois. Les industriels du spectacle craignent une baisse de la fréquentation des lieux de spectacles !

La prévention auditive avance lentement mais sûrement dans les orchestres symphoniques ainsi que dans les musiques actuelles ; ce décret est d'ailleurs consacré à ces derniers. De réels progrès sont constatés avec une prise de conscience des acteurs de terrain, les musiciens eux-mêmes, les directeurs de salle de musiques actuelles, les fédérations de festival.
Le dernier colloque sur la santé des musiciens de musiques actuelles dont Médecine des arts était coorganisateur comportait une table ronde sur ce sujet. Dommage que les signataires de la pétition ne se soient pas associés à notre démarche. Ils auraient pu mesurer concrètement les difficultés d'application, parfois, des législations sur les nuisances sonores, mais aussi comprendre qu’une démarche globale basée à la fois sur la technologie et la formation permet de préserver la qualité sonore pour les auditeurs tout en assurant une bonne protection des musiciens.

Le nouveau décret prévoit de renforcer cette protection en limitant le niveau sonore moyen mesuré sur 15 minutes à 102 décibels et le limitant pour le public constitué d'enfants jusqu'à 6 ans à 94 décibels.
Cette nouvelle législation doit s'appliquer dans un an à toutes les discothèques et à tous les festivals, ainsi qu'aux autres lieux diffusant de la musique amplifiée « à titre habituel » et dont la capacité d'accueil est supérieure à 300 personnes.
Le décret prévoit l'obligation d'affichage : les lieux concernés devront « informer le public sur les risques auditifs », fournir des protections auditives « de type bouchons d'oreilles et créer des zones de repos auditif ou à défaut ménager des périodes de repos auditif » durant lesquelles le niveau sonore ne dépassera pas 80 décibels.

Le collectif signataire de cette pétition n'est pas à un paradoxe près puiqu'il veut « protéger à la fois les artistes, les exploitants des lieux clos et ouverts et les festivals », considérant que « la limitation du niveau sonore de la musique dans les lieux publics dénature les oeuvres et va à l'encontre de la liberté de création ».
Au-delà du paradoxe, ces affirmations sont erronées : prendre l’argument de la protection des artistes pour lutter contre cette législation qui vise la prévention des risques auditifs des musiciens est un contre-sens.
Ce n’est pas d’aujourd’hui que les préventeurs se heurtent à la résistance au changement de groupes de pression et parfois des invidus exposés à un risque. Nous comprenons cela, la psychodynamique du travail sur ce sujet a enrichi les modèles de compréhension des processus qui sont en jeu dans cette résistance au changement.  

Le son est un peu plus qu’une intensité, c’est un matériau noble pour le musicien. Un matériau plastique dont il joue à sa guise. Les musiciens tiennent donc à l’utiliser à leur guise. A y regarder de plus près, rien ne les empêche dans cette législation de jouer dans un espace sonore des plus amples. L’échelle des décibels est trompeuse, elle est semi-logarythmique. Nos capacités de perception auditive correspondent sur le plan physiologique en fait à un empan énorme que masque cette échelle, mis en place justement pour manier plus facilement les chiffres de l’intensité sonore.
Pour autant, « lorsqu’on souhaite proposer, prescrire ou conseiller une conduite ou une attitude nouvelles, tenues légitimement pour justes, il faut savoir qu’on devra en même temps combattre une conduite ou une attitude préexistant à l’intervention. Pour qu’un travailleur adopte un nouveau comportement, il faut aussi qu’il accepte de renoncer à celui qu’il adoptait jusque-là. Mieux encore, pour qu’il accepte le principe d’un nouveau comportement, il faut qu’il soit en mesure de critiquer lui-même le comportement qui était le sien jusque-là »[1].

La difficulté d’application d’une législation ne justifie pas sa suppression, mais implique la mise en place d’une stratégie pour que chacun se réapproprie cet espace sonore pour bénéficier avec bonheur de l’écoute et de la pratique de la musique tout en protégeant l’audition des musiciens et des auditeurs. La formation des organismes qui gèrent festivals et salles de spectacle et des techniciens du son devient une nécessité. Médecine des art fait ce travail depuis plusieurs années mais il faut l’accentuer.

Ce qui est regrettable, c’est que les personnes et les organismes éclairés à ce sujet soient finalement « sourds » à des évidences qui aboutiront à des progrès, y compris dans l’écoute et la pratique de la musique.

Docteur Arcier André, président fondateur de Médecine des arts®
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[1] Dejours C., Dessors D., Molnier P.  Comprendre la résistance au changement. Documents pour le médecin du travail N°58, 2° trimestre 1994

 

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