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Les membrophones dans la musique africaine, cubaine et afro-cubaine. . Chapitre 2 Les membrophones

B - Musique Africaine :
En ce qui concerne la musique africaine je me suis intéressée tout d’abord à la musique des pays Mandingues (Mali, Sénégal, Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Guinée, Bénin) pour deux raisons principales : c’est la musique qui est la plus couramment enseignée en France dans les cours de percussion africaine et c’est aussi celle qui est pratiquée par les musiciens que nous avons rencontrés.
Les régions de l’Afrique de l’Ouest sont celles qui ont principalement été concernées par les mouvements de populations vers Cuba dont nous parlerons plus loin. Il faut donc ajouter à cette première liste de pays le Ghana, le Togo, le Bénin, le Nigéria et le Cameroun (influences Yoruba, Abakua et Arara) et plus au sud l’Ouganda, le Gabon, la Guinée et l’Angola.
Sur place en Afrique plusieurs types de musiques traditionnelles coexistent. Tout d’abord la musique populaire qui est celle de la vie de tous les jours et qui accompagne les étapes de la vie (chants et musiques de cérémonie), les danses, les fêtes et le travail. Ensuite la musique solennelle qui comprend la musique sacrée et celle jouée par les griots. Ceux ci font partie d’une caste et ont un rôle semblable à celui des hérauts qui existait autrefois dans les sociétés européennes. Leur fonction et leur répertoire sont transmis d’une génération à l’autre et certaines familles d’artistes sont célèbres et connues à l’étranger. Leur musique utilise des tambours ou des instruments mélodiques et sert à transmettre un récit (par exemple raconter l’histoire de la famille de la personne qui a demandé l’intervention du griot). Le griot, ne faisant plus partie d’une cour, joue et anime pour qui le lui demande et de tels artistes sont invités à se produire en Europe en lien avec les musiciens français pratiquant la musique africaine.
Parmi les tambours beaucoup d’instruments imitent ou remplacent la parole humaine. C’est le cas des tambours sabars dont le rythme imite une phrase (rytme bakk qui imite la langue Wolof) ou des tambours batás à Cuba. Grâce aux tambours un message peut aussi être passé à distance avec un système de codage qui permet, par exemple, d’annoncer le nom d’une personne décédée.
Il est indispensable de donner quelques détails sur ces instruments, même si leur classification est rendue très complexe par leur multiplicité et les appellations qui changent selon les pays. En effet les dimensions des instruments et leur association éventuelle déterminent une certaine position pour jouer et une technique instrumentale d’où découlent les risques professionnels.
On décrit classiquement 4 familles d’instruments dont 2 font partie des percussions mais qui sont parfois toutes les quatre jouées par un même groupe.
1 - Les membranophones :
Le son provient de la vibration d’une membrane tendue sur un instrument creux.
Le plus connu est bien sûr le djembé qui est un tambour Mandingue.
Les interprètes que nous avons rencontrés sont originaires de Guinée, Côte d’Ivoire et Burkina Fasso mais d’autres musiciens et instruments viennent aussi du Sénégal, de Gambie et du Mali.
Le djembé est un instrument en forme de calice ouvert à la base, il est donc large mais peu haut (60 cm). Il comprend un pied et une caisse qui communiquent et sont taillés dans la même pièce de bois très dur (teck, linguié, longaï, sii, ngoni). Sa membrane est une peau de chèvre maintenue par 3 cerclages en métal : un sous la caisse, un au dessous et un au dessus de la peau. Celle-ci est fixée par laçage et le système de nœuds permet d’en régler la tension. Sur le bord sont souvent ajoutées des sonnailles métalliques (oreilles) portant des anneaux.
Le djembé se joue sans baguette et toujours à deux mains, soit assis soit debout.
Assis le tambour peut être posé en équilibre légèrement incliné vers l’avant (le son doit sortir par dessous) ou être presque horizontal, ce qui nécessite de le coincer entre les 2 mollets ou une jambe et un mollet.
Dans l’accompagnement de la danse, dans les solos ou en déambulation le djembé est joué debout, retenu par une sangle qui passe en « bretelles » croisées derrière les épaules ou directement sur le cou.
Le poids de l’instrument, plus la force liée à la frappe, tirent le tronc et le cou vers l’avant d’où un effort de redressement lombaire important. Le djembé est parfois porté simplement sanglé autour de la taille.
Techniques de frappe.
On distingue 3 frappes principales, du plus grave au plus aigu avec environ un demi ton d’écart entre elles :
• la basse : la main heurte à plat le centre de la peau, d’où utilisation du bras, avec rebond. Le contact est donc avec les éminences thénar et hypothénar (symbole U ou 2 traits perpendiculaires).
• la tonique (ou medium) : ici la frappe est plus près du bord, avec un mouvement de l’avant bras, doigts collés. Le pouce est souvent écarté ou un peu remonté, avec mise en tension de ses extenseurs. La tonique permet un jeu extrêmement rapide et sonore. Elle porte ce nom car elle correspond au son naturellement rendu par la peau de l’instrument. En principe la peau est frappée de façon nette, doigts tendus, main et avant bras restant dans l’axe donc sans extension du poignet. Cependant lorsque la main heurte l’instrument le talon de la main (articulation trapèzo-métacarpienne) vient en contact avec le cerclage sous la peau de l’instrument, surtout si le coude est trop bas et donc la main trop inclinée. Plus ce rebord est haut plus et plus le choc violent, plus ce contact sera source de traumatismes. Sur une partition cette frappe est symbolisée par une note ou un accent.
• le claqué : le poignet est en légère extension, il y a contact du talon de la main avec le bord de l’instrument puis les doigts viennent fouetter la peau.
Les autres frappes possibles sont le son plaqué (la main reste sur la peau) et la percussion digitale (index ou majeur)
C’est en général la première phrase musicale du djembé (« appel ») qui commence le morceau ou la danse. Il joue ensuite des solos et lance les « breaks » qui sont les phrases musicales ou tous les percussions se retrouvent sur un rythme commun.
Le djembéfola est accompagné par d’autres tambours, principalement les dunun (appellés aussi doundoun, jung jung, dum dum). Ce sont des tambours cylindriques de grande taille avec une double peau (de vache le plus souvent, du fait de sa grande solidité). La peau est fixée sur un cerclage et le laçage va d’une peau à l’autre.
Leurs noms diffèrent légèrement selon les pays : au Mali on utilise le konkoni (en peau de chèvre) et en Guinée 3 différents qui sont le dununba (le « père »), le sangban et le kenkeni.
Les tambours sont souvent joués horizontalement, posés ou empilés (attachés entre eux avec leur sangle). Ils peuvent aussi être joués verticalement, voire portés en déambulation.
Technique de frappe : quand ils sont posés horizontalement les doundouns se jouent avec une grosse baguette qui frappe la peau grâce à un mouvement de rotation du poignet (fouetté) ou bien une frappe droite (pointé).
Souvent l’autre main joue une cloche primitive (sans battant : kenken en Guinée, ntala au Mali) qui est coincée dans les liens de maintien de la peau et frappée avec une baguette métallique, une bague ou anneau métallique (écrou) porté au doigt. Le niveau sonore est donc particulièrement élevé. Ces trois aspects : poids, niveau sonore et gestes très rapides avec indépendance des deux mains font de ces tambours un poste physiquement très contraignant.
D’autres groupes de tambours peuvent être utilisés : par exemple les boucarabous (groupe de tambours hauts proches des congas cubaines, Sénégal), les tambours sont utilisés par paires dans les cérémonies (Cameroun), ou les tambours photographiés ici (Guinée) qui sont joués deux par deux et nommés (comme à Cuba) tambours bongos.
Il existe de nombreux systèmes de tension de la peau, qui sont de bons indicateurs de la provenance de l’instrument. On citera par exemple les sabars qui sont des tambours puissants dont la peau est chevillée sur le fût et non lacée et qui sont assez caractéristiques et typiques du Sénégal. Ils sont en bois de tamarin, se jouent avec une baguette et sont très sonores. Le xin leur ressemble en plus petit.
Rédactrice : Docteur Hélène Garrabé, médecine des arts®
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