Santé »
Psychologie »
Influence des facteurs psychologiques sur les cervicalgies des artistes

L’influence des caractéristiques psychologique sur les troubles musculo-squelettiques est un domaine peu étudié sur le plan scientifique. La simple observation clinique au quotidien fait penser que des facteurs psychologiques sont bien en jeu dans les algies si fréquentes de la nuque et des membres supérieurs chez les artistes. Les tensions musculaires, les algies au niveau des muscles de la ceinture scapulaire sont courantes chez les musiciens et chez de nombreux artistes dans des pratiques diverses, plasticiens, danseurs, chanteurs, circassiens(cirque).
TMS, des troubles fréquents chez les artistes
Les TMS, c’est-à -dire les troubles musculo-squelettiques sont des troubles fréquents chez les artistes, l’ensemble des études mené auprès des musiciens indique qu’ils sont plus de 75% à présenter des problèmes de santé qui affectent leur pratique et que dans plus de 50% il s’agit d’affections touchant la main et les membres supérieur.
TMS, des troubles plurifactoriels
Ces TMS sont des troubles plurifactoriels, bien évidemment en premier on trouve les facteurs liés à l’activité principales tel que l’intensité, la répétitivité, les postures etc.), ceux liés aux activités annexes (bricolage, sport, etc.), mais aussi les facteurs organisationnels (possibilité de contrôle de la tâche, clarté de la tâche, relations interpersonnelles). Les facteurs personnels tel que l’âge,le genre, certaines pathologies (maladies métaboliques par exemple) interviennent également dans le risque de TMS. Enfin les caractéristiques psychologiques tels que la personnalité, le comportement, les attitudes ou les stratégies pour faire face aux contraintes notamment celles liées à l’activité, en l’occurence la pratique artistique sont impliqués dans la physiopathologie des troubles musculo-squelettiques.
TMS et leurs associations avec des facteurs psychologiques
Les relations des TMS et du stress sont bien connus et feront prochianement partie d’un article sur la revue Médecine des Arts.
Certaines associations entre les caractéristiques psychologiques et les TMS ont fait l’objet de recherche que l’on peut retrouver dans la littérature médicale générale. Ces recherches ne sont pas fréquentes, de plus elles sont menées avec des protocoles différents qui rendent difficile les comparaisons. Cinq caractéristiques ont été recensées dans ces études, il s’agit de :
Le neuroticisme,
L’extraversion,
Le psychoticisme,
Le comportement de type A
le coping,
Le neuroticisme
"C’est la tendance à ressentir des émotions négatives telles que l’anxiété, l’hostilité, la détresse". [2]" Il est opposé à la stabilité émotionnelle. Ces sujets ont tendance à l’introspection et aux plaintes somatiques. "Le neuroticisme est considéré comme la susceptibilité à l’affectivité négative". _Différentes études ont été menées pour étudier les relations entre cette dimension de la personnalité et les TMS, l’ensemble des études (trois) "montrent une association ente les plaintes musculo-squelettiques et le score de neuroticisme. Pour un des auteurs (Bru et al) "cette association des plaintes musculo-squelettique et le neurotocisme varie en fonction du type de travail et serait plus forte lorsque le travail comporte une composante émotionnelle importante et une certaine responsabilité [3]. Ces critères concernent de manière les métiers de la santé et des arts vivants, même si l’engagement et la responsabilité sont pas de même nature, ils n’en sont pas moins vécu sur des registres émotionnels intenses.
L’extraversion/introversion
"L’extraversion, opposée à l’introversion, est caractérisée par la sociabilité, le niveau d’activité et la dominance . les sujets ayant un score élevé d’extraversion ont tendance à rechercher un maximum d’activités et de sensations, contrairement aux introvertis qui sont réservés, indépendants et se protègent des stimuli extérieurs".
Les introvertis "seraient plus sensibles et plus réactifs aux stimuli externes.
Les recherches sur ces facteurs n’ont pas débouchées sur des facteurs de risque supplémentaires.
Le psychoticisme
"Ce facteur de personnalité représente l’impulsivité, la recherche de sensations, la non-conformité, ainsi qu’un manque de limites, de socialisation et de responsabilités". Une seule recherche a été faite pour cette caractéristique est n’a pas été concluante.
Le comportement de type A
Décrit par Friedman et Rosenman (16), les sujets "avec un comportement de type A expriment une forte hostilité, de l’ambition, de la compétitivité et de l’impatience. Ils sont souvent préoccupés par les délais de travail avec un sens chronique de l’urgence du temps et sont fortement motivés à maintenir un contrôle total sur leur environnement". 6 études ont été menées sur les relations entre le comportement de type A et les TMS de la nuque et des épaules. Même si ces études ne sont pas comparables elles sont en faveur d’une association positive entre les TMS et le comportement de type A.
Coping
"C’est la manière à faire face aux événement, ce sont les processus conscient et inconscients qui sont adoptés face aux contraintes. Ces processus sont comportementaux ou cognitfs. Une seule étude a été faite, et paraît insuffisante pour conclure".
Des pistes de prévention et d’accompagnement des artistes
Peu d’études ont été réalisés sur le rôle des caractéristiques psychologiques sur les TMS. Leur diversité dans les protocoles ne permet pas de conclusion très fiable sur l’ensemble de ces caractéristiques. Pour autant pour 2 caractéristiques, le neuroticisme et le comportement de type A les études montrent une association positive.
Pour ces auteurs "les sujets de type A auraient tendance à travailler malgré la douleur, leur hyperactivité pouvant engendrer une tension musculaire accrue. Au contraire, les individus avec un score élevé de neuroticisme seraient particulièrement attentifs aux stimuli douloureux et se plaindraient plus facilement de sensations anormales. Malgré leurs différences, les deux types de sujets auraient une vulnérabilité accrue au stress organisationnel, lui-même associé aux plaintes musculo-squelettiques.
Il serait utile, du fait de l’importance du pourcentage d’artistes qui présentent des douleurs musculaires en relation avec leur activité de mieux étudier les relations entre les caractéristiques psychologiques et ces douleurs, Troubles musculo-squelettiques compris. Ainsi une aide plus efficace pourrait leur être apporté.
_Dès à présent, il paraît nécessaire que le soutien médical qui peut être fait auprès des artistes puissent bénéficier également d’un concours de psychologues formés à cette dimension : la performance, les pratiques artistiques. Une démarche plus précise pourrait être entreprise dans un premier temps auprès des populations avec des caractéristiques psychologiques telles que le neuroticisme afin de leur procurer des moyens de mieux gérer leur sensations, et le comportement de type A afin de leur apprendre à mieux gérer leur activité.
rédacteur Docteur Arcier, fondateur de Médecine des Arts
mise à jour, mai 2008
[1] d’après Vergracht S. et al, troubles musculosquelettiques des membres supérieurs et de la nuque, Arch.Maladies professionnelles, 2000, Vol 61, n°7, 499-505.
[2] McCrae R.R. et al : An introduction to the five factor model and its application. Journal of Personality, 1992, 60, 175-215.
[3] Chanlat J.-F : Théories du stress et psychopathologie du travail. In : L’individu dans l’organisation : les dimensions oubliées. Les Presses de l’Université, Editions Eska, Québec, Paris, 1990
