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Aphtes et pratique artistique


Aphtes et pratique artistique

Aphtes


Qu’est-ce que c’est ?


Ce sont de petites ulcérations superficielles des muqueuses buccales et de l’oropharynx de 1 à 2 mm de diamètre. Les aphtes siègent de préférence au niveau de la face interne des lèvres et des joues, sur les gencives et sur la langue. Ils guérissent spontanément au bout d’environ une semaine.

La présence de plusieurs aphtes buccaux ou génitaux est e aphtose.

(éthymologiquement : aphte vient du grec "aptein" = brûlure.)


Comment cela survient ?


Ils surviennent souvent de manière isolée chez un sujet sans pathologie particulière.
Plus rarement ces lésions apparaissent dans le cadre de la maladie de Behçet (affection touchant plusieurs organes, responsables d’aphtes buccaux, oculaires ou de maladies inflammatoires de l’intestin (colite ulcéreuse, maladie de Crohn).

Les femmes sont plus fréquemment touchées que les hommes. Environ 17 % des personnes en sont parfois affectées de manière récurrente.

Par ailleurs certaines personnes sont plus sujettes aux aphtes que d’autres.

Les causes ne sont pas connues avec précision, mais certains facteurs sont connus comme favorisants (alimentaires par exemple) ou déclenchants (traumatismes).

Il s’agit le plus souvent donc d’une maladie idiopathique (c’est-à-dire que l’on n’en connaît pas la cause) évoluant depuis l’enfance. La survenue tardive doit faire rechercher une étiologie.


Quels sont les facteurs favorisants ?


  • Irritations des muqueuses buccales, microtraumatismes : mauvais ajustement des prothèses dentaires ou chirurgie stomatologique.
  • Fatigue physique, stress, chocs émotifs, périodes de règles peuvent être également des facteurs déclencheurs.
  • Certaines infections bactériennes.
  • Immunodépressions (VIH)
  • Facteurs alimentaires : certains aliments sont favorisants ou déclenchants : l’alcool, les agrumes, les ananas, les fruits secs comme les noix, certains fromages : gruyère, Comté, Roquefort etc., les produits laitiers, le gluten, les viandes, les crustacés, les mets épicés, les tomates, les poivrons, les aubergines, le vinaigre et les autres aliments acides.
  • Certains médicaments peuvent jouer un effet favorisant : aspirine, AINS, IEC, Nicorandil, bêta-bloquants, biphosphanates, antimitotiques, psychotropes…

A cela il faut rajouter :

  • Les carences alimentaires : on a pu mettre en évidence des carences chez les personnes atteintes de stomatite aphteuse, carence en fer, en acide folique, en vitamine B12 et en vitamines B1, B2 et B6.
  • Les dentifrices à base de dodécyl sulfate de sodium (sodium lauryl sulfate en anglais) joueraient pour certains un rôle dans la récidive chez les personnes prédisposées.

Et d’autre part :

  • On peut retrouver des aphtes dans certaines affections systémiques : maladie de Behçet, lupus systémique, polychondrie atrophiante, syndrome d’hyperéosinophilie, dans certaines entéropathies : inflammatoires (RCH, Crohn, maladies coeliaques, ainsi que dans des troubles comme la neutropénie cyclique, les carences pouvant traduire une malabsorption.

Comment cela se manifeste ?


Dans leur forme banale, les aphtes se présentent sous la forme d’ulcérations douloureuses (une sensation de brûlure) solitaires ou groupées, de quelques millimètres de diamètre entourées de zone rouge. Il peut sièger sur les lèvres, la langue, la muqueuse buccale (face interne des joues), le plancher buccal, le palais ou la gorge.

Il s’agit d’une ulcération superficielle, symptôme commun à plusieurs formes cliniques que l’on peut classer en 3 groupes : l’aphte buccal "vulgaire", l’aphtose buccale récidivante, et les maladies aphteuses où la localisation buccale est associée à d’autres localisations générales, organes ou viscères.

Aphte vulgaire
Fréquent chez l’enfant, peut-être unique ou multiplié,
Débute par une sensation de cuisson, puis une ulcération punctiforme ou lenticulaire, à bords nets et fond jaunâtre d’une muqueuse chez la femme.

Aphte récidevant
Ce sont des ulcérations récurrentes, dont les facteurs favorisants sont liés à l’hérédité, l’immunité, le stress et des modifications hormonales chez la femme. Guérissent en général en 1 à 3 semaines, période durant laquelle ils peuvent être très invalidants.

Maladies aphteuses

Ce sont des maladies générales associant aphtes buccaux et aphtes d’autres organes ou viscères.

  • 1. L’aphtose bipolaire : les aphtes génitaux se rencontrent le plus souvent chez la femme atteignant les grandes et petites lèvres. Chez l’homme, le scrotum et le gland (diagnostic différentiel à faire avec des maladies vénériennes)
  • 2. Périadénite de Sutton : aphtes géants ulcéro-nécrotiques reposant sur des nodules inflammatoires, siégeant de préférence sur les joues, les lèvres, les bords et la pointe de la langue, le palais et le voile et les piliers amygdaliens.
  • 3. Dans la maladie de Behçet.
    • Les aphtes peuvent siéger isolément ou en grappes au niveau de la bouche, des yeux (atteinte inflammatoire), du tube digestif (atteinte inflammatoire de l’intestin), du système nerveux central ou des organes génitaux (lésions ulcéreuses) :
    • Au niveau de la bouche, ils sont le plus souvent douloureux, superficiels ou profonds avec au centre un fond jaunâtre. Ils persistent généralement moins de 2 semaines et disparaissent sans laisser de cicatrice.
    • Au niveau des organes génitaux, l’aspect et l’évolution sont identiques. Les ulcères vaginaux sont le plus souvent indolores. Les organes génitaux externes (grandes et petites lèvres chez la femme, pénis chez l’homme) peuvent être siège d’ulcères douloureux.

Point particulier :
- aphtes et HIV : de l’atteinte aphteuse chez les séropositifs. Souvent géants.


Quel est l’évolution ?


Les lésions guérissent spontanément, elles cicatrisent en une ou deux semaines mais sont susceptibles de récidiver.
Dans le cadre de la maladie de Behçet, les aphtes peuvent persister plusieurs semaines et guérir sans cicatrice.
Lorsque les aphtes sont secondaires à une autre maladie, leur évolution dépend de l’évolution de la maladie sous-jascente (cancer, infection…).


Quels sont les diagnostics à distinguer ?


Des lésions ressemblant à des apthes peuvent apparaître au cours de certaines infections virales (mononucléose infectieuse, papillomavirus, VIH, varicelle, zona), bactériennes ou de champignons ou de certains cancers (lymphome, leucémie.)

- plaques muqueuses syphilis secondaires : érosions rouges non ulcérées
- dermatoses bulleuses
- Lichen
- d’autres infections virales (Primo-infection herpétique, herpangine, syndrome pieds-mains -bouches (Coxsackie). Maladies bulleuses auto-immunes (pemphigus)
- Stomatite aphtoïde avitaminique (avitaminose PP)
- Carcinome épidermoïde
- ulcération traumatique

D’où l’importance de consulter devant le caractère inhabituel d’un aphte, par sa persistance, sa dimension, ses caractéristiques locales ou générales etc.


Quels sont les examens à demander ?


Ils seront orientés selon le contexte, un hémogramme, sérologie HIV, dosages folates et vitamines B12, ferritinémie… En fait orienté par le contexte : aphtes génitaux (Behçet), troubles digestifs et/ou signes de malabsorption, signes articulaires, facteurs de risques pour le VIH… Envisager une biopsie si la durée est supérieure à trois semaines.


Quels sont les interférences possibles avec la pratique artistique ?


- Toutes les pratiques artistiques qui utilisent la cavité buccale, les lèvres, la sphére ORL au sens large dans leur activité et parfois comme instrument pourront être gênées par des aphtes, mêmes s’ils sont d’une grande banalité. Les aspects sensoriels sont de première importance dans le chant et le jeu des instruments à vent ; toute altération, même légère peut aussi la performance. De manière plus singulière, les cracheurs de feu, les souffleurs de verre pourront aussi être gênés par des aphtes récidivants. Aussi, plus que les autres populations, les artistes doivent mettre en avant les aspects préventifs de ce trouble.
- Il est à noter que certains traitements des aphtes peuvent éventuellement être gênants, par exemple par leur effet anesthésiant. Un essai à distance de la pratique publique lors de répétition mérite d’être fait.


Que proposer sur le plan préventif ?


- Une bonne hygiène buccale, de la douceur dans ces soins d’hygiène et dentaire (brossage régulier des dents, rinçage de la bouche avec des solutions antibactériennes).
- Un bon ajustement des prothèses dentaires.
- La suppression des foyers paradontaux perturbant l’équilibre immunologique et bactérien buccal.
- Connaître éventuellement les facteurs favorisants alimentaires et l’évitement des aliments déclenchants.
- Eviter d’utilliser un dentrifice à base de dodécyl sulfate de sodium (quoique ceci soit controversé).


Quel est le traitement ?


- Devant un aphte vulgaire

  • Un traitement antalgique local et des bains de bouche non détersifs peuvent être conseillés. Une consultation médicale s’impose au bout d’une semaine et/ou si les récidives sont fréquentes.
  • Il n’existe pas de traitement unique et efficace. Le traitement local ou général sera adapté à la forme et au dégré d’atteinte.
  • Devant un aphte banal, l’abstention thérapeutique est parfois une bonne solution.

- des thérapeutiques simples peuvent également être prescrites :

- un traitement préventif

  • vitaminothérapie C
  • Immunogéthérapie : imudon

- un traitement local

un traitement local
EludrilBains de bouche à base de chlorexidineaction antiseptique
PyralvexExtrait de salicylé et sodé de rhubarbeaction anti-inflammatoire
Flogensil (gel)Aesineaction antiseptique
Pansoraltraitement localantalgique et antiseptique
BorostyrolSubstances aromatiquesaction antiseptique
Oroseptol Lysozymetraitement localantiseptique et anesthésique
lidocaïne 2%dynexanaction antalgique et anesthésiante
Lyso 6association de lysozyme et vit B6action anti-inflammatoire
Betnévalcorticoïdes sous forme de tablette à laisser fondre anti-inflammatoire
Maalox, Gavisconsolutions utilisées en bains de boucheantiulcéreux gastriques
Aspégicsachet en bain de boucheanti-inflammatoire

Les anesthésiques locaux atténuent la douleur, mais diminuent également la sensibilité. Il engourdit les lèvres et les muqueuses ; il peut entraîner un risque de "fausse route". Pour les pratiques artistiques telles que les instruments à embouchure et le chant, ces traitements sont à tester avant l’activité de représentation.

- traitement Devant la faible efficacité des traitements conventionnels, des traitements plus traditionnels peuvent être essayés.

  • traitement traditionnel
    • applications de glace et gargarisme à l’eau chaude salée.
    • Bains de bouche avec de l’eau argileuse plusieurs fois par jour.
  • Traitement phytothérapie
    • Camomille romaine (Chamaemelum nobile All.) Elle a un effet apaisant sur les muqueuses buccales. Se gargariser plusieurs fois par jour avec une infusion de camomille ou avec un peu de teinture qu’on aura ajoutée à un peu d’eau.

** Réglisse (Glycyrrhixa glabra). Elle a des propriétés thérapeutiques et apaisantes et permet d’ le processus de guérison. Il est à noter que la racine de réglisse renferme de l’acide glyccyrrhizique, molécule tensiogène ; elle peut entraîner une de la tension artérielle. Elle sera à utiliser avec une précaution chez les sujets hypertendus ou bien utiliser des formes dont on a enlevé cette substance.

  • traitement homéopathique

- Borax Médicament de la bouche et des gencives
- Calendula C’est un médicament antiseptique, cicatrisant et calmant.
- Capsicum Médicament de toutes les brûlures des voies digestives.

Hydrastis, Kali bichro, Kali chloratum, Kali mur, Magnesia Carb. Mercure cyanatus, Mezereum, Muriatic acid, Nitid acid, Oxalic acid, Phytolacca, Rhus ox, Sulfuric acid, Monilia.

- Le traitement général

- Traitement général réservé aux formes récidivantes et aux malades générales aphteuses.
- Certaines thérapeutiques peuvent être lourdes, et vont dépendre des maladies en question qui sous-tendent la symptomatologie aphteuse (SIDA par exemple). Le patient sera informé des effets secondaires. le recours à des spécialistes est alors nécessaire.

A noter : une supplémentation peut s’avérer nécessaire en cas de déficit : fer, acide folique, vitamines du groupe B.


Que faut-il retenir ?


- L’aphte est en général une affection banale. Les traitements dans ces cas simples sont peu efficaces et pas toujours nécessaires.
- Les aphtes peuvent être parfois gênants dans le cadre de certaines pratiques, chant, instrument à vent. Dans ces cas, les plus banals des traitements homéopathiques, phytothérapeutiques ou traditionnels peuvent être entrepris.
- Toutes ces solutions, même les plus simples, devront chez l’artiste être testées à distance de la situation de jeu public.
- La plus grande vigilance s’impose devant les apthoses récidivantes qui peuvent être le signe d’une maladie systémique plus grave.
- Une consultation médicale s’impose au bout d’une semaine et/ou si les récidives sont fréquentes.


Réalisation : Octavo