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Fibromyalgie chez les musiciens, danseurs, circassiens, sculpteurs et peintres


Fibromyalgie chez les musiciens, danseurs, circassiens, sculpteurs et peintres

Qu’est-ce que c’est ?


Il s’agit d’une affection encore mal connue qui se caractérise par des douleurs sur plusieurs sites anatomiques. C’est une pathologie non évolutive dont le diagnostic est avant tout clinique puisqu’il n’existe pas à ce jour de marqueurs biologiques permettant de confirmer le diagnostic. Ce sont des douleurs chroniques de l’appareil locomoteur qui sont associées à de nombreuses manifestations fonctionnelles telles que des troubles du sommeil, de la fatigue, de l’anxiété, un état dépressif.


Quelle est l’importance de cette maladie ?


On estime que 2 % de la population générale est touchée. La fibromyalgie concerne 10 % des consultations des centres « anti-douleurs ». L’âge de survenue se situe entre 30 et 50 ans. La prévalence est faible et discutée chez les sujets jeunes ; cette affection est également réduite au-delà de 70 ans. Il s’agit d’une maladie avec une prédominance nette féminine (80%).


Quels sont les manifestations de la fibromyalgie ?


Troubles neurologiquesCe sont :
- Céphalées, migraine.
- Photophobie.
- Vertige, sensation ébrieuse.
- Paresthésies des extrémités.
- Trouble proprioceptf avec sensation de gonflement des parties molles.
- Syndrome des jambes sans repos.
Anomalies dermatologiquesCe sont :
- Le livedo.
- Le syndrome de Raynaud.
- La peau sèche.
- Le prurit sine material.
Troubles gastro-intestinaux et gynécologiquesCe sont :
- La dysphagie.
- Le reflux gastro-oesophagien.
- La dysménorrhée.
- Les troubles fonctionnels intestinaux.
Les troubles ORLCe sont :
- la dysfonction de l’articulation temporo-mandibulaire.
- Les acouphènes.
- La dysphonie.
Les troubles ophtalmologiquesCe sont :
- Les phosphènes.
- Le larmoiement.
- La photophobie.
- Les troubles de la convergence.
Les troubles rhumatologiquesCe sont :
- Les difficultés à maintenir une attitude, que cela soit en position debout, assise ou allongée. La raideur au réveil pouvant faire croire à un rhumatisme inflammatoire.
- L’intolérance à l’effort.
Les troubles neuro-psychiatriquesCe sont :
- Les troubles de la mémoire et de la concentration.
- Les troubles cognitifs divers (difficulté à trouver les mots, fuite des idées…)
- Une asthénie intense.
- Un syndrome dépressif.
- Les troubles anxieux.
- La diminution de la libido.
- Les troubles du sommeil
Les troubles urinairesCe sont :
- L’incontinence urinaire d’effort.
- Pollakiurie.

Comment se présente l’examen clinique ?


Le diagnostic repose sur la clinique. L’American College of Rhumatology a défini que le diagnostic devait reposer sur la présence de 11 points douloureux des 18 points décrits ci-dessous.

  • sous occipitaux
  • rachis cervical inférieur (espaces intertransversaires C5 - C7)
  • bord supérieur du trapèze
  • jonction chondrocostale des deuxièmes côtes
  • insertion du sus-épineux au niveau du bord interne de l’épine de l’omoplate
  • épicondyle
  • grand trochanter
  • quadrant supéro-externe de la fesse * en-dessous de l’interligne interne du genou (patte d’oie)

Ses points sont bilatéraux.

La pression modérée de ces points entraîne une douleur vive.

Pour l’OMS, 3 critères sont nécessaires :

  • Il n’existe pas d’autre diagnostic pour expliquer ce syndrome.
  • Des douleurs sont retrouvées sur 11 sites anatomiques points (sur 18 possibles) décrits par l’Américan College of Rhumatology.
  • Ces douleurs sont présentes depuis plus de trois mois.

On retrouve une hypersensitivité cutanée
L’examen neurologique complet ne retrouve aucune anomalie.
L’examen est normal sur le plan rhumatologique et articulaire.

Ce syndrome a été reconnu par l’OMS en 1992.


Quels sont les examens à réaliser ?


Le diagnostic positif repose sur quelques examens complémentaires qui vont permettre d’éliminer d’autres diagnostics.

- Bilan biologique

Vitesse de sédimentation, CRP (C-Réactive Protéine), Numération Formule sanguine, électrophorèse des protéines sériques
Facteur rhumatoïde, anticorps antinucléaires
Phosphorémie, Calcémie, Protidémie
Transaminases, sérologie de l’hépatite C
Kaliémie,
T4, TSH (hormones thyroïdiennes)
CPK (créatine phosphokinase)
Capacité de saturation de la transferrine, ferritinémie.

Dans la fibromyalgie, ces examens sont normaux.

- Bilan d’imagerie

La fibromyalgie ne nécessite par en général d’examens d’imagerie médicale. Pour autant, les caractéristiques de la symptomatologie peuvent le nécessiter afin d’écarter une autre pathologie. Les examens, s’ils sont réalisé, ne révèlent aucune autre pathologie.


Quelles sont les pathologies à éliminer ?


De nombreuses pathologies sont susceptibles de se présenter dans un tableau algique. Si le diagnostic de fibromyalgie est en général aisé, il est néanmoins important de penser aux diagnostics différentiels à éliminer.

Pathologie neurologiqueles pathologies suivantes :
- sclérose en plaque
- neuropathie périphérique
- myopathie congénitale à révélation tardive
Pathologie endocrinienneLes pathologies endocriniennes
- hypothyroïdie
- déficit en hormone de croissance
- hyperparathyroïdie
- syndrome de Cushing
- maladie d’Addison
Pathologies infectieusesles pathologies suivantes :
- hépatite C
- maladie de Lyme
- VIH
Pathologies auto-immunes, génétiques ou inflammatoiresles maladies suivantes :
- spondylarthrite ankylosante
- pseudo polyarthrite rhysomélique
- polyarthrite rhumatoïde
- syndrome de Gougerot-Sjogren
- lupus
- hémochromatose
NéoplasiesLes pathologies suivantes :
- myélome
- métastase osseuse
- néoplasie osseuse primitive
Médicaments (effets secondaires : douleurs)Les médicaments suivants :
- fibrates
- statines
- lithium
- hypokaliémants
- bêta-bloquants
- antipaludéens de synthèse
Pathologies osseuses ou articulairesLes pathologies suivantes :
- ostéomalacie,
- arthrose diffuse,
- bursite, ténosynovite.
Le syndrome de fatigue chroniqueLe diagnostic différentiel dans ce cas est plus délicat.

Quel est le mécanisme de ce syndrome ?


Il fait encore l’objet de plusieurs hypothèses dont de nombreuses sont loin d’être étayées.

La piste périphérique

Certains auteurs ont pu mettre en évidence des perturbations de la production d’énergie au niveau du muscle (ATP et Phosphocréatine). Mais cette hypothèse est controversée.

Certaines pistes pourtant ont fait l’objet de recherches sérieuses :

La piste centrale

On retrouve des anomalie du contrôle de la douleur. On observe des modifications de l’information en réponse à des stimuli douloureux. Ces perturbations pourraient être en relation avec une altération des mécanismes centraux d’intégration des stimuli nociceptifs. Des recherches nouvelles ont pu mettre en évidence des troubles métaboliques de neuromédiateurs impliqués dans les mécanismes de nociception comme la substance P et la sérotonine.

D’autres hypothèses nécessitent encore de nouvelles argumentations (hypothèse neuro-psychiatrique, hypothèse toxique, endocrinienne).

La fibromyalgie est une affection plurifactorielle dont les dérèglements des mécanismes nociceptifs sont impliqués et jouent un rôle évident dans la symptomatologie du trouble. Les aspects causaux ne sont pas encore déterminés, même s’ils font l’objet de nombreuses recherches.


Quelles sont les particularités chez les artistes et les conséquences de ce syndrome ?


La fibromyalgie a des répercussions très variables sur les activités professionnelles et de loisir. Il existe des formes sévères qui peuvent mettre en grande difficulté les artistes dans leur pratique, quelles que soient leur activité artistique. Parfois les activités domestiques sont aussi fortement gênées. Dans ces facteurs favorisants la fibromyalgie compte : gestes répétitifs, surmenage, maintien d’une attitude prolongée, stress physique. Il s’agit là de facteurs que l’on retrouve fréquemment dans les activités artistiques comme la musique, la danse, le cirque, la sculpture et la peinture.

Par ailleurs, les affections algiques des artistes (musiciens, danseurs) sont la première cause de consultations. On retrouve souvent dans les syndromes de surmenage des allodynies sur plusieurs sites corporels, le plus souvent chez des femmes (musiciennes par exemple). Pour autant, on notera que les fibromyalgies sont plus rares chez les sujets jeunes. Le diagnostic différentiel est donc une étape importante lorsqu’on reçoit un artiste pour des problèmes douloureux. Avant de porter le diagnostic de fibromyalgie chez un artiste, les thérapeutes se seront donnés tous les moyens d’étayer le diagnostic en éliminant toutes les autres causes d’affections douloureuses. Une consultation pluridisciplinaires comme cela se pratique à la Clinique du Musicien permet d’élargir le champ de compréhension des problèmes douloureux chez un artiste.

Si le trouble fibromyalgique est une piste sérieuse de diagnostic, il faudra mettre en place une stratégie globale afin de s’efforcer de maintenir l’activité artistique au moins de manière partielle. Il faudra le concours d’un rééducateur spécialisé pour les artistes, d’un psychologue, d’une assistance sociale et d’un médecin du travail qui pourront ensemble oeuvrer pour favoriser la pratique.


Quel est le traitement de la fibromyalgie ?


C’est au sein d’une équipe pluridisciplinaire que la prise est optimale. A la clinique du musicien c’est un des objectifs que l’on s’efforce de mettre en place.

La priorité est le maintien de l’activité physique. Maintien conseillé dans les limites des capacités. La rééducation a une place prépondérante : massages doux, balnéothérapie améliorent la majorité des patients et facilitent le réentraînement à l’effort. La relaxation apparaît comme une thérapeutique de la fibromyalgie et ce quelle que soit la technique utilisée, training de Schultz, sophrologie. La relaxation a une action marquée sur l’hyperactivité liée au stress, les troubles du sommeil, l’anxiété et la tension musculaire.

De nombreuses thérapies sont préconisées en fonction des caractéristiques des troubles présentées. Ainsi certains traitements vont être axés sur les aspects anxio-dépressifs, d’autres sur les aspects nociceptifs (antalgiques, anti-inflammatoires), d’autres encore sur les troubles du sommeil.

Sur le plan professionnel, les artistes peuvent éprouver des difficultés certaines dans leur pratique. Un aménagement de travail peut s’avérer nécessaire, voire une reconversion pour les pratiques les plus exigeantes (circassiens, par exemple). Pour autant, le maintien dans l’activité ou/et d’une activité physique reste la priorité. L’équipe de soin et l’environnement socio-familial doit s’inscrire dans cette logique tout en ajustant ces activités aux possibilités du patient (de l’artiste). L’adhésion et la participation active du patient (artiste) est un facteur primordial dans la gestion de ce trouble, qui est un trouble chronique dont la prise en charge se fait dans la durée et endéveloppant la meilleure adéquation entre les possibilités de l’artiste et les pratiques qu’ils réalisent.

Plusieurs articles complémentaires sur la fibromyalgie seront réalisés sur chacun de ces questionnements.


Rédacteur : Docteur Arcier André, fondateur de Médecine des Arts.


D’après :

- Isabelle Gauvrit, Thèse de Médecine, Fibromyalgie, 2005.
- Vigilance, revue de sécurité, mars 2008.

Illustrations
- 18 points de douleur, Vigilance, revue de sécurité, mars 2008.
- Vigilance, dossier

Oeuvres d’art

- Patrick Chaulet, sculpture.
- Julien Prévieux, face avec orpin.
- Michel Ange, La nuit (Tombeau de Julien de Médicis).

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