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Violon


Violon

Dictionnaire de musique, Michel Brenet, 1926

Nom masculin, en italien violino (pluriel, violini ), signifiant petite viole ; ne pas confondre avec le violone (voyez ce mot). "C’est le plus des instruments à , le soprano de l’antique famille des violes porté au plus haut point de perfection." (Gevaert). L’ des 4 cordes est de quinte en quinte :

L’étendue de l’échelle du violon, en sons ordinaires, est de 3 octaves et 1 sixte, à partir du sol.
Les sons harmoniques fournissent deux octaves et une tierce à partir du sol

On écrit aujourd’hui la partie de violon en clef de sol 2ème ligne. On l’a écrite autrefois avec d’autres clefs.

L’emploi de la clef de sol 1ère ligne pour la partie de violon contribue à faire reconnaître les mss d’origine. Elle était employée de préférence par les musiciens fran, depuis Lulli jusqu’à 1715 environ, pour éviter le recours aux trop nombreuses lignes supplémentaires, et parce que l’on se servait peu ou point de la 4ème corde. Le violon fut inventé avant le violoncelle. Il conserva longtemps sa forme en poire de la viole. Le premier connu des constructeurs de la viole ténor et très probablement du violon est le luthier Duiffopruggar, établi à Lyon en 1570. Il n’a daté aucun de ses instruments ; les étiquettes sont en caractères romains. Il se pourrait que Andréa Amati, né en 1535, ou Hieronymus de Virchis, qui exerçait à Brescia au même temps, aient devancé Gaspard de Salo. Avant ces luthiers, toutefois, des violons à la frane et à l’italienne sont mentionnés dans des documents historiques divers sans que l’on puisse savoir exactement quelles étaient leurs formes et leurs caractéristiques. Et, malgré les avantages de la famille du violon, on continua de fabriquer depuis, et de jouer, des viles de toutes les tailles jusqu’après le milieu du XVIIIème siècle. A partir de 1533, date la plus ancienne où cet instrument soit cité, trois Italiens figurent dans une de huit violons et joueurs d’instruments du roi, François Ier ; les mentions de violons et de joueurs de violons sont fréquentes depuis cette époque dans les comptes souverains et princiers. En 1571, les violons sont mentionnés en Angleterre dans l’orchestre de la reine Elisabeth. En 1572, le roi de France, Charles IX, avait plusieurs Italiens comme "joueurs de violon de la Chambre". L’un d’eux, Baptiste Delphinon, avait été envoyé à Milan pour recruter des chroniqueurs qui signaient leur présence dans les bals, ballets, cortèges, etc, il y a lieu de sous-entendre des interprétations variées du mot violon, qui est pris comme terme générique. Il en est ainsi notamment en ce qui concerne la fameuse des vingt-quatre violons du roi qui étaient en réalité un petit orchestre de violons, violes et basses de violes. Une de leurs principales fonctions à la cour était d’exécuter les airs de danse pendant les bals. Les violons y étaient appréciés "parce qu’ils sont vigoureux" et qu’ils rendent" des sons aigus" (Mersenne). Les vingt-quatre violons jouaient au dîner du roi, ou lorsque le roi dînait à part, ils jouaient au "grand couvert" à souper. ( Voyez un peu plus loin.)

Les plus anciens violons que l’on possède sont : un violon de Duiffopruggar, mentionné et reproduit par Griller, et un violon du musée du Conservatoire de Paris, refait par Chanot (XIXème siècle) avec un instrument agrandi de Duiffopruggar. Les violons de Stradivarius, et surtout ceux dits de la "grande époque" de son activité, c’est-à-dire de 1690 à 1730 environ, sont regardés comme "le modèle de la perfection". Le violon de 1713 qui a appartenu à Sarasate, mesure :
- longueur de la caisse : 335 millimètres,
- largeur dans le haut : 165 millimètres,
- dans le bas : 206 millimètres,
- entre les échancrures : 109 millimètres,
- hauteur des éclisses dans le haut : 30 millimètres,
- hauteur des éclisses dans le bas : 31 millimètres,
- longueur des ouïes : 75 millimètres.

La famille du violon l’emporte au cause de son mordant, de sa faculté de jouer vite et égal pendant toute la durée d’un grand . Les 24 violons furent d’abord partagés en 5 parties, 6 dessus, 6 basses, 4 pour chaque partie intermédiaire (Mersenne, 1636). Au siècle suivant disparaît la quinte, il y a 12 dessus, 8 basses, 4 interni. Le voyageur Locatelli (1664) admire le "fracas" des orchestres de violons, qui, "nous mettent au coeur une ardeur belliqueuse". D’après Mersenne, les 5 parties étaient : I. dessus, clef de sol 2ème ; II. quinte, clef d’ut 1er ; III. haute-contre, clef d’ut 2ème ; IV. taille, clef d’ut 3ème ; V. basse, clef de fa 4ème. La nomenclature des 24 violons dit : haute-contre, taille, quinte, pour les clefs d’ut 1er et 2ème et 3ème. L’orchestre fran, au temps de Lulli, comportait 4 parties de violon : le premier et second dessus de violon, écrits en clef de sol 1ère ligne ; haute-contre de violon, en clef d’ut 1ère ligne ; taille de violon, en clef d’ut 2ème ligne.
Quoique l’on ait affirmé du peu d’habileté des vilonistes au temps de Lulli, on peut croire d’après Mersenne qu’il y avait déjà en 1636 de bons joueurs de violon. " Ceux qui en jouent parfaitement, dit Mersenne, comme les sieurs Bocan et Lazarin, et plusieurs autres, l’adoucissent tant qu’ils veulent et le rendent inimitable, par de certains tremblements qui ravissent l’esprit."

Longtemps le violon fut placé en France parmi les instruments bruyants, bons à faire danser. C’est l’opinion exprimée en 1713 par Dupont, en 1727 par Titon du Tillet. Sa technique restait faible. On ne se servait presque pas de la 4ème corde. Cela est prouvé par l’usage, pour le noter, de la clef de sol 1ère ligne. Brossard (1703) dit que tous les étrangers se servent de la clef de sol 2ème ligne. On se limitait à une étendue restreinte, de ré3 à ut6 . Cependant l’habitude de broder et d’improviser des diminutions était si répandue, qu’il faut en tenir compte quand on lit les imprimés et qu’on les trouve maigres. La technique d’exécution est faible chez les violonistes fran jusqu’à Leclair (1723 et s.). Il était de règle de tirer l’ au 1er temps de chaque mesure. C’est chez Senaillé en 1716 qu’apparaissent des démanchés jusqu’à la 7ème position. Il fit d’ailleurs après Duval et Rebel (Voyez Sonate), paraître conq livres de Sonates, "plus difficiles", dit Le Mercure de juin 1738 ; mais le plus grand violoniste fran fut Leclair : "il joua le premier chez nous, ajoute le texte cité, en double corde, et jusqu’à quatre parties en harmonie". Son principal rival fut Guignon.

Le quatuor à cordes, base de l’orchestre, comprend 2 parties de violon, dits 1er et 2ème violons. Weber serait, d’après Gevaert, le premier compositeur ayant divisé par moments les violons en plus de 2 parties réelles (largo de l’Ouverture d’Euryanthe, 4 violons). Cette division est fréquente chez les modernes et a été poussée beaucoup plus loin. Wagner dans Rheingold écrit jusqu’à 12 différentes parties d violon et 6 d’alto.

Dans l’orgue on nomme violon, viola ou viole d’amour, violino, violoncelle, basse de violon, contraviolino, une série de jeux analogues pour la construction et pour le timbre aux jeux de gambe.


Réalisation : Octavo