L’art du chant ou les dix conseils de la chanteuse Mainvielle-Fodor

Pour éviter la fatigue vocale

6. Importance de la voyelle sur laquelle on doit vocaliser
Nous devons faire observer que le choix de la voyelle sur laquelle on vocalise est d’une importance que peu de personnes comprennent. On vocalise plus volontiers sur la voyelle o que sur la voyelle à, généralement indiquée, parce que la voyelle o nécessite aucun mouvement du larynx, tandis qu’il doit en faire un de retraite pour bien accentuer l’a qui donne beaucoup plus d’éclat et de vibrations à la voix.
L’élève, une fois parvenu à se rendre maître de ce mouvement de larynx, n’éprouvera plus aucune difficulté à augmenter et diminuer le volume de sa voix, à former les intervalles, à exécuter les gammes ascendantes et descendantes, ainsi que les vocalises les plus compliquées. C’est donc sur la voyelle a que l’on doit exercer. Ce procédé si simple, ignoré d’un élève, l’exposerait à ne faire entendre que des sons sourds et sans portée.

7. Extension de la respiration
La fragilité de la voix rend le chanteur timide, et lui fait perdre dès qu’il est écouté, une grande partie de ces moyens. Il est donc essentiel de chercher à les augmenter par une puissante respiration, sans laquelle les phrases se trouveraient coupées et brisées. Il faut s’attacher, autant que possible, à étendre cette indispensable faculté. Le moyen d’atteindre ce but est d’aspirer (sans donner de voix) autant d’air qu’en peuvent contenir les poumons, et de ne laisser échapper que très lentement, ainsi que le fait un faible plongeur. Par cet exercice, souvent répété, on parvient à augmenter considérablement l’étendue de la respiration, à donner une force supérieure à la voix, et à rentrer dans le motif sans interruption, ce qui est toujours d’un heureux effet.

8. Augmentation et diminution des sons
La gamme, cet alphabet des chanteurs (que des professeurs en renom suppriment dans leur enseignement), doit être exécutée en commençant chaque son pianissimo ; on les augmente graduellement jusqu’à ce que l’on se sente arrivé à la moitié de la respiration. Là commence le décroisement du son, qui ne doit se terminer qu’avec la fin de la respiration. Cette augmentation et cette diminution de voix donnent au larynx une flexibilité que nul autre système ne saurait remplacer. Il ne faut jamais étendre la gamme aux dernières limites de la voix, surtout dans les cordes hautes. Il faut toujours (selon les voix) en laisser au moins deux en repos ; ces notes, qui exigent quelques efforts du larynx, ne doivent s’attaquer que très rarement.
Nous ne saurions assez recommander aux personnes qui font de sérieuses études de le faire souvent à mi-voix. Ce système laisse à la voix toute sa fraicheur, augmente sa flexibilité, et n’irrite nullement la gorge, cet organe si généralement et si vite affecté chez les chanteurs.

9. Pour éviter la fatigue
Une prétention assez générale chez les maîtres de chant est d’exiger de leurs élèves bien plus que le Créateur ne leur a donné. Sans s’inquiéter de l’étendue de leur voix, ils demandent des notes qu’ils n’ont pas. C’est ainsi que les malheureux chanteurs, torturés, font des efforts, des contorsions, des cris même. A les voir, à les entendre, on les croirait de véritables possédés. Ah ! si nous avions le pouvoir de les exorciser et de faire sortir de l’Ecole moderne cet ambitieux démon de l’impossible, nous retrouverions alors le charme de la voix et nous jouirions des progrès que fait en France le goût de la musique. Mais non, le démon de l’impossible se glisse partout, se retrouve partout : il avait pris à la gorge deux sœurs, nos voisines, suivant la classe de M. . Pendant une grande partie de la journée, nous n’entendions que des la, si, do, ré, hors des lignes ; nous en éprouvâmes une telle souffrance, qu’il fallut nous enfuir. Ces notes, qui sans cesse retentissaient à nos oreilles (nous le répétons encore), ne devraient s’aborder que fort rarement, lorsqu’elles sont dans la voix. Si elles ne s’y trouvent pas, l’étude que l’on ferait pour les obtenir n’aboutirait qu’à irriter les amygdales et à produire une inflammation qui ne se guérit presque jamais.

10. De la modération dans les ornements
Dans l’espoir de se faire applaudir par la foule ignorante ou irréfléchie, les chanteurs surchargent leur chant de traits, de punti coronati, de notes hautes et basses aussi peu attendues que désirées d’un chef d’orchestre, réduit à arrêter son armée, qui pour suivre le caprice du chanteur, est obligé de faire les fautes les plus grossières, de donner cinq, six, voire même sept temps à des mesures qui n’en comportent que deux ou trois. Pourquoi cette infraction à la règle ? La musique a la sienne, aussi bien que la peinture, l’architecture, etc., etc. Le caractère d’un morceau de musique doit aussi religieusement observé que le costume d’un personnage. Que dirait-on d’un peintre qui habillerait Bélissaire en Cosaque, ou qui placerait sur le premier comme sur le second plan des personnages de même grandeur ? On l’enverrait à l’école. Voilà pourtant ce que font aujourd’hui la plupart des chanteurs. Ils oublient donc que le chant n’est que la traduction de la pensée mélodieusement exprimée.
Ces écarts ne sont pardonnables qu’aux pauvres fous qui n’ont pas plus de suite dans leurs idées que dans leurs actions. Si le compositeur fait des mesures égales, ce n’est pas pour les entendre briser à tout moment. On ne se figure pas combien cette irrégularité de temps est désagréable à l’oreille. Nous n’excluons pas, bien certainement, la faculté d’ajouter des floritures, mais cela n’oblige nullement à altérer la mesure. Les paroles doivent être notre guide ; en s’y conformant, on aura la certitude de donner au morceau que l’on chante le caractère qu’a voulu lui donner le compositeur.
Marie Weber, nous entendant à Vienne, chanter dans le Mariage secret le bel air en ut mineur attribué à Crescentini, Santo mancarmi l’anima, dit que nous l’avions fait pleurer en faisant des vocalises. Des paroles mélancoliques ne les excluent donc pas ; mais il faut alors, comme le disait Talma, avoir des larmes dans la voix.
Il ne faut pas confondre ces larmes que l’on cherche quelquefois à avoir dans la voix avec le chevrotement, qui est aussi le défaut capital de notre époque et que nous ne pouvons passer sous silence. Ce continuel chevrotement ressemble à une infirmité qu’on se donne bien bénévolement, sans réfléchir que, si l’on avait la patience d’attendre quelques années, l’âge aiderait beaucoup à le développer et même à ‘augmenter. Si la personne qui chante est jeune, on ne sait si elle tremble de peu ou de froid.
Ici, mon vieil ami, finissent mes observations. Publiez-les si bon vous semble.

Le bon La Fontaine a dit :
On ne peut contenter tout le monde et son père.
Scribe assure que les conseils ne plaisent qu’à celui qui les donne ; me voilà donc bien avertie que mes conseils feront faire la grimace à plus d’un visage. Qu’importe, si d’autres me sourient ? D’ailleurs, l’aurais-je pas la récompense de mon petit travail lorsque j’entendrai votre chère fille ?

Mainvielle Fodor
Le ménestrel 1859, n°38

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