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La libido. Psychanalyse. Chapitre 2.


La libido. Psychanalyse. Chapitre 2.

La libido

SOMMAIRE :

Définition

Le mot latin libido signifie "désir". Freud a d’abord employé ce terme pour désigner une force fondamentale, analogue à la faim, qui pousse l’individu à rechercher la satisfaction (psycho-physiologique) comme il cherche à se nourrir, "libido" est alors synonyme de "sexualité" en donnant au mot un sens très large ; la sexualité n’est pas la seule génitalité (l’enfant qui suce son pouce, après avoir bu son biberon, satisfait sa libido, sa sexualité au sens psychanalytique).
Cette définition qualitative est d’ailleurs insuffisance. La libido est aussi, pour Freud, l’énergie des pulsions sexuelles, considérées aussi comme une grandeur quantitative (bien que non mesurée).

Évolution de la libido

Les pulsions sexuelles se manifestent par des activités en rapport avec l’organisation physiologique du sujet et les influences de l’entourage et du monde extérieur. Il en résulte que, au cours du développement de l’enfant, se succèdent plusieurs stades d’organisation libidinale dont chacun est marqué :

  • 1. par la prépondérance d’une région particulière du corps comme siège d’une excitation d’un type spécifique, et qu’on nomme une zone érogène.
  • 2. par une certaine disposition psychologique, en rapport avec l’évolution psychoaffective du sujet.
    L’étude de l’évolution chronologique de la libido est capitale du point de vue de la psychanalyse, car l’expérience de la cure montre que la constitution d’’une névrose est fondamentalement influencée par certains stades d’organisation libidinale qui déterminent, en quelque sorte, le "choix de la névrose".

Muriel Robin

"Quand j’ai commencé une psychanalyse en 1986, je n’arrivais plus à descendre dans la rue. J’avais honte. Jusque-là, quand on me parlait de psy, je me disais « c’est pour les autres ». Là, je n’avais plus le choix (…). Il y avait un désordre là-dedans (montrant son plexus et son ventre), des trucs qui n’étaient pas à moi et que j’ai virés. Je voulais devenir moi. Avant j’avais tellement peur que je faisais peur à tout le monde. Je passais ma vie à gueuler pour ne pas pleurer…J’ai appris durant mes longues années d’analyse (douze ans) que, souvent chez les artistes, le public est assimilé à la mère. Et c’est vrai que j’ai commencé mes premiers one-woman-shows pour épater mes parents, pour leur faire plaisir en réussissant ; être reconnue par eux et pas seulement connue par les autres ».
télérama


Premier stade : le stade oral (du latin os, oris - "la bouche").

Dès sa naissance, l’enfant satisfait ses besoins de plaisir, c’est-à-dire sa libido, par des activités intéressant la zone bucco-labiale, qui est donc la première zone érogène de son histoire : c’est en particulier par une activité de succion (du pouce, de ses lèvres, des objets qu’il porte à sa bouche, etc.) qu’il répond aux pulsions libidinales.

  • 1. Au stade oral, la bouche n’est pas seulement une zone érogène, c’est-à-dire une région dont l’excitation fournit un plaisir spécifique, mais aussi le moyen de réaliser une certaine relation entre le sujet (l’enfant) et l’objet du monde extérieur qu’il investit de sa libido (objet d’amour) : pour le nouveau-né, aimer, c’est faire pénétrer à l’intérieur de soi, ingérer, l’objet en cause, qui est ainsi assimilé par un processus d’incorporation.
  • 2. Dans la mesure où le sujet obtient la satisfaction de sa libido en recourant uniquement à son propre corps, le comportement oral est un comportement auto-érotique, analogue à la masturbation du stade génital.
  • 3. Certains psychanalystes (Abraham, Mélanie Klein par exemple) ont mis l’accent sur le caractère « cannibalique » du stade oral. Pour Mélanie Klein le stade oral n’est pas seulement auto-érotique, il est aussi agressif : le désir de succion s’accompagnerait du désir de détruire, en l’aspirant, l’objet sucé ; d’où la qualification de stade sadique oral, introduite par Abraham (1924).

Deuxième stade : le stade sadique anal.

Vers l’âge de 2 ans – quelquefois plus tôt, quelquefois plus tard, selon les sujets, le milieu éducatif, etc. – on assiste à un déplacement de la zone érogène chez l’enfant qui commence à découvrir l’intérêt libidinal de la zone anale : ce n’est plus en suçant son pouce qu’il éprouve du plaisir, mais dans l’exercice des fonctions excrétion, et plus spécialement celles de défécation.

  • 1. Le plaisir est lié à la contraction, puis au relâchement des sphincters (uréthraux, anaux), l’érotisme anal étant dû à la rétention des décès. Mais, comme au stade oral, il y a aussi établissement symbolique d’un mode de relation entre l’enfant et le monde extérieur : le développement de la maîtrise musculaire, qui se marque par l’apprentissage de la propreté sphinctérienne (l’enfant apprend à ne plus mouiller son lit, à déféquer selon un rythme de caractère social), est en rapport avec des comportements actifs ou sadiques (faire mal, crier, salir, etc.) et des comportements passifs ou masochistes (l’enfant aime à se faire taquiner, houspiller, chatouiller, etc.).
  • 2. C’est pourquoi on parle – au sens large – du sado-masochisme de l’enfant. Le sadisme dont le but contradictoire est à la fois la destruction de l’objet et sa maîtrise, correspond bien au fonctionnement des muscles sphinctériens (expulsion-rétention) et le masochisme répond à un retrournement contre soi-même de ce processus, la relation du sadisme et du masochisme étant complémentaire.
  • 3. On peut noter que, caractériellement, le stade sadique-anal de la libido est contemporain de la « crise de personnalité » chez l’enfant qui, entre deux et quatre ans, s’affirme en s’opposant au monde extérieur, le sado-masochisme infantile étant le facteur énergétique de cette opposition. Sur le plan concret, le schéma psychanalytique se traduit par le passage de la personnalité du nourrisson à celle du jeune enfant, passage dont les manifestations peuvent être observées par tout un chacun. Le mérite de la psychanalyse a été, précisément, d’interpréter ces transformations dans le cadre de la théorie de la libido.

Troisième stade : le stade phallique

A la fin du stade sadique-anal, l’enfant découvre progressivement la valeur érogène de la zone génitale externe, à savoir le pénis chez le petit garçon et le clitoris chez la fillette. Le plaisir auto-érotique qu’il se procure par attouchements n’est pas encore le plaisir génital qu’il découvre à la puberté ; il s’agit donc d’une organisation sexuelle prégénitale.

  • 1. Il faut remarquer que les pulsions libidinales, ont le même objet chez le petit garçon et chez la petite fille, à savoir l’organe génital mâle chez le premier, et le clitoris, qui est anatomiquement équivalent du pénis chez la fillette. Autrement dit, à ce stade, la libido est encore de nature masculine aussi bien chez la femme que chez l’homme, comme le note Freud dans Les Trois Essais sur la théorie de la sexualité (1905). Cela justifie que, dans les deux cas, on parle de stade phallique.
  • 2. Sur le plan psychologique, l’évolution est cependant très différente chez le petit garçon et chez la petite fille, et c’est pourquoi le stade phallique est un stade capital pour la formation de la personnalité. En effet, c’est au stade phallique que se liquide (plus ou moins bien) le complexe d’Œdipe et que se développe le complexe de castration, qui sont les deux complexes fondamentaux de l’enfance. Sans entrer, pour l’instant dans l’analyse de ces processus, retenons que : au stade phallique, les sentiments de culpabilité, plus ou moins conscients, qu’éprouve l’enfant se traduisent chez le petit garçon par une crainte de perdre son pénis (castration), tandis que, chez la petite fille, la constatation de la différence des sexes, découverte plus ou moins fortuitement, suscite chez elle le désir du pénis. Nous reviendrons sur cette question ci-après, en étudiant les complexes infantiles.
  • 3. Le stade phallique est aussi la période où s’éveille la curiosité intellectuelle chez l’enfant (les « pourquoi ? » infantiles), dont la forme primordiale est la curiosité sexuelle (Quelle différence y a-t-il entre les garçons et les filles ? Comment naissent les enfants ?) encore rudimentaire. Cela nous conduit à remarquer que c’est au stade phallique que doit véritablement commencer l’éducation sexuelle.

Quatrième stade : le stade de latence

Vers l’âge de 5/6 ans, on assiste à une diminution des comportements sexuels, oraux, anaux ou phalliques, et à la désexualisation des relations affectives. L’enfant qui aimait à être caressé, dorlorté par sa mère, par exemple, va remplacer ce désir de caractère sexuel par la tendresse. Un certain nombre de sentiments sociaux apparaissent : pudeur, dégoût, aspirations morales, etc. On parle alors d’une période de latence de la libido, qui dure jusqu’à la puberté.

Elle coïncide :
1. Avec le déclin du complexe d’Œdipe, liquidé au stade phallique ;
2. Avec la transformation des rapports éducatifs, car c’est la période, au-delà du milieu parental, à l’école, etc. ;
3. Avec la constitution du Sur-moi, conscient et organisé (éducation morale, esthétique, religieuse, politique de l’enfant).

- 1. Freud parle de période de latence et non pas de stade ; en effet, pendant la période de latence, bien qu’on puisse observer des manifestations sexuelles (car si la libido est en sommeil, elle n’a pas totalement disparu), il n’y a pas de nouvelle organisation de la sexualité, ni de nouvelle zone érogène.
- 2. La période de latence est renforcée par la puissance de l’éducation sociale (école, etc.), qui, dans nos contrées dites « cultivées » est plus ou moins répressive, et en particulier répressive de la sexualité.
- 3. C’est à la période de latence que se déroule le processus de refoulement des souvenirs de la première enfance, qui constitue l’amnésie infantile. Celle-ci, dans la mesure, où elle n’est pas une absence de fixation de souvenirs, mais un effet du refoulement, peut être levée plus ou moins totalement à l’occasion de la cure psychanalytique.

Cinquième stade : le stade génital

Après la période de latence, au moment de la puberté, la libido s’organise définitivement autour de la zone génitale. L’objet de la libido est alors l’individu de sexe opposé, son but le rapprochement psychophysiologique qui constitue l’acte sexuel et l’orgasme. L’accomplissement de ce stade est rendu possible par les transformations biologiques de la puberté et en particulier les modifications de la physiologie sexuelle.

Thomas Lélu, plasticien, né en 1976
Quel rôle joue votre sexualité dans votre oeuvre ?

Mon activité sexuelle est proportionnelle à mon activité artistique : plus je travaille et plus j’ai envie de jouir, plus je bosse et pus je bande. Quand je ne suis pas avec ma fiancée, je me masturbe fréquemment pour rester dans l’énergie. D’une certaine manière, l’activité intellectuelle quotidienne, lancinante et parfois laborieuse, s’apparente à la masturbation et les idées qui aboutissent rappellent l’éjaculation. Un artiste bande tout le temps au sens ou bander signifie aussi être enthousiaste, avoir la niaque, être au taquet. J’ai de gros besoins sexuels, une très forte libido, j’aime passer des heures à faire l’amour avec ma fiancée. Je crois que je suis un mystique du cul. Je vois et pratique le sexe comme une oeuvre d’art. Néanmoins je ne souhaite pas exposer mes ébats sexuels car cela ne regarde personne. Il s’agit d’une sorte de performance secrète. Laeticia Casta. Paris Match
Beaux-Arts magazine, août 2007

Anomalies du développement de la libido

Dans l’Introduction à la psychanalyse, Freud a comparé l’évolution de la libido à la marche d’une peuplade nomade qui abandonnerait, en cours de route, certains de ses éléments, destinés à être sédentarisés, et qui, lorsqu’elle rencontrerait un obstacle de nature quelconque, serait conduite à faire marche arrière, régression qui se ferait alors tout naturellement vers les éléments fixés. De même, le développement de la libido peut connaître deux sortes d’anomalies : la fixation et la régression.

Il y a fixation, lorsque la libido reste organisée, partiellement, à l’un des stades de son évolution. Cette fixation peut se produire soit par l’action de certains facteurs historiques (influence des émotions de l’enfance, de l’éducation, etc.), soit en raison de certains facteurs constitutionnels, telle composante de la satisfaction libidinale pouvant avoir une force plus grande que telle autre. En fait, pouvant avoir une force plus grande que telle autre. En fait, il n’est guère de comportements libidinaux particuliers qui ne soient susceptibles d’être fixés, même si l’évolution de la libido se déroule par ailleurs normalement. C’est ainsi qu’il n’est pas rare de voir se prolonger la succion du pouce (fixation du stade oral), l’énurésie (incontinence d’urine, fixation au stade uréthral), etc. Un certain nombre de ces fixations expliquent les variétés du comportement sexuel adulte, ce qu’on nomme les « perversions », etc.

La Sublimation

La sublimation est un processus par lequel les pulsions libidinales sont dérivées vers un but non sexuel, cette modification étant en particulier influencée par un jugement de valeur social. Par la sublimation, la libido met donc à la disposition de l’effort culturel humain une certaine énergie psychoaffective.


Encyclopédie Bordas, 1974


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