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La perception du beau en art


La perception du beau en art

Chaque individu, homme ou femme, apprécie les œuvres d’art, sculptures, peintures en fonction de multiples influences culturelles, sociales, etc… L’interprétation qu’ils font des œuvres d’art leur sont propres, chacun a une manière d’appréhender la beauté.

Mais quels sont les processus neuraux qui sous-tendent cette appréciation et quelles sont les régions cérébrales qui participent à ce « sentiment du beau dans une Å“uvre d’art » ? Existe-t-il des différences entre les sexes ?

Le beau sous magnéto-encéphalographie

Camilo J. Cela-Conde, et son équipe de chercheurs ont confronté des hommes et des femmes à des reproductions de tableaux classiques et contemporains, également à des photographies de paysages, d’objet ou de scènes urbaines afin d’étudier les processus neuraux et les mécanismes impliqués dans l’appréciation de la beauté.

Les chercheurs ont prescrit à 10 hommes et à 10 femmes des épreuves d’observation d’oeuvres d’art. Ces sujets devaient observer 240 Å“uvres d’art de style artistiques très variés et ils devaient indiquer ensuite s’ils trouvaient ces Å“uvres « belles » ou « pas belles ».

Les réactions des observateurs étaient enregistrées sous magnéto-encéphalographie (MEG) qui mesuraient l’activité générée dans le cerveau. Les chercheurs analysaient les images des champs magnétiques produits par les signaux électriques cérébraux des sujets masculins et féminins qui effectuaient cette expérience.


Les hommes n’utilisent que la moitié de leur cerveau

Face à l’observation de ces œuvres d’art, les scientifiques ont retrouvé chez les sujets étudiés des stratégies neurales différentes selon le genre (féminin ou masculin).

Pendant les premières 300 millisecondes, il n’y avait aucune différence entre le cerveau des hommes et les femmes ; de 300 à 700 millisecondes, l’activité était plus grande pour les objets classés comme beaux par les sujets par rapport à ceux qui étaient classés comme pas beaux. Pour les deux sexes, la région la plus active était le lobe pariétal en relation avec la perception visuelle, l’orientation spatiale, et l’analyse de l’information, mais cette activité était centrée sur le côté droit chez l’homme et des deux côtés chez la femme.

Alors que les hommes activent uniquement l’hémisphère droit pour définir l’appréciation de ce qu’ils trouvaient beau dans la perception d’une œuvre d’art, les femmes développaient une activité neuronale dans les deux hémisphères.


Des hypothèses explicatives

On savait préalablement qu’il existait des différences entre le genre masculin et féminin dans certains processus mentaux pour gérer de tâches identiques. Cela-Conde, l’initiateur de cette étude, se pose la question d’une telle différence pour juger de ce qui est beau. Dans ses travaux antérieurs, ce chercheur avait mis en évidence que hommes et femmes donnent la même définition à ce qu’ils trouvent beau en matière artistique, et définissent cette notion comme « original, intéressant et plaisant ».

Des recherches complémentaires mettent en évidence que l’on retrouve des différences de genre dans l’appréciation de l’espace et de la mise en corrélation d’objets. Les hommes auraient un sens plus aigu que les femmes de la notion de l’espace, alors que les femmes seraient plus rapides pour établir des corrélations entre un objet et un autre.

Cette explication possible pourrait être en relation avec les « bases du langage ». Pour Cela-Conde, face à la perception d’un objet, les hommes et les femmes auraient des manières différentes de les appréhender ; tandis que les femmes associent l’objet au langage lorsqu’elles le considèrent dans sa globalité, les hommes se concentrent sur les aspects spatiaux de l’objet.

Pour autant, face cette énigme, Cela-Conde estime que ces constatations n’expliquent pas pleinement les différences constatées dans l’appréciation du beau dans une Å“uvre d’art. Selon Cela-Conde, ce phénomène serait en relation avec des comportements ancestraux. Les spécificités différentielles observées entre les hommes et les femmes dans le traitement de l’information pour juger de ce qui est beau pourrait être dues à la pression de la sélection « naturelle » au cours de l’évolution de l’espèce humaine. L’homme, spécialisé dans la chasse et le repérage du gibier, a développé des capacités cérébrales dans le domaine spatial, alors que la femme, spécialisée dans la cueillette, identifiant les plantes et tubercules comestibles, aurait par contre développé des capacités différentes pour identifier rapidement une chose. Les homme et les femme ont eu une répartition des tâches différente au cours de l’évolution de l’espèce. Leurs cerveaux peut ainsi avoir développé de subtils chemins différents dans les stratégies sélectives sur le plan neuro-cognitif.

Mais ces manières de traiter l’information n’indiquent pas de véritables différences entre les hommes et les femmes pour qualifier ce qui est beau de ce qui ne l’est pas ; quel que soit le genre (masculin ou féminin), quelqu’un peut trouver beau un tableau de paysage ou d’un autre sujet, d’un autre style, alors qu’un autre pourra le trouver affreux. Le genre d’une personne a en fait peu à faire avec ces différences. Ce « sentiment du beau » est sans doute lié à d’autes variables comme l’âge, l’éducation, la familiarité avec les oeuvres, etc.

"Il est curieux, rajoute Cela-Conde, qu’en utilisant différents réseaux neuronaux, le résultat final soit le même chez l’homme et la femme. Cela semble pourtant être le cas."


Docteur Arcier André, président fondateur de Médecine des arts®

d’après : "Sex-related similarities and differences in the neural correlates of beauty." Camilo J. Cela-Conde, Francisco J. Ayala, Enric Munar, Fernando Maestu, Marcos Nadal, Miguel A. Capo, David del Río, Juan J. Lopez-Ibor, Tomas Ortiz, Claudio Mirasso, and Gisele Marty. Proceedings of the National Academy of Sciences, Vol. 106, No.8, Feb. 23, 2009.


Illustrations
- logo de l’article et illustration en fin d’article : Mae West (1936) de Salvador Dali,
- Paisaje de Capri’, de Francisco Pradilla, une des quatre reproductions utilisées dans l’essai.
- fragment de Mona Lisa de léonard de Vinci


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Réalisation : Octavo