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Les amusies, réflexion sur la perception de la musique


Les amusies, réflexion sur la perception de la musique

Les amusies ont été étudiées dès la fin du XIXe siècle. Les spécialistes de l’époque retrouvaient de manière régulière qu’un certain nombre d’aphasiques (perte de l’usage de la parole) conservaient leurs capacités musicales. Cette constatation des chercheurs de cette époque signifiait que le traitement du langage verbal ne se faisait pas de la même manière, ni dans les mêmes zones anatomiques que le traitement des sons musicaux.
Les amusies concernant uniquement le défaut de traitement de la musique sont exceptionnelles. Mais les troubles concernant à des niveaux divers des troubles perceptifs auditifs semblent nettement plus importants.

Perception de la musique

Bernard Lechevalier définit "trois niveaux de perception de la musique et trois niveaux d’altération de la perception musicale correspondants".

Trois niveaux de perception musicale
Premier niveauC’est la capacité de reconnaître la nature d’un son
Deuxième niveauC’est la faculté d’analyser et de comparer les diverses qualités d’un son, reconnu comme musical
Troisième niveauC’est l’identification de l’œuvre entendue

- 1. Lors d’amusie du premier niveau, le sujet ne reconnaît plus la musique comme phénomène sonore, il confond l’ensemble des sons indistinctement. Une des personnes touchées par ce trouble ne pouvait pas distinguer "un bruit de moteur, la voix de son fils, un instrument de musique".

-2. Lors d’amusie du deuxième niveau, le sujet entend normalement les sons, le trouble perceptif est plus sélectif, mais il peut identifier l’œuvre qu’il écoute. Les corrélations entre la clinique et les examens IRM permettent de mieux comprendre et localiser certains éléments de la musique tel le rythme, le timbre, la hauteur, l’intensité et la durée.

    • Les troubles perceptifs concernant le rythme sont surtout en relation de lésions hémisphériques gauches. Une lésion temporo-pariétale (infarctus cérébral) a pour conséquence sur le plan perceptif de la musique que le sujet ne peut reproduire ni reconnaître les timbres, et donc les mélodies, mais il peut chanter les notes.
    • La perception du timbre siège dans l’hémisphère dit non dominant. Une lésion de l’hémisphère droit entraîne une non-reconnaissance du timbre des instruments par exemple, mais la reconnaissance de la hauteur, des intervalles, des tonalités est préservée. Dans ce type de lésion cérébrale, le sujet perçoit la musique comme un son "désagréable avec des distorsions sonores".

Les troubles sélectifs de la perception des hauteurs du son ne sont pas fréquents. Wertheim et Botez citent dans une de leur publication le cas d’un "violoniste âgé de 40 ans, droitier, atteint d’une hémiplégie droite avec aphasie mixte modérée, qui perdit l’oreille absolue et se mit à entendre une quarte au-dessus. Il pouvait en revanche solfier et copier les rythmes sans les nommer".

- 3. Lors d’amusie du troisième niveau, le sujet présente des difficultés d’identification des Å“uvres. Identifier ne signifie pas seulement nommer une Å“uvre, mais cela "englobe la reconnaissance sans dénomination verbale, le sentiment de familiarité". L’ensemble des amusies de ce niveau relève de lésions de l’hémisphère dominant (gauche chez le droitier) (de lésions temporo-pariétales dans cette hémisphère).

Une répartition des rôles hémisphériques pour interpréter la musique

L’étude lésionnelle anatomo-clinique permet de distinguer le rôle de chacun des hémisphères cérébraux vis-à-vis de la musique :

- L’hémisphère dominant a un rôle dans « l’identification de l’œuvre entendue, la perception des hauteurs, des intervalles, la lecture musicale ».
- L’hémisphère non dominant est concerné par la perception des timbres, le contour mélodique.

Les régions corticales impliquées seraient surtout les régions temporales externe, pariétale, pariéto-temporo-occipitale.

L’apport de la caméra à positons

La caméra à positons permet d’identifier chez le sujet sain des localisations cérébrales fonctionnelles pour telle ou telle activité (dans notre cas la musique) en visualisant les élévations du débit sanguin cérébral cortical pendant certaines tâches cognitives (psychologie de la musique). Cette technique a permis de confirmer ces latéralisations hémisphériques des perceptions musicales chez le sujet sain.

L’expérience consistait à réaliser une série d’épreuve « musicales » et à étudier leur effet cérébral avec une caméra à positions. L’auteur à partir de ses travaux concluait que :

  • "L’hémisphère gauche s’avère capable d’une analyse acoustique et implicitement visuelle des hauteurs, d’une perception de la segmentation temporelle du discours musical, du recours à un lexique musical personnel."
  • "L’hémisphère droit est capable de comparer les harmoniques permettant la perception des timbres (analyse spectrale) et de saisir le contour mélodique global supposant une possibilité d’appréciation holistique."
  • "Cette étude apportait également des éléments nouveaux sur « le rôle des aires visuelles dans la perception des hauteurs, celui du cortex frontal et plus particulièrement de l’aire de Broca dans la perception des rythmes. »
Rôle de chacun des hémisphères dans la perception de la musique
Hémisphère gauchegère la perception des rythmes, des hauteurs, l’impression de familiarité et l’identification de l’œuvre entendue. »
Hémisphère droitjoue un rôle dans la perception des timbres, du contour mélodique.

Rédacteur : Docteur Arcier André fondateur de Médecine des arts®


Abstract de l’article suivant :

Bernard Lechevalier.
Perception des sons musicaux apports de la caméra à positons, B. Acad.Natle. Méd., 1997, 181, n°6, 1191-1200.

Bibliographie complémentaire :
Wertheim N, Botez M.I
Plan d’investigation des fonctions musicales. L’Encéphale, 1959, 48, 246-254.


En savoir plus : Revue Médecine des Arts

- La maladie neurologique de Ravel, N°3, mars 1993.
- Les amusies de perception et leur rééducation, N°6, décembre 1993.
- Le cerveau et les capacités mélodiques, N°11, mars 1995.
- Le cerveau du musicien, N°18, décembre 1996.
- L’organisation perceptive du monde sonore, N°18, décembre 1996.
- Illusions et paradoxes acoustiques dans le traitement de la musique, N°18, décembre 1996.
- Variations de l’activité électrique cérébrale au cours de l’attente musicale, N°18, décembre 1996.
- Le cerveau du musicien, N°28, juin 1999.
- Influence des stratégies d’enseignement sur l’activation cérébrale pendant le traitement de la musique, N°28, juin 1999.
- Adaptations cérébrales chez le musicien, N°51, mars 2005.
- Fonction cérébrale et pratiques artistiques, N°51, mars 2005.


Illustrations
- Philippe Rametti, cerveau réfléchissant, bronze, 2002.
- Christine Borland, English falily, crâne en porcelaine, 1988.
- angela Parmer, Image par résonance magnétique, 2007.


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