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Cortisone et raucité de la voix (chanteur)


Cortisone et raucité de la voix (chanteur)

Question - réponse clinique

" L’inhalation de cortisone (traitement local par inhalation) peut-elle être responsable d’un enrouement s’aggravant de jour en jour, pour arriver à une quasi-aphonie ?"

Définition

- La dysphonie est la difficulté à parler et à émettre des sons (au sens large), indépendamment de l’origine de la lésion. La voix apparaît trop grave ou trop aiguë, rauque, enrouée et parfois complètement éteinte (aphonie). Les dysphonies se caractérisent également par l’émission de 2 sons en même temps (bitonalité).
- Le terme raucité désigne le caractère rude et âpre d’une voix rauque
- La dysodie est un trouble de la voix chantée

Les effets de la cortisone sur la sphère pulmonaire et ORL

Les corticoïdes locaux (cortisone) sont des traitements très utilisés en raison de leur action anti-inflammatoire locale puissante sur l’aire ORL et pulmonaire (action sur l’inflammation bronchique qui est la composante majeure de l’asthme de l’adulte) et de leurs effets systémiques modérés (ces effets existent lors d’un usage prolongé). Ce traitement peut de ce fait être un traitement de fond pour l’asthme.

Pour les molécules corticoïdes telles que : la béclométasone, la dexaméthasone, le budésonide, leur devenir après inhalation (technique d’inhalation : aérosol-doseur avec ou sans chambre d’inhalation, inhalateur de poudre) est de :
- 80 % sur l’oropharynx
- 10 % sur le plastique
- 10 % sur les bronches
- 1 % passage systémique

La majeure partie de la dose inhalée (90 %) est déglutie et éliminée par les fèces, une fraction seulement (10 %) parvient au niveau broncho-alvéolaire où elle est résorbée faiblement puis métabolisée au niveau hépatique et éliminée sous forme de dérivés inactifs par voie biliaire et urinaire.

Les effets indésirables locaux

Plus de 50 % de patients recevant un traitement par corticoïdes inhalés se plaindraient de dysphonie ou de symptômes oro-pharyngés gênants. Ces traitements sont connus également pour provoquer des infections fongiques oro-pharyngées ou pour induire une myasthénie de l’adducteur du larynx. La candidose est rare, elle est le témoin de l’immuno-suppression. Elle est la conséquence du dépôt buccal de corticoïde survenant lors de l’inhalation et de sa persistance. La prévention pour la candidose est simple, c’est le rinçage de la bouche après la prise de corticoïde qui suffit à éliminer le dépôt.

Les effets systémiques

Pour des utilisations sur le long terme on peut observer des effets systémiques : des effets osseux, surrénaliens notamment.

La raucité de la voix

La raucité de la voix est observée quel que soit le produit utilisé, car elle est la conséquence du dépôt de corticoïdes, lors de l’inhalation, sur les cordes vocales.

Devant un tel symptôme chez un chanteur, il faudra en première intention éliminer un trouble sous-jacent et orienter vers un phoniatre afin d’évaluer précisément la fonction vocale dans son ensemble. Une rééducation orthophonique complémentaire peut s’avérer utile. Sur le plan préventif vis-à-vis des conséquences locales de ce type de traitement, il est nécessaire :
- d’informer le chanteur des conséquences éventuelles du traitement ;
- de changer éventuellement de produit, car la sensibilité de chacun est variable selon le type de molécule utilisée (ou de réduire la posologie lorsque cela est possible). Le choix des molécules (pour un effet comparable) les moins inductrices de ce type d’effet secondaire est la démarche que le médecin doit rechercher chez le chanteur ;
- de se rincer la bouche et/ou l’utilisation d’une chambre d’expansion (une chambre d’expansion est un volume intermédiaire entre le spray et la bouche du patient, qui permet le dépôt des grosses particules de corticoïdes sur ses parois, prévenant ainsi leur dépôt sur les cordes vocales).

Les chanteurs ont tout intérêt en amont d’un traitement de vérifier son innocuité sur la sphère vocale vis-à-vis de leur activité (le chant), et de demander un avis phoniatrique si un traitement peut entrainer une gêne quelconque pour la voix.


d’après le Concours Médical, 28 mai 2003. Fluticasone et raucité de la voix.


Rédacteur Docteur Arcier André, fondateur de Médecine des Arts®
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