Annonce

L’annonce n’est plus aujourd’hui qu’un fait accidentel. Aussi le public ne manque-t-il jamais de manifester son mécontentement par quelques murmures lorsque, avant le commencement du spectacle ou entre les deux actes d’une pièce, il voit le rideau se lever silencieusement et sans préparatifs jusqu’à moitié de sa hauteur. Il sait alors, à n’en pouvoir douter, qu’il va voir apparaître un régisseur en habit noir, qui, après avoir fait respectueusement les trois saluts d’usage – à droite, à gauche, en face, - va lui apprendre, lui annoncer quelque fâcheuse nouvelle. C’est tantôt un artiste qui, par suite d’accident ou d’indisposition, se trouve dans l’impossibilité de jouer ou de continuer son rôle, et qu’on demande au public la permission de faire remplacer par un de ses camarades ; tantôt un chanteur pris d’un enrouement subit, et qui fait réclamer l’indulgence des spectateurs pour le cas où ses moyens viendraient à le trahir ; tantôt enfin un accident plus grave qui met le théâtre ans l’impossibilité de donner ou de continuer le spectacle promis. Dans ce dernier cas, le régisseur annonce soit qu’on délivrera au contrôle, à ceux qui y consentiront, des billets pour une représentation ultérieure, soit qu’on rendra l’argent aux spectateurs qui l’exigeront. Quelquefois, le régisseur propose un changement de spectacle, qui quelquefois, qui quelquefois est accepté. Il va sans dire que ces faits sont très rares, et que, comme nous le disions, l’annonce est aujourd’hui tout à fait accidentelle. Il n’en était pas de même autrefois, où l’annonce était régulière, quotidienne, et où elle consistait en ceci que chaque soir, à la fin de la représentation, l’un des acteurs, de la troupe, spécialement chargé de ce soin, l’orateur, venait annoncer au public le spectacle du lendemain. « Dans l’annonce ordinaire (car il y en avait d’extraordinaires), écrivait Chappuzeau en 1674, l’orateur promet de loin des pièces nouvelles de divers auteurs pour tenir le monde en haleine, et faire valoir le mérite de la troupe, pour laquelle on s’empresse de travailler. L’affiche suit l’annonce, et est de même nature… Cy-devant, quand l’orateur venait annoncer, toute l’assemblée prêtait un très grand silence, et son compliment court et bien tourné était quelquefois écouté avec autant de plaisir qu’en avait donné la comédie. Il produisait chaque jour quelque trait nouveau qui réveillait l’auditeur, et marquait la fécondité de son esprit, et soit dans l’annonce, soit dans l’affiche, il se montrait modeste dans les éloges que la coutume veut que l’on donne à l’auteur et à son ouvrage, et à la troupe qui le doit représenter. Quand ces éloges excèdent, on s’imagine que l’orateur en veut faire accroire, et l’on est moins persuadé de ce qu’il tache d’insinuer dans les esprits. Mais comme les modes changent, toutes ces régularités ne sont plus guère en usage ; ni dans l’annonce, ni dans l’affiche il ne se fait plus de longs discours, et l’on se contente de nommer simplement à l’assemblée la pièce qui se doit représenter. » Cependant, la coutume de l’annonce, au moins rudimentaire, subsista jusqu’à Révolution, et Lemazurier, dans son Opinion du Parterre, en parle ainsi en ce qui concerne la Comédie-Française : « La suppression de l’annonce date de la même époque (1792). C’était encore une coutume religieusement observée ; entre les deux pièces, un acteur s’avançait sur le bord du théâtre. S’il était reçu (c’est-à-dire sociétaire), il s’exprimait ainsi : Messieurs, nous aurons l’honneur de vous donner demain, etc. S’il n’était encore qu’au nombre des pensionnaires, il employait la formule suivante : On aura l’honneur. Cet usage fournit au parterre une occasion bien honorable pour Lekain de manifester l’estime qu’il accordait à ses talents. Il annonçait le spectacle, et se servait de la phrase consacrée pour les pensionnaires, parmi lesquels il se trouvait alors : le public voulut absolument qu’il employât l’autre, et témoigna de cette manière combien sa réception définitive lui serait agréable. Aujourd’hui (1812) l’affiche remplace modestement cette annonce solennelle, et va plus loin, puisqu’on y trouve l’indication de tous les spectacles de la semaine. »
Dictionnaire pittoresque et historique du théâtre d ‘Arthur Pougin, 1885


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