Discrimination et harcèlement en danse

Une danseuse licenciée à son retour de congés de maternité

Danse et harcèlement

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans les pratiques artistiques plus que dans beaucoup d’autres professions, être une enceinte, avoir un enfant représente une difficulté supplémentaire.
C’est ce que vient de confirmer d’une certaine manière le tribunal qui a condamné le directeur du ballet de Lyon pour discrimination et harcèlement envers une danseuse qui venait d’avoir un enfant.

En 2014, Karline Marion a 34 ans. Depuis 5 ans, elle travaille en CDD à l’opéra de Lyon et se trouve à un moment crucial puisque son contrat sera requalifié en CDI si celui-ci est renouvelé pour la sixième fois.
Deux jours après son retour de son congé maternité, une lettre lui signifie son non-renouvellement de contrat. Yorgos Loukos, directeur de l’Opéra de Lyon depuis 33 ans, motive ainsi sa décision auprès de la ville de Lyon qui est l’employeur des salariés du ballet : « Faiblesse physique et stylistique, style trop classique, manque de spontanéité dans les figures » pour une danseuse qui a effectué toute une partie de sa carrière au ballet Béjart.
Quelques jours plus tard, lors d’un entretien avec le directeur de l’Opéra, Karline Marion enregistre en cachette leur conversation. Yorgos Loukos explique à la danseuse « je pense que si entre 29 et 34 ans, tu as fait pas mal mais pas beaucoup, c'est pas entre 35 et 40 que tu vas faire plus, en plus avec un enfant ».

A un autre moment de l’entretien à propos d’un déplacement prévu de la danseuse à Bordeaux en tournée, le directeur lui précise : « Tu peux rester à Lyon pour faire ta gym et t'occuper de ton truc ».  Le truc en question, est bien sûr l’enfant de la danseuse.
La danseuse tente de défendre sa position : « Il y a 14 filles dans la compagnie, dix ont des enfants et ça ne pose pas de problème ». Yorgos Loukos, célibataire et sans enfant lui répondra simplement : « C'est moi qui mène la danse ici ».

Le président pousse le prévenu, debout à la barre, les mains croisées dans le dos, à s'expliquer.
« Pourquoi tout à coup, alors qu'elle rentre de congé maternité, elle ne fait plus l'affaire ? »
Le président cite des collègues, interrogés dans l’enquête : « Elle aurait pu faire encore de belles choses dans l'Opéra, elle avait sa place. » Il lit aussi les propos sexistes, rapportés par une danseuse, qu’aurait tenus le directeur de ballet – célibataire, sans enfants. « Cela ne devrait pas être permis d'être enceinte, cela met le travail en porte-à-faux. »
« Avez-vous prononcé ces mots ?
–Non » (exprimé de façon catégorique).
Au tribunal, Yorgos Loukos, debout devant Karline Marion, jure ne pas avoir de problèmes avec les danseuses mères de la compagnie. Celle qui est assise derrière lui ce jeudi n’était juste pas assez bonne. « Elle était pas mal, elle n’était pas la meilleure. » Et le temps, « à son âge » (34 ans à l’époque, donc), n’aurait pas arrangé les choses. « [Elle] n'allait pas à 40 ans devenir exceptionnelle », observe-t-il.

A sa sortie du tribunal, Yorgos Loukos, défendu par Me Frédéric Doyez, a jugé le verdict « ridicule », expliquant que chaque année des danseurs qui ne font pas ou plus l'affaire sont congédiés.

Le directeur du ballet de l'Opéra de Lyon a été condamné jeudi à six mois de prison avec sursis pour discrimination au travail et harcèlement après avoir demandé le non-renouvellement du contrat d'une danseuse à son retour de maternité. Le tribunal correctionnel l'a condamné en outre à une amende de 5.000 euros, à 20.000 euros de dommages et intérêts à verser à la plaignante et à 4.000 euros à verser au syndicat des artistes musiciens professionnels de Lyon qui s'était porté partie civile également. Le directeur va faire appel de cette décision.

Quant à la danseuse, elle préfère désormais évoluer autrement tout en exerçant son art, puisqu’elle suit une formation pour être professeur de danse.

Docteur Arcier André, président fondateur de Médecine des arts®
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