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TMS , les troubles musculosquelettiques chez les artistes

Les TMS sont des pathologies très fréquentes chez les artistes (musiciens, danseurs, circassiens, plasticiens, etc.). Ces troubles sont douloureux et gênent la performance artistique.

Qu’est-ce que c’est ?
Ces abréviations regroupent un ensemble de maladies qui affectent les membres supérieurs (épaule, coude, poignet, pied), inférieurs (genou, cheville, pied), et la colonne vertébrale (rachis cervical, dorsal, lombaire). Il s’agit de pathologies multifactorielles à composante professionnelle ou/et fortement liées à une activité comme on peut le trouver dans les pratiques artistiques. Ces troubles affectent de manière principale les tissus mous (muscles, tendons, nerfs), mais le squelette lui-même peut être concerné par ces affections.
Des appellations différentes selon les pays
| USA | Des appellations variées
|
| Grande-Bretagne, Australie, Suède | Repetition strain injuries (RSI) |
| Canada | Lésions attribuables au travail répétitif (LATR) |
| France | Plusieurs appellations
|
Les TMS liés aux pratiques artistiques recouvrent une large gamme de maladies inflammatoires et dégénératives de l’appareil locomoteur :
- des inflammations des tendons (tendinites et ténosynovites) notamment dans l’avant-bras et le poignet et les épaules, mais également les membres inférieurs pour des pratiques comme la danse et les arts du cirque touchant plus électivement les pratiques artistiques comportant des épisodes d’activités très répétitives ou/et des périodes de travail statique prolongé.
- des myalgies, "c’est-à-dire des douleurs et troubles fonctionnels des muscles survenant le plus souvent dans la région du cou et des épaules, dans les activités impliquant des postures en "travail statique".
- une compression des nerfs - syndrome canalaire que l’on va trouver plus fréquemment et classiquement au niveau du membre supérieur.
- des dégénérescences de la colonne vertébrale, généralement dans la nuque et la région lombaire, notamment pour les arts du cirque, les arts de rue.
- des fractures de fatigue au niveau des membres inférieurs du pied et de la jambe que l’on retrouve avec une grande fréquence dans la danse.
Quelle est la situation du problème ?
Ces troubles musculosquelettiques représentent depuis quelques années un véritable problème de santé publique. Leur évolution dans la population salariée générale est exponentielle. Les artistes sont particulièrement touchés par ces troubles. Il s’agit, dans cette population, de la pathologie de très loin la plus importante. Pour ne citer que les musiciens, ils seront plus de 75% à souffrir à un moment donné de troubles fonctionnels en relation avec leur pratique et dans un cas sur deux il s’agira d’un trouble de la main et du membre supérieur.
Certains troubles musculosquelettiques sont reconnus comme maladies professionnelles. On note depuis 10 ans une ascension régulière et quasi exponentielle du nombre de déclarations et de reconnaissances des pathologies musculosquelettiques dans le milieu professionnel. Ces maladies représentent actuellement plus des 2/3 des maladies reconnues par la sécurité sociale. Le coût médicosocial de ces troubles devient très important et ne figurent pas dans ces statistiques les difficultés que rencontrent les artistes les plus jeunes dans leurs apprentissages. Dans ce dernier secteur, on est étonné qu’il n’existe pas de système de veille afin de mieux répertorier et prévenir ces troubles dans leur phase précoce et au cours des apprentissages.
| maladies professionnelles | 1997 | 1998 | 1999 | 2000 | 2001 | 2002 | 2003 | 2004 | 2005 | 2006 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 57 | 10320 | 12133 | 15240 | 19862 | 23621 | 28531 | 30077 | 33077 | 37653 | 36765 |
| 69 | 167 | 155 | 183 | 208 | 197 | 203 | 211 | 198 | 190 | 176 |
| 79 | 123 | 115 | 150 | 210 | 254 | 320 | 332 | 373 | 406 | 392 |
| 97 | . | 21 | 452 | 433 | 482 | 454 | 451 | 453 | 471 | 412 |
| 98 | 3 | 109 | 1783 | 2175 | 2330 | 2443 | 2477 | 2477 | 2511 | 2257 |

ressource : assurance maladie.
Quelle est la physiopathologie de ces troubles ?
Les TMS sont le résultat de l’action des différentes contraintes (biomécanique, psychologique, organisationnelle) sur les capacités fonctionnelles de l’artiste (capacité physique, psychologique, sociale etc.). Lorsque ces contraintes dépassent les possibilités du sujet, la survenue d’un trouble musculosquelettique devient fortement probable. Inversement lorsque ces capacités sont supérieures aux contraintes, le risque de TMS reste faible.
Comment cela survient ?
Il s’agit de troubles liés principalement à la pratique artistique (musique, danse, cirque etc.), qu’elle soit professionnelle ou . Les caractéristiques du geste : forte intensité, répétition du geste, posture non physiologique, sont des facteurs déclenchants. Certains facteurs peuvent être favorisants : les facteurs environnementaux, le froid par exemple, les facteurs organisationnels (situation de stress, récupération insuffisante, compétition élevée, peu d’autonomie et une forte exigence…) contribuent également à accroître le risque de TMS.
3 grands champs de risque sont en général décrits :
les risques en relation avec le geste et les postures :
L’effet des facteurs biomécaniques que sont :
- l’activité réalisée dans des zones articulaires extrêmes ;
- les efforts excessifs ;
- la répétitivité des gestes,
- les activités dans des positions maintenues
les risques en relation avec les facteurs psychosociaux
les risques en rapport des organisations du travail ou plus largement de l’activité
A ces risques se rajoutent les risques personnels : genre, antécédents médicaux, etc.
Chaque facteur de risque (biomécanique, psychosocial, organisationnel et personnel) concourt à des degrés divers à l’apparition d’un trouble musculosquelettique. Si la part spécifique de chacun des facteurs de risque restent parfois difficile à déterminer, le cumul de ces facteurs joue un rôle multiplicatif.
Comment cela se manifeste ?
Il existe des symptômes communs à l’ensemble de ces troubles.
- Les deux symptômes retrouvés sont :
- la douleur, ou/et les paresthésies (fourmillement)
- la difficulté ou/et l’incapacité fonctionnelle
- Les symptômes sont également dépendants du site et du type de trouble.
- Les symptômes sont également en relation d’une gestuelle, d’une posture, d’une manière de fonctionner dysfonctionnelle.
Quels sont les sites anatomiques les plus touchés lors des pratiques artistiques ?

- La nuque :
- cervicalgie

- Le haut du dos
- dorsalgie,

- Le bas du dos


- Le coude


- La hanche
- arthrose (coxarthrose)
- tendinopathies sur différentes zones

- Le genou
- Syndrome de compression du nerf sciatique poplité externe
- Hygroma des bourses séreuses
- rotulienne
- de la patte d’oie

Il existe d’autres régions corporelles et d’autres types de pathologies microtraumatiques, plus exceptionnelles qui ne figurent pas dans cet article.

Les troubles musculosquelettiques se présentent sous des formes pathologiques variées ?
- , ténosynovite
- syndrome de compression ou syndrome canalaire, le plus connu est le syndrome du canal carpien
- Hygroma, bursite
- fracture de fatigue
- ruptures tendineuses
- Arthrose microtraumatique
- Nécroses induites par vibrations
- Troubles angio-neurotiques
Chacun de ces troubles se décline encore selon le site plus précisément, et selon les techniques artistiques, ainsi les TMS du membre supérieur toucheront plus volontiers les musiciens et les plasticiens, les TMS des membres inférieurs plutôt les danseurs.
Certains troubles vont se retrouver plus volontiers dans certaines pratiques que dans d’autres. Même si toutes les pratiques artistiques (musique, danse, cirque, arts plastiques) peuvent toutes entraîner des tendinites, on rencontrera les syndromes osseux (arthroses microtraumatiques, nécroses induites par les vibrations) chez les plasticiens, mais aussi chez les percussionnistes (pour les musiciens). Parfois également certains types de tendinites surviendront plus fréquemment sur certains matériels ou instruments ( de De Quervain pour la main gauche du guitariste), pour certains styles d’activités (musique jazz, classique, autres).
Il existe de nombreux questionnaires pour évaluer les TMS. Mais il n’existe pas en Europe de critères de diagnostic standardisés pour les TMS et comme nous l’avons vu précédemment la dénomination de ces troubles varie selon les états.
Il est à noter que la dystonie de fonction, si fréquente chez le musicien, ne fait pas strictement partie de cette classification, du fait de sa particularité (physiopathologie de la commande motrice, où le mouvement parasite est involontaire, et vraisemblablement en rapport avec un dysfonctionnement d’origine centrale, phénomène non douloureux), mais on peut remarquer qu’elle est induite à l’occasion de mouvements répétitifs, avec des caractéristiques de rapidité, de complexité ; en fait c’est la main de la virtuosité qui est touchée (main droite du pianiste, main gauche du violoniste, etc.) L’intégration de ce trouble dans ce tableau de TMS permettrait de faciliter son intégration comme maladie professionnelle.
Quel est le traitement des TMS ?
La thérapeutique dépend du type de lésions.
D’une manière générale, les troubles survenant dans la pratique professionnelle des artistes ne sont que rarement chirurgicaux. La thérapeutique doit entrer dans une stratégie de soins multidisciplinaires où les rééducateurs jouent un rôle majeur avec l’appui d’un pédagogue de la discipline en question. Ceci ne peut être envisagé que lorsque les uns et les autres sont bien formés à ces problématiques et qu’ils ont appris à travailler ensemble. Préalablement, un diagnostic précis aura été établi sur le plan clinique, ainsi que sur les gestes inducteurs du trouble.
A cette équipe de soin, il est toujours utile d’associer un psychothérapeute et éventuellement si nécessaire d’autres professions, ergonome, etc. C’est dans cet esprit qu’au sein de la structure Médecine des Arts nous oeuvrons auprès des artistes.
Quelle est la prévention des TMS chez les artistes, musiciens, danseurs, circassiens, plasticiens ?
La prévention est complexe, elle comporte 3 phases :
La prévention primaire qui vise à lutter contre les risques, bien en amont de l’apparition du trouble musculosqueletttique. L’intégration de cette prévention dans l’activité elle-même paraît la meilleure des stratégies. Cela demande de travailler sur la base de consensus au niveau des pratiques et d’élargir le champ de connaissances des pédagogues et des pratiquants dans le domaine de la physiologie et de l’anatomie fonctionnelle, de la psychologie de la performance.
La prévention secondaire dont le but est de dépister le trouble dans une phase précoce, d’éviter l’extension du processus pathologique, d’empêcher du fait de la douleur des postures de compensation, des gestes inadéquats.
Le dépistage, et l’éducation afin d’empêcher l’apparition de la maladie
La prévention tertiaire, elle doit permettre d’éviter les rechutes, les complications, de faciliter la réadaptation fonctionnelle et la reprise de l’activité lorsque celle-ci à été interrompu.
En savoir plus
Médecine des Arts a mis en place des programmes de formation spécifique pour former des préventeurs qui puissent prendre en charge la mise en place de ces stratégies préventives.
- Formation : "Diplôme Médecine des Arts-musique"
- Formation à la demande pour les TMS dans telles ou telles pratiques.
- Formation à la demande pour d’autres thèmes.
- Un numéro spécial de la revue Médecine des Arts a été consacré entièrement aux TMS chez les artistes.
- De nombreux articles par ailleurs traitent de ce sujet dans divers numéros de la revue Médecine des Arts.
- De même la grande majorité des ouvrages de la collection Médecine des Arts traite de ce sujet dans ses différents aspects ; pathologie, prévention, etc…
Rédacteur : Docteur Arcier André. Mise en ligne 1 juillet 2008.
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