Effets de la musique triste et de la musique joyeuse sur le cerveau, des conclusions étonnantes

La musique triste augmente l'introspection

musique triste et cognitions

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les chercheurs ont mis en évidence que la musique triste produisait une réponse plus robuste dans le réseau cérébral « en mode par défaut », par rapport à la musique joyeuse. Cela reflète le fait que les participants en écoutant de la musique triste retirent leur attention du moment présent pour se centrer sur leur propre réflexion, sur leurs propres pensées.

La musique évoquant des émotions tristes, comparée à la musique évoquant des émotions joyeuses, augmente la puissance de l’errance mentale. Le tempo peut influencer davantage l’errance mentale, la musique lente est associée à une errance accrue.

En écoutant de la musique triste, les auditeurs dirigent leur attention vers eux-mêmes et s’engagent dans des processus cognitifs spontanés autoréférencés, précise Liila Taruffi. Ces résultats suggèrent que l’expérience émotionnelle qui sous-tend la musique triste, souvent décrite par les auditeurs comme mélancolique mais agréable, façonne l’errance mentale d’une manière unique, qualitativement non identique à l'errance mentale déclenchée par une humeur négative « quotidienne », ce que l’on peut retrouver par exemple dans une dépression.

Sur un autre plan, les chercheurs rapportent que la musique triste ou joyeuse a généré beaucoup plus d’images que de mots, montrant un lien fort entre l’imagerie mentale visuelle et le traitement de la musique. « Cette constatation concorde avec les résultats d'études antérieures [8][9][3] qui ont rapporté des activations dans le cortex visuel primaire pendant l'écoute musicale et avec la prédominance de l'imagerie mentale visuelle pendant l'état de repos [10][11]. »[1]

Ces travaux de Liila Taruffi  indiquent que la musique module la pensée auto-générée:

  • pendant la musique triste (vs. joyeuse), les auditeurs dirigent leur attention vers l'intérieur d’eux-mêmes, en s'engageant dans des pensées spontanées, qui sont liées aux aspects émotionnels et personnels de la vie;
  • pendant la musique joyeuse (vs. triste), les auditeurs se concentrent davantage sur la musique elle-même et montrent des niveaux réduits d'errance mentale.

Ces résultats mettent en évidence la capacité de la musique à déclencher des processus mentaux spécifiques en fonction de la tonalité (valence) émotionnelle.

La musique triste ou la musique joyeuse au service de la santé

Ces résultats ont  des implications importantes pour l’application de la musique dans une variété de domaines, y compris l'éducation et la psychothérapie, précise Liilia Taruffi. « L'effet décroissant de la musique joyeuse sur l'errance mentale peut être bénéfique pour attirer une attention soutenue pendant l'exécution des tâches dans des contextes éducatifs et réduire la rumination en tant que mode de pensée répétitive associé à la dépression. Alors que l’effet stimulant de la musique triste sur l’errance mentale, en revanche, pourrait être exploité pour améliorer la créativité [2], la cognition sociale et la prise de décision chez des individus en bonne santé [1]. »
Cette étude montre également la modulation du Réseau du Mode par Défaut (RMD) par la musique. L’engagement de ce réseau reflète l’errance mentale [4][5]. Ce réseau est très sensible aux signaux émotionnels externes véhiculés par la musique. Une activité aberrante de ce réseau est associée à des troubles mentaux tels que la dépression, la schizophrénie, les troubles du spectre autistique, la maladie d’Alzheimer. Les travaux de Liilia Taruffi ouvrent de nouvelles perspectives pour l’étude de la musicothérapie dans le traitement de ces troubles. Par exemple, précisent les auteurs, « des études futures pourraient tester la capacité de la musique à réduire l’activité RMD en évoquant des émotions positives et très émouvantes chez les personnes atteintes d’un RMD hyperactif comme dans la dépression [1] ».

Docteur Arcier André, président fondateur de Médecine des arts®
Médecine des arts® est une marque déposée. Copyright Médecine des arts©

Source

Liila Taruffi, Corinna Pehrs, Stavros Skouras, Stefan Koelsch. Effects of Sad and Happy Music on Mind-Wandering and the Default Mode Network. Scientific Reports 7, Article number: 14396 (2017).

Bibliographie

1. Liila Taruffi, Corinna Pehrs, Stavros Skouras, Stefan Koelsch. Effects of Sad and Happy Music on Mind-Wandering and the Default Mode Network Scientific Reports 7, Article number: 14396 (2017)
2. Baird, B. et al. Inspired by distraction: mind wandering facilitates creative incubation. Psychol. Sci. 23, 1117–1122 (2012).
3. Smallwood, J., Ruby, F. J., Singer, T. Letting go of the present: mind-wandering is associated with reduced delay discounting. Conscious. Cogn. 22, 1–7 (2013).
4 . Andrews-Hanna, J. R., Reidler, J. S., Huang, C. & Buckner, R. L. Evidence for the default network’s role in spontaneous cognition. J. Neurophysiol. 104, 322–335 (2010).
5. Mittner, M. et al. When the brain takes a break: a model-based analysis of mind wandering. J. Neurosci. 34, 16286–16295 (2014).
6. Juslin, P. N. & Västfjäll, D. Emotional responses to music: the need to consider underlying mechanisms. Behav Brain Sci. 31, 559–575 (2008).
7. Salimpoor, V. N. et al. Interactions between the nucleus accumbens and auditory cortices predict music reward value. Science 340, 216–219 (2013).
8. Trost, W., Ethofer, T., Zentner, M. & Vuilleumier, P. Mapping aesthetic musical emotions in the brain. Cereb. Cortex 22, 2769–2783 (2012).
9. Koelsch, S. & Skouras, S. Functional centrality of amygdala, striatum and hypothalamus in a “small-world” network underlying joy: an fMRI study with music. Hum Brain Mapp. 35, 3485–3498 (2014).
10. Andrews-Hanna, J. R. et al. A penny for your thoughts: dimensions of self-generated thought content and relationships with individual differences in emotional wellbeing. Front Psychol. 4, 900 (2013).
11. Delamillieure, P. et al. The resting state questionnaire: an introspective questionnaire for evaluation of inner experience during the conscious resting state. Brain Res Bull. 81, 565–573 (2010).
12. Cheyne, J. A., Solman, G. J., Carriere, J. S. & Smilek, D. Anatomy of an error: a bidirectional state model of task engagement/disengagement and attention-related errors. Cognition 111, 98–113 (2009).
13. Nolen-Hoeksema, S. The role of rumination in depressive disorders and mixed anxiety/depressive symptoms. J. Abnorm. Psychol. 109, 504–511 (2000).
 

 

 

 

 

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