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Coeur de rockeurs : une fréquence cardiaque de bûcheron


Coeur de rockeurs : une fréquence cardiaque de bûcheron

Fréquence cardiaque des musiciens lors des concerts

Musiciens rock, punk, une activité coûteuse sur le plan cardiovasculaire

Une étude récente (avril 2009) a été réalisée par l’Institut de médecine de travail Finlandais sur le « poste de travail de musicien de groupe punk et rock. Pour effectuer cette étude ils ont mesuré un certain nombre de paramètres lors de l’activité musicale d’un groupe finlandais les plus populaires : le groupe punk Apulanta. Lors de deux concerts, les médecins de cet institut ont mesuré leur température corporelle, leur tension artérielle, le rythme cardiaque. Le constat peut paraître édifiant pour les personnes qui ne sont pas comme Médecine des arts® depuis longtemps interessées par la santé des musiciens, mais les résultats scientifiques de ces chercheurs ont confirmé ce que l’on savait déjà du fait d’études antérieures réalisées notamment chez les musiciens d’orchestre symphonique. Ces activités sont aussi coûteuses sur le plan cardiovasculaire que celle d’un travailleur de force. « Le métier de guitariste comme celui de chanteur est physiquement aussi éprouvant que de creuser une fosse, déplacer des meubles ou une machine à la force du poignet », constatent les chercheurs finlandais. De manière comparative mais plus anecdotique, les chercheurs indiquent qu’un « batteur transpire tout autant qu’un bûcheron ou qu’un maçon, et qu’un bassiste qui s’échine sur les cordes de son instrument va se fatiguer autant qu’un boucher ou un boxeur ».

Le rythme cardiaque qui avait également été mesuré augmente de manière très importante lors de ces concerts, ainsi que la température corporelle. On va retrouver lors d’un concert de 90 minutes des rythmes cardiaques de 128 à 144 pulsations minutes, alors que la température corporelle va dépasser les 38 degrés.

Le stress joue un rôle essentiel dans la charge cardiaque globale ressentie du musicien

Le batteur du groupe Sipe Santapukki, âgé de 31 ans, a assuré que les études des médecins n’allaient pas décourager le trio qui joue depuis 1991 et qui a publié une dizaine d’albums. On le comprend d’ailleurs, parce qu’il n’a pas plus de raisons d’arrêter son activité quelque peu gratifiante que les boxeurs, les bouchers et les bûcherons. Toutes les activités humaines présentent un coût cardiaque global qui intègre le coût physique pur et le coût psychique (stress, trac). En l’occurrence ces activités rock et punk présente un coût cardiaque moyen, rien de plus. Il n’est pas possible, du moins avec les éléments que nous avons de cette étude, de distinguer ce qui tient à la charge mentale et psychologique (stress, trac) de ce qui est en relation avec la charge physique (posture, mouvements divers etc.) ; il est vraisemblable que dans un grand nombre de cas la charge mentale explique le niveau élevé de la fréquence cardiaque.

Von Karayan, des recherches personnelles sur la charge cardiaque en relation avec les émotions scéniques

Depuis les années 70, les chercheurs se sont intéressés à la mesure du coût énergétique dépensé par les musiciens lors de leur pratique. Piperek dès 1970 avait mis en évidence des rytmes cardiaques très accélérés chez les musiciens d’orchestres symphoniques, puisqu’il trouvait une fréquence cardiaque atteignant les 150 pulsations minutes, et avait noté pour certains des troubles à l’électrocardiogramme plus importants.

Von Karajan s’est interessé à ce phénomène et avait favorisé les recherches scientifiques au sein des organisations musicales qu’il dirigeait. Il désirait de son côté étudier non pas tant la charge cardiaque due à l’effort physique exercée lors du jeu, que l’émotion musicale ressentie lors de cette activité. Herbert von Karajan s’était lui-même prêté à ces expériences destinées à étudier le stress émotionnel en relation avec la prestation musicale et la mesure de la fréquence cardiaque avait été choisie pour étudier ce phénomène car c’est un bon moyen pour évaluer le niveau de stress scénique.

Une énergie physique et émotionnelle parfois à risque sur le plan cardiovasculaire

Par l’intermédiaire d’un certain nombre d’appareils de mesure de la fréquence cardiaque, de la tension artérielle, du rythme respiratoire, de l’activité sanguine cérébrale, coronarienne périphérique, de la perspiration et la réaction cutanée psychogalvanique, le Docteur Carl Simon avait montré dès les années 70 que l’énergie physique dépensée par Karajan pendant un concert avait moins de répercussions sur le système neuro-végétatif que le pouvoir émotionnel de la musique. Son tracé électrocardiographique pendant la 6ème symphonie de Malher passait de 120 à 170 au paroxysme du mouvement ; réaction émotionnelle du sujet comparable à l’état de « tension interne » de l’œuvre. De même, lors de l’exécution du troisième acte de Siegfried de R. Wagner, la tension artérielle du maître s’éleva de 40 mm Hg et le nombre des pulsations de 30/minute.

Diriger un orchestre symphonique pour certains répertoires est une activité qui demande des ressources cardiaques comparables à celles de pilotes de formule 1. A certains passages, on peut relever des niveaux de fréquences entre 150 et 180 pulsations minutes. Le stress émotionnel en est le responsable majeur.

Cette augmentation de la fréquence cardiaque, de la pression artérielle et la vasoconstriction est due à une décharge d’adrénaline. « Lors d’un concert, conclut le Docteur Simon, le stress émotionnel peut entraîner chez un chef d’orchestre une diminution des réserves coronariennes. Si cela est sans conséquence chez un sujet bien portant, cela peut aboutir à un épuisement complet ». Le manque d’oxygène sur le plan cardiaque peut être responsable d’un infarctus ; c’est peut-être l’explication de certaines morts subites de chefs d’orchestre pendant l’exécution d’un concert. Trois chefs d’orchestre se sont effondrés au même passage de Wagner, Kleibert succomba à un infarctus. Plus récemment le chef d’orchestre et compositeur italien Giuseppe Sinopoli est mort d’une crise cardiaque lors d’une nouvelle représentation de l’opéra de Verdi Aida qui se tenait au Deutsche Oper, l’opéra le plus prestigieux de Berlin.

L’auto-examen de la fréquence cardiaque de Glenn Gould

Glenn Gould n’appréciait guère la scène, il trouvait cet espace public peu propice à une interprétation de haut niveau, c’est une des raisons majeures pour laquelle il a arrêté les concerts publics. Il faisait son propre "bilan émotionnel" avant d’entrée sur scène en mesurant systématiquement son pouls (sa fréquence cardiaque) afin d’évaluer son stress scénique. " La salle de concert m’a toujours paru être un lieu inhospitalier pour faire de la musique, mais l’appréhension elle-même n’a jamais eu chez moi de caractère excessif. Je prenais toujours mon pouls avant un concert, par pure curiosité scientifique, et il était invariablement rapide. Il se produisait donc manifestement un phénomène d’excitation pas naturelle, mais pas non plus du genre de celui qui aurait pu me paralyser, ne serait-ce que parce que j’étais à peu près indifférent à ce qui se passait. Je ne faisais en réalité que procéder à un compte à rebours des années et du nombre de concerts qui me séparaient du moment où enfin je pourrais oublier tout cela." [1]

Gestion du stress émotionnel et physique pour les rockeurs, musiciens classiques

La charge cardiaque inhérente à l’activité musicale peut être très importante, au sein des orchestres symphoniques tout autant que dans d’autres types d’organisation musicale. Cette charge cardiaque est dû pour une part à l’activité physique déployée, et cela dépend du style de musique, de répertoire et du jeu scénique, et pour d’autre part au stress émotionnel et scénique, qui peut être très important. On ne peut que conseiller aux musiciens de faire un check-up sur le plan cardiovasculaire, notamment chez ceux qui ont des risques particuliers : fumeurs, surpoids, antécédents de problèmes cardiaques dans la famille. Sur un autre plan, l’hygiène de vie, la qualité de sommeil, des repas très légers avant l’activité scénique, sans alcool ni usage de drogue (qui jouent un rôle néfaste sur le rythme cardiaque et sur la thermorégulation), l’entraînement physique sont une prévention efficace pour faire face à cette surcharge momentanée lors des concerts, que cela soit pour le rock, la musique classique etc.


Rédacteur, Docteur Arcier, président fondateur de Médecine des arts®
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En savoir plus :

- Docteur Arcier, Le trac, stratégie pour le maîtriser
- Revue Médecine des arts Le stress du musicien


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[1] Glenn Gould, non je ne suis pas un excentrique, Fayard, 1988.


Réalisation : Octavo