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Anorexie mentale dans le milieu de la danse. Symptômes et diagnostic. Chapitre 2


Anorexie mentale dans le milieu de la danse. Symptômes et diagnostic. Chapitre 2

Quelles sont les conséquences physiopathologiques de la perte de poids [1]

La perte de poids rapide, associée à des phénomènes carentiels majeurs ainsi qu’à des vomissements provoqués, à la prise de laxatifs et de diurétiques va avoir des conséquences physiologiques néfastes sur la santé. Mais ces effets néfastes sur la santé ont également des effets sur la performance. C’est dans ce sens que certains auteurs pensent, contrairement aux théories traditionnelles, que la danse aurait finalement un effet « protecteur » car les troubles en relation avec l’anorexie rendent la pratique de la danse à haut niveau impossible.

Action sur la masse grasse

La perte de la masse grasse entraîne une perte de chaleur importante. L’essentiel des pertes thermiques se fait par convection thermique ; ces pertes sont donc plus élevées chez les sujets "plus maigres". La frilosité est accrue et une hypothermie avec perte du cycle nycthéméral de la température corporelle est constatée dans le cadre de grande maigreur chez l’anorexique.

Action sur la masse maigre

Tous les muscles lisses et squelettiques sont atteints par la perte de matière, et leur fonction est donc altérée. Pour économiser des calories, le corps tout entier va fonctionner au ralenti.

Muscles squelettiques

Le coeur muscle cardiaque et système cardiovasculaire

On peut observer :

- Une diminution de la contractilité myocardique et de la fonction ventriculaire gauche que Misra [2] et son équipe retrouvent chez les adultes anorexiques, mais pas chez les adolescentes.
- Une hypotention artérielle et notamment une hypotension orthostatique par diminution de la pression d’éjection systolique
- Une bradycardie
- Un prolapsus de la valve mitrale
- Pour Misra [2], le rythme cardiaque, la tension artérielle et la pression sanguine sont positivement corrélés à l’IMC et au taux de masse grasse totale. La bradycardie pourrait être causée par une hyperactivité vagale.

Les vomissement provoqués sont susceptibles d’entraîner une hypokaliémie qui à son tour peut générer des troubles de la conduction cardiaque.

Ces troubles sont réversibles lors de la réhabilitation nutritionnelle.

Les muscles respiratoires

La perte de masse maigre atteint aussi les muscles respiratoires (intercostaux et diaphragmatique. Rigaud [3] oberve un »déficit fonctionnel diaphragmatique avec une diminution du volume inspiratoire maximal et du débit expiratoire maximal. Ces troubles sont réversibles à la renutrition.

Autres muscles squelettiques

Rigaud [3] note une amputation nette des capacités à l’effort, tant en puissance maximale qu’en endurance.

Muscles lisses

Le tractus digestif est atteint dans son intégralité. Pour Rigaud [4], il s’agit d’une conséquence de la fonte musculaire : l’estomac et les intestins comportent une couche musculaire que la dénutrition altère. Toutes les fonctions sont ralenties, entraînant un inconfort et parfois des manifestation douloureuses qui seront un frein à la reprise d’une alimentation « normale »
- Selon Blanchet et Luton [4], des troubles de la motilité oesophagienne sont retrouvés chez 30 % de ces patientes.
- Blanchet et Luton [5]]] observent également des anomalies de la vidange gastrique qui dans 80 % des cas sont associés à des anomalies de la motilité antrale.
L’estomac se contracte moins bien. Les aliments s’évacuent moins vite et il devient sinon douloureux du moins inconfortable de s’alimenter. Le transit gastro-caecal est lui aussi ralenti par la faiblesse du muscle colique, entraînant ballonnement et constipation.

Troubles circulatoires

Dans les amaigrissements sévères apparaissent des troubles circulatoires avec des extrémités froides : c’est le phénomène de Raynaud. Le cÅ“ur qui fonctionne au ralenti privilégie la vascularisation des organes vitaux. Cela entraîne une vasoconstriction du système veineux périphérique. Des oedèmes de carence peuvent apparaître au niveau des chevilles et autour des yeux. On peut rencontré également des oedèmes des membres inférieurs par « défaut modéré de retour veineux. »

Une plus grande fatigabilité, mais aussi une adaptabilité remarquable

Malgré une fatigabilité plus importante, aussi bien dans l’effort immédiat que dans l’endurance, il est étonnant de voir ces jeunes filles maintenir une telle activité malgré leur statut nutritionnel.

Conséquences hormonales et fonctionnelles

- aménorrhée : c’est un des signes caractéristiques de l’anorexie mentale. Elle s’inscrit dans l’ensemble des troubles fonctionnels de l’axe cortico-hypophysaire.

- ostéoporose : chez les jeunes filles anorexiques, la carence en oestrogènes n’est pas le seul facteur dans le processus de dégradation de la masse osseuse. Il faut y ajouter les effets de la dénutrition, des apports insuffisants de calcium et de vitamine D, leur faible poids, enfin un excès de gluco-corticoïdes.

L’ensemble de ses conséquences pathologiques explique que l’activité du danseur et de la danseuses est incompatible pour une pratique de haut niveau avec un état fonctionnel corporel à ce niveau de déficience.

Comment faire le diagnostic d’anorexie mentale [6]

Le fait que ces troubles du comportement alimentaire s’installent souvent insidieusement et fassent pendant longtemps l’objet d’un déni, plus ou moins partagé par l’entourage, contribue à retarder le moment du diagnostic et de la mise en place d’un accompagnement thérapeutique. C’est un des arguments majeurs pour appliquer une prévention et un dépistage précoce au sein des lieux de pratique de danse.

Les critères de diagnostic font l’objet de nombreuses discussions en raison de l’instabilité du diagnostic, de l’existence de formes subcliniques et de l’association avec d’autres troubles alimentaires.

Wilkins [7] défend de suspecter l’anorexie mentale dès que les trois A sont réunis,

A pour anorexie (conduite alimentaire restrictive)
La restriction alimentaire domine le tableau. Ses caractéristiques traduisent la nature psychologique de l’anorexie, la restriction étant généralement justifiée au début par un régime qui devient progressivement drastique. Parfois cette quasi intolérance à l’alimentation s’accompagne d’attitudes paradoxales, d’un intérêt nouveau pour la diététique, le calcul des calories, le grignotage de portions infimes, etc. Les repas pris en groupe ou en famille peuvent devenir l’occasion de conflits ou de tensions du fait de la restriction systématique alimentaire. La jeune fille cache ses troubles, avec en particulier les vomissements provoqués et répétés. Le milieu de la danse est dans ce domaine particulier dans la mesure où l’alimentation revêt une importance singulière ; une élève dans le champ de la danse doit correspondre à un profil physique plus ou moins standard où le poids entre en ligne de compte. L’attention accordée sur ce point existe souvent même au sein de la cellule familiale.

A pour amaigrissement
L’amaigrissement, insidieux surtout au début dans une ambiance collective où les indices corporels sont globalement bas, mais peut se révéler brutalement quand l’anorexie mentale proprement dite s’installe, avec des pertes pouvant atteindre 20 à 30 % du poids souhaitable. On peut parler de dénutrition quand l’indice de Masse Corporelle devient inférieur à 18,5 et de dénutrition importante en dessous de 14, il y a alors un risque vital.

A pour aménorrhée
L’arrêt des règles est un signe constant, qui peut être primitif (jeune fille non réglée) ou secondaire (après 3 mois de règles régulières). Dans 55 % des cas, elle coïncide avec le début de l’anorexie. Elle précède l’anorexie dans 15 % des cas. Elle peut être masquée par la prise de la pilule.

Si le BMI (index de marque corporelle de Quételet). Poids (kg)/taille (m2) est inférieur à 17 chez la femme et à 19 chez l’homme, une prise en charge médicale sérieuse est nécessaire.

A cela nous ajoutons le A ( de Artistica)

Anorexie Artistica©, c’est une des dimensions que Médecine des arts désire apporter au concept global des anorexies. Les pratiques singulières comme peuvent l’être la danse, mais également d’autres pratiques que l’on retrouve dans le champ du spectacle vivant, mais aussi au cinéma peuvent amener l’artiste à s’engager dans une démarche de privation alimentaire. Il nous paraît plus réaliste d’ajouter ce concept en le distinguant de l’anorexie mentale décrite dans un champ général. Dans le même temps, cette démarche ne doit pas exonérer d’une stratégie de prévention dans ce champ artistique afin de distinguer cette dimension d’une anorexie mentale proprement dite. Ceci est d’autant plus vrai que cette distinction va demander un sens clinique plus aiguisé, un suivi plus précis, une stratégie de prise en charge parfois particulière. En effet la dimension artistique, comme dans le champ sportif pour les athlète de haut niveau doit être prise en compte et doit permettre de recontextualiser la problématique alimentaire.

Ce thème, l’Anorexie Artistica©, sera abordé secondairement dans les formes cliniques de l’Anorexie mentale. Il permettra de mettre l’accent sur les caractéristiques du milieu artistique et son rapport au corps et à la performance artistique.

La surveillance médicale précoce dans le milieu de la danse doit permettre de dépister précocement, au-delà de l’anorexie mentale caractérisée, les troubles du comportements alimentaires mineurs, ce d’autant que le profil et la morphologie de la danseuse classique en particulier risque soit de majorer le problème ou de le minorer en banalisant la maigreur. Mais la distinction entre le trouble avéré chez une personne qui de fait peut être maigre, avoir par période des conduites alimentaires restrictives et être aménorrhéique et des conduites alimentaires désordonnées peut être délicate. Cela va demander un grande connaissance de la part du corps médical et paramédical du milieu de la danse, des danseurs, ainsi que des exigences de leurs pratiques.

Quelle est la sémiologie plus largement de l’anorexie mentale ?

Chacun des organes peut être défavorablement touché par la dénutrition et la perte de poids.

L’apparence de maigreur générale

On remarque d’emblée l’aspect de maigreur globale extrême, de fragilité physique. La personne n’est pas mince mais dénutrie » [8]. On peut parler de dénutrition quand l’indice de Masse Corporelle devient inférieur à 18,5. On distingue ses os sous la peau, et chacune de ses articulations ressort de façon démesurée. Ses veines forment des lacis plus ou moins saillants. Son visage est ridé, ses joues creusées, ses yeux paraissent enfoncés dans les orbites. On note un effacement des fesses, des seins et des hanches

Aspect de la peau

« La peau a une couleur jaune orangée, caractéristiques de l’hypercaroténémie due à un accroissement de la consommation de carotène ou à un trouble du métabolisme de la vitamine A" [9]. Au niveau des extrémités, la peau est violacée, moite et froide, conséquence de l’hypothermie, du syndrome de Raynaud. Les phanères deviennent secs, cassants, les cheveux ternes et les ongles striés. L’hypertrichose et le lanugo sont dus à un hypercorticisme réactionnel.

Examen neurologique

On peut parfois noter une diminution des réflexes tendineux, des troubles de la sensibilité au toucher.

Les vomissements provoqués entraînent des conséquences visibles à l’examen clinique : [1]
- Des cals sur le dos d’une main, c’est le signe de Russell
- Une hypertrophie parotidienne : les vomissement provoqués favorisent la production d’un suc salivaire visqueux qui bouche les glandes salivaires et provoque un gonflement
- Erosion de l’émail dentaire : l’acidité du liquide gastrique va altérer l’émail dentaire lors des manoeuvres de vomissement. Toutes les dents peuvent être touchés, mais spécialement les antérieures, inférieures et supérieures dans la portion linguale.
- Augmentation du degré de parodontite
- Dermatite périlinguale : en relation avec le vomissement répétitif. Elle se traduit par une inflammation des muqueuses du plancher de la bouche.

Des signes négatifs

On ne trouve pas de plainte telle que la fatigue, mais souvent une hyperactivité, et un surinvestissement sur le plan intellectuel.

La famille méconnaît pendant longtemps le trouble.

On peut relever également la latence du diagnostic.

Les vomissements provoquent une perte de potassium, d’eau, de calories, de minéraux et de vitamines, pouvant entraîner des Å“dèmes des membres inférieurs, accentuent la sécheresse de la peau, les saignements des gencives.

ProblèmesCauses principales
Présence de lanugo (duvet sur la peau)Déshydratée, perte de graisse-sous-cutanée
Perte de cheveux, et peau sècheDénutrition et diminution des liquides corporels
Baisse de température du corpsDénutrition et diminution des liquides corporels
Ulcération du dos de la mainFrottement des dents lors du vomissement provoqué
Ralentissement de la circulation sanguinedénutrition et diminution des liquides corporels
Ralentissement du rythme cardiaque, ou arythmie cardiaque.Dénutrition, perte potassique (vomissement, laxatifs)
Perturbations de la formule sanguineDénutrition
Insuffisance rénaleAbus de diurétiques, densité urinaire très basse
Aménorrhée (absence de menstruations)Dénutrition
Dilatation gastriqueHyperphagie
Déchirure oesophagienneVomissemnt provoqué
Baisse de la densité osseuse (pouvant aller jusqu’à l’ostéoporose ou l’ostéopénie)Dénutrition, vomissement

Anomalie des bilans sanguins

De nombreux marqueurs sanguins peuvent être perturbés, mais ces paramètres font souvent défaut jusqu’à un stade avancé de la maladie.

On peut observer :
- des perturbations de la formule sanguine :

  • anémie hypochrome ferrique ou mégaloblastique,
  • Leucopénie avec augmentation des lymphocytes,
  • Thrombopénie

- des perturbations du ionogramme

  • hypokaliémie, hypophosphorémie
  • des pertubations vitaminiques (hypercaroténémie, hyperhomocysteinémie, acidurie éthylmalonique et adipique) qui sont vraisemblablement liées à des perturbations du métabolisme plus qu’une carence à proprement parler.
    - diminution du taux de magnésium et de zinc (page 67)

- une hypooestrogénie

Anomalies biologiques fréquemment rencontrées dans l’anorexie mentale [10]

DomainePerturbations
Endocrinien - baisse : LH, FSH, oestradiol
- baisse : T3, hausse reverse T3, mais TSH normale
- hausse cortisol
-Métabolique - baisse : glycémie, hausse cholestérolémie
- baisse : créatinine* (fonte musculaire)
Hématologique - leucopénie, anémie, baisse : plaquettes (NFS*, VS*)
- baisse : fer, ferritine
Hépatique - baisse : TGO*, TGP* (cytolyse)
- baisse albumine*, urée*, fibrinogène
Néphrologique - hausse : urée, créatinine, (si déshydratation)
- baisse : potassium, Clore, alcalose métabolique (ionogramme sanguin)
- baisse : Sodium, Magnésium, Phosphates (si vomissements et/ou laxatifs)
Néphrologique - hausse : Vitamine A, carotène

Une étude récente chez les jeunes danseuses(Étude]

Un autoquestionnaire (habitude alimentaire, cycle menstruel etc.) et des tests sanguins hormonaux, des échographies vasculaires étaient réalisés sur cet échantillon de 22 ballerines professionnelles. L’âge moyen des ballerines était de 23 ans et leur poids moyen était de 114 livres.

Le docteur Hoch et son équipe ont mis en évidence que 8 % des danseuses avaient au moins un trouble de cette tétrade et que l’on retrouvait les 4 éléments chez 14 % de ces ballerines.

- 36 % du groupe avaient des troubles de l’alimentation
- 77 % étaient en déficit calorique.
- 27 % étaient aménorrhéiques
- 59 % avaient un déficit de calcium
- 45% avaient un déficit en fer
- 23 % présentaient une faible densité minérale osseuse (ce qui peut entraîner à terme une ostéoporose et des risques de fracture)
- 64 % des danseuses avaient des dysfonctions artérielles des vaisseaux sanguins mesurés par ultrasons (ce qui était, pour le Docteur Hoch, des signes sentinelles de risque d’artériosclérose).

Quels sont les causes et les origines de l’Anorexie Mentale

Les causes précises de l’anorexie mentale ne sont pas connues. Suivant les époques, les hypothèses causales ont évolué et c’est aujourd’hui une approche multifactorielle qui prévaut.

Sur le plan psychiatrique, l’anorexie mentale constitue un trouble à part. Il existe tous les degrés de sévérité avec un risque accru de dépression et de passage à l’acte suicidaire.

Quels sont les critères diagnostics de l’Anorexie Mentale

De nombreuses descriptions cliniques ont été faites sur l’anorexie mentale depuis la description princeps de la maladie. Aussi des critères ont été établis pour définir de manière plus précise et valide le diagnostic. On peut retenir d’une part les critères de Feighner, et les critères diagnostiques selon la classification du DSM IV (Diagnostic and Statiscal Manual of Mental Disorders) éditée par l’association psychiatrique américaine.
Le DSM IV n’est pas simplement un consensus établi par les experts dans ce champ de connaissance, ce que représentait le DSM III. Il s’agit du résultat du regroupement d’un nombre considérable de données empiriques : revues de la littérature, ré-analyses de données cliniques, résultat d’études, épidémiologie.

Critères diagnostiques de Feighner [11]

- Début avant 25 ans ;
- Anorexie accompagnée d’un amaigrissement d’au moins 25 % du poids initial ;
- Attitude très perturbée pour tout ce qui concerne le poids, la nourriture ou la prise d’aliments ;
- Attitude que ni la sensation de faim, ni les reproches, ni les encouragements, ni même les menaces ne peuvent pas modifier ;
- Déni de la maladie avec incapacité d’admettre l’existence de besoins nutritionnels ;
- Une satisfaction apparente procurée par la chute pondérale, les malades montrant ouvertement qu’ils éprouvent du plaisir à se priver d’aliments ;
- Le désir de minceur extrême montrant qu’il est gratifiant pour la patiente d’atteindre cet état et de le maintenir ;
- Une conduite inhabituelle portant sur la manipulation et le stockage des aliments ;
- L’absence de maladie somatique qui pourrait rendre compte de l’anorexie et de la perte de poids ;
- L’absence de pathologie psychiatrique autre (psychose maniaco-dépressive, schizophrénie, névrose obsessionnelle ou phobique) ;
- L’existence d’au moins deux des manifestations suivantes : aménorrhée, lanugo, bradycardie, périodes hyperactivité physique, épisodes de boulimie, vomissements provoqués.

Le DSM est outil de classification des troubles mentaux (mis en place par l’Association américaine de psychiatrie) qui fait référence sur le plan international. Le DSM IV est la quatrième version de ce manuel diagnostic et statistique des maladies psychiatriques.

Critères diagnostiques de l’anorexie mentale (DSM-IV)

A : refus de maintenir le poids corporel au niveau ou au-dessus d’un poids minimum normal pour l’âge et la taille (perte de poids conduisant au maintien du poids < 85 % du poids attendu, ou incapacité à prendre du poids pendant la période de croissance, conduisant à un poids < 85 % du poids attendu).
B : peur intense de prendre du poids ou de devenir gros, alors que le poids est inférieur à la normale.
C : altération de la perception du poids ou de la forme de son propre corps, influence excessive du poids ou de la forme corporelle sur l’estime de soi, ou déni de la gravité de la maigreur actuelle.
D : chez les femmes postpubères, aménorrhée, c’est-à-dire absence d’au moins trois cycles menstruels consécutifs (une femme est considérée comme aménorrhéique si les règles ne surviennent qu’après administration d’hormones, par exemple des Å“strogènes).
De type restrictif : pendant l’épisode actuel d’anorexie mentale, le sujet n’a pas, de manière régulière, présenté de crises de boulimie ni recouru aux vomissements provoqués ou à la prise de purgatifs (laxatifs, diurétiques, lavements).
De type avec crise de boulimie/vomissements ou prise de purgatifs : pendant l’épisode actuel d’anorexie mentale, le sujet a, de manière régulière, présenté des crises de boulimie et/ou recouru aux vomissements provoqués ou à la prise de purgatifs.

Critères diagnostiques de la Boulimie(DSM-IV)

A : épisodes récurrents d’hyperphagie incontrôlée (un épisode d’hyperphagie incontrôlée consiste en des prises alimentaires, dans un temps court inférieur à deux heures, d’une quantité de nourriture largement supérieure à celle que la plupart des gens mangeraient dans le même temps et les mêmes circonstances et en une impression de ne pas avoir le contrôle des quantités ingérées ou de la possibilité de s’arrêter).
B : le sujet met en Å“uvre des comportements compensatoires visant à éviter la prise de poids (vomissements provoqués, prises de laxatifs ou de diurétiques, jeûnes, exercice excessif).

C : les épisodes d’hyperphagie incontrôlée et les comportements compensatoires pour prévenir une prise de poids ont lieu en moyenne deux fois par semaine durant au moins trois mois.

D : le jugement porté sur soi-même est indûment influencé par la forme et le poids du corps.

E : le trouble ne survient pas exclusivement au cours des épisodes d’anorexie.

De type avec vomissements ou prises de purgatifs : pendant l’épisode actuel de boulimie, le sujet a eu régulièrement recours aux vomissements provoqués ou à l’emploi abusif de laxatifs, diurétiques, lavements.

De type sans vomissements ni prises de purgatifs : pendant l’épisode actuel de boulimie, le sujet a présenté d’autres comportements compensatoires inappropriés, tels que le jeûne ou l’exercice physique excessif, mais n’a pas eu régulièrement recours aux vomissements provoqués ou à l’emploi abusif de laxatifs, diurétiques, lavements.

Après la mort d’un mannequin anorexique

En 2006, le Quotidien du Médecin faisait une chronique à propos du mannequin brésilien décédé à Sao Paulo des suites d’une anorexie. Ce décès avait relancé le débat autour de ce risque de santé auxquels sont exposés les top-modèles en raison de leurs mensurations filiformes qu’elles doivent observer si elles veulent rester dans le circuit.

Ana Carolina Reston est morte à 18 ans, elle devait poser pour des photos de mode à Paris. Ce mannequin mesurait 1,74 cm pour seulement 40 Kilos. Elle avait été hospitalisée, quelques semaines précédant son décès, pour une infection urinaire qui a évolué en insuffisance rénale ; "elle n’avait aucune résistance et les médicaments ne faisaient plus d’effets en raison de son extrême faiblesse", a déclaré à la presse la tante de la jeune fille. Ana Carolina était mannequin depuis l’âge de 13 ans, elle a mené une carrière internationale, elle a travaillé au Japon, au Mexique, en Chine et en Turquie. Pour répondre aux standards exigés par les couturiers et les responsables d’agence, la mannequin ne s’alimentait plus ces derniers temps qu’avec des pommes et des tomates.

Suite à ce décès, on a assisté à de nombreuses réactions, notamment à Madrid où les autorités madrilènes pour la première fois au monde ont exigé que les mannequins fassent connaître leur indice de masse corporelle (IMC). L’autorisation de défiler dans le cadre de la 44e édition de la Pasarela Cibeles, le grand rendez-vous de la mode ibérique était liée au niveau de cet indice. Ainsi cinq participantes avaient en raison d’un IMC inférieur à 18 (56 kilos pour 1,75 m) été exclues de ce défilé.

Les 31 couturiers inscrit à ce grand défilé avaient tous donné leur accord pour respecter la règle. L’association des créateurs de mode d’Espagne avait tenu à exprimer son "engagement à transmettre lors de cet événement une image de beauté et de santé".

Mais ces mesures se sont estompées avec le temps, et certains pays n’ont pas pris ces engagements. "A Milan, New York, Rio, les responsables de Fashion Weeks ont pondu des chartes et des codes de bonne conduite qui n’ont jamais été respectés. "Le créateur a le dernier mot. S’il veut une fille, il y mettra le prix, confie un agent de mannequin. Et plus une fille est maigre, plus elle aura de chances de travailler". Le président de la Fédération française à cette période Didier Grumbach, s’est contenté d’indiquer que "c’est au créateur de décider de quel type de mannequin il a besoin (…) cela ne se réglemente pas". La proposition de loi française "visant à lutter contre les incitations à la recherche d’une maigreur extrême ou l’anorexie" est restée en souffrance au Sénat [12]

A la même période, août 2006 la mannequin urugayenne Luisel Ramos de 22 ans mourait d’épuisement à la fin d’un défilé. "On raconte qu’elle s’était mise au régime feuilles de salades-Coca-light depuis des mois et qu’elle avait cessé de s’alimenter deux semaines avant le début dés défilés".

Pour Lagerfeld : "Le corps mode aujourd’hui, c’est une silhouette faite au moule, d’une étroitesse incroyable, avec des bras et des jambes interminables, un cou très long et une très petite tête. Il ne faut pas avoir d’os trop larges. Il y a des choses qu’on ne peut pas raboter". Un peu provoc il déclarait "parlez-moi plutôt des 25 % qui ont un problème de surpoids plutôt que du 1% qui sont maigres ! [13]

A Médecine des arts l’approche juridique, une énième loi concernant des comportements, n’est pas la direction que nous conseillons en première intention. Les chartes, les voeux que l’on exprime et que l’on médiatise ne sont pas non plus des démarches que nous proposons.

La prévention, nous la préférons ciblée au plus près des situations à risques. Lagerfeld fait une erreur d’analyse. Au plus près de l’activité, cela est vrai en danse mais plus encore dans le mannequinat, la prévention concernant le surpoids n’a effectivement aucun sens, mais le pourcentage de 1% de maigre cité par Lagerfeld devient près de 100 % dans le mannequinat et le pourcentage des sujets très maigres reste spectaculairement élevé et une prévention spécifique s’impose et elle est de la responsabilité des structures qui travaillent dans ce monde de la mode. C’est aux organisations d’employeurs (ou aux organisateurs) et au système assurantiel de mettre en place cette prévention et de financer les actions de prévention et les critères d’’employabilité qui respectent la physiologie corporelle. Nous ne pensons pas à Médecine des arts que l’esthétique soit incompatible avec la santé. Une responsabilisation médico-légale peut avec plus d’efficacité qu’une loi permettre le développement d’une prévention.

Une consultation médicale spécialisée devrait être ouverte par les assurances (publiques ou privées) afin de mieux comprendre les enjeux, de conseiller, d’orienter mais aussi engager des études épidémiologiques pour mieux appréhender le phénomène et différencier les formes habituelles d’anorexie mentale vraie des anorexies "professionnelles". L’IMC d’une marathonienne est en général inférieur à celui des danseurs et danseuses, et n’est en rien significatif d’anorexie mentale. Bien évidemment cela n’exclut pas qu’il existe des anorexies mentales au sein de ces populations, mais tout le travail des spécialistes est de les différencier avec justesse. Les conséquences médico-légales, la déclaration en maladie professionnelle ou en accident du travail pourraient alors faire avancer la prise en compte réelle de ces troubles.

Quels sont les diagnostics différentiels ?

Avant de conclure à un diagnostic d’anorexie mentale, on se doit d’éliminer d’autres pathologies.

Des pathologies digestives

La maladie de Crohn Autres maladies digestives : Maladie coeliaque (anémie, hypoprotidémie, anticorps anti-endomysium très élevés, atrophie villositaire totale à la biopsie jéjunale) Rectocolite hémorragique Mégaoesophage par achalasie du cardia Gastrites, ulcères gastro-duodénaux Néoplasies oesogastriques Syndrome de malabsorption Pathologies hépato-vésiculaires ou pancréatiques Colon irritable

Des pathologies psychiatriques

Il faut noter qu’un des critères de diagnostic de l’anorexie mentale est l’absence de toute pathologie psychiatrique associée
- La phobie de déglutition est une maladie à prédominance féminine. Ses signes caractéristiques (l’éviction de certains aliments, un amaigrissement secondaire, des symptômes obsessionnels compulsifs associés) peuvent faire évoquer une anorexie mentale. Mais elle se distingue de l’anorexie mentale proprement dite par l’absence de cognitions anormales et de préoccupations pré morbides concernant le poids et/ou les formes corporelles. La phobie de la déglutition est souvent due à un stress post-traumatique. Il est d’autant plus important de faire le diagnostic différentiel de ce trouble qu’il répond en général bien à des stratégies thérapeutiques spécifiques.
- Les phobies alimentaires (peur de la saleté)
- Les délires à thème alimentaires, délire d’empoisonnement
- Syndrome dépressif grave, mélancolie

D’autres diagnostics différentiels

- Les tumeurs du système nerveux central : séminome supra-cellaire entraînant un diabète insipide
- Les pathologies d’origine endocrinienne : pan hypopituitarisme, hyperthyroïdie, diabète insulino-dépendant de novo
- Cancers (leucémies)
- Certaines infections telles que la tuberculose, la brucellose ont pu poser un problème diagnostic
- Maladie d’Addison (vomissement, troubles secondaires de l’alimentation trompeurs)

En général, les différents diagnostics différentiels peuvent être éliminés en raison de l’absence de signes spécifiques de conflit psychique de l’anorexie mentale : [1]

- Conduite addictive de la restriction alimentaire, quantitative et qualitative,
- Trouble de l’image du corps : dysmorphophobie. Peur permanente de grossir, mensurations et pesées continuelles
- Attitude de déni à l’égard du trouble : anosognosie. Responsables de consultations tardives, d’un retard diagnostique et thérapeutique
- Hyperactivité et surinvestissement moteur. Pour perdre des calories, mettre à l’épreuve ses capacités de maîtrise et d’ascétisme
- Affectivité bloquée : vie sexuelle inexistante ou vécue sur un mode automatique ou pragmatique. Les contacts sociaux sont réduits
- Surinvestissement intellectuel

- Pour Sibertin-Blanc « aucun des diagnostics différentiels ne s’accompagne d’une telle distorsion de l’image du corps, d’un tel déni de la gravité de l’état général, d’une telle méconnaissance de la maigreur, d’un tel désir éperdu de minceur, et d’une telle peur de grossir)" [14]

L’article prochain évoquera de manière spécifique l’Anorexie Artistica©, la spécificité de certaines professions dont la danse dont l’habitus est marqué par des exigences esthétiques et physiques spécifiques. L’intentionalité de correspondre à ce profil physique développe vraisemblablement des comportements particuliers chez des personnes sélectionnées sur ces profils, mais ne correspond pas en règle générale aux caractéristiques psychiques rencontrées dans les anorexies mentales caractérisées. C’est ce qui à Médecine des arts nous a fait appeler de manière différente le profil des artistes tels que les danseuses tout en indiquant qu’une prévention sur les troubles alimentaites est nécessaire dans ces milieux en tenant compte de la spécificité du milieu et de la pratique en question.


Rédacteur Docteur Arcier André, fondateur de Médecine des arts®
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En savoir plus :

Danseurs, Danseuses, problématiques de santé en relation avec la pratique artistique.

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- Protection rotulienne dans le "plié" par une coordination particulière des muscles de hanche et genou
- La danse, activité morphocinétique et activité d’expression
- La coxarthrose du danseur
- La danse, une activité artistique
- L’apprentissage des pointes
- La santé bucco-dentaire chez les danseurs professionnels
- Les traumatismes du danseur : une perspective psychosociale
- Danse de jazz et personnalisation chez les adolescents
- Rythmique Jaques-Dalcroze
- Le plié… Plusieurs conduites musculaires
- Pathologie rachidienne microtraumatique en danse
- La hanche et les danseurs
- Danse et comportement alimentaire
- Danse et troubles du comportement alimentaire. A propos de trois cas cliniques
- Un modèle original de suivi pluridisciplinaire au Conservatoire National de Danse de Toulouse
- Fractures de Fatigue et Danse
- Les effets de modèles visuels et auditifs sur l’apprentissage d’une technique de synchronisation en danse
- Danse et mal de dos
- Ã‰valuation physiologique de l’aptitude des élèves danseuses à aborder le travail des pointes
- Ã‰quilibre dynamique et environnement visuel chez les danseurs hommes de l’Opera de Paris
- Morphologie du pied et typologie des blessures en danse moderne et classique
- Influence de l’entraînement sportif intensif sur la croissance et la maturation squelettique des danseurs sur glace
- Mettre en mouvement les spirales du corps
- Vaslav Nijinsky.La diagonale du fou
- Expression des émotions en danse par les mouvements de la jambe
- Le Grand Jeté, évaluation du risque par modélisation biomécanique
- Une expérience artistique et pédagogique en danse
- Corps de ballet : performance, vocation et blessure chez les danseurs classiques
- fracture de fatigue
- Analyse de l’équilibre sagittal du rachis chez la danseuse classique adolescente
- Nutrition et maturation pubertaire chez les danseuses classiques.
- De l’artiste chorégraphique à l’enseignant
- Prévalence et incidence des pathologies observées chez les danseurs classiques
- L’Échelle des Tensions selon la "Technique Rosalia Chladek"
- Incidence de la Période de l’année sur l’apparition des troubles musculo-squelettiques de l’élève danseur classique.
- La Danse : Performance et douleur.

Abstracts


- Le stress psychosocial des professeurs de musique et des professeurs de danse
- Estime de soi et danse en fauteuil roulant
- Prévention des blessures en danse classique


Pour information, précédente classification des troubles anorexiques et boulimiques d’après le DSM III.

Critères du DSM III de l’anorexie mentale et de la boulimie

Anorexie mentale (anorexia nervosa)

A. Refus de maintenir un poids corporel au-dessus d’un poids minimun normal pour l’âge et la taille, par exemple perte de poids visant à maintenir un poids corporel de 15 % inférieur à la normale ou la capacité à prendre du poids pendant la période de croissance, conduisant à un poids inférieur à 15% de la normale.
B. Peur intense de prendre du poids ou de devenir gros, alors que le poids est inférieur à la normale.
C. Perturbation de l’estimation de son poids corporel, de sa taille ou de ses formes, par exemple la personne dit « se sentir grosse » même quand elle est très amaigrie, croit que certaines parties de son corps sont trop grosses alors même qu’elle est, à l’évidence, trop maigre.
D. Chez les femmes, absence d’au moins trois cycles menstruels consécutifs attendus (aménorrhée primaire ou secondaire) ; (une femme est considérée comme aménorrhéique si les règles ne surviennent qu’après l’administration d’hormones, par exemple oestrogéniques.

Boulimie (bulimia nervosa)

A. Épisode récurrent de frénésie alimentaire (« binge eating ») (consommation rapide d’une large quantité de nourriture en un temps limité).
B. Sentiment de perte du contrôle du comportement alimentaire durant les épisodes des boulimies.
C. Régulièrement le sujet, soit se fait vomir, soir use de laxatifs ou de diurétiques, soit pratique un régime strict ou jeûne, soit encore se livre à des exercices physiques importants dans le but de prévenir toute prise de poids.
D. Au moins deux épisodes boulimiques en moyenne pendant au moins trois mois.
E. Préoccupation excessive et persistante concernant le poids et les formes corporelles.

[1] D’après Sigrid Camion-Menant, Anorexie mentale de l’adolescente : intérêt de l’approche somatique, thèse, 2006.

[2] Misra M., Aggarwal A., Miller K et al. Effects of anorexia nervosa on clinical, hematologic, biochemical, and bone density parameters in community-dwelling adolescent girls. Pediatrics vol. 114 N°6. December 2004.

[3] Rigaud D. L’anorexie mentale : un modèle de dénutrition par carence d’apport. Ann. Med. Interne, 2000, 151, N°7, pp. 549-555

[4] Blanchet C, Luton J.P.. Anorexie mentale et maladie de Crohn : intrications et difficultés diagnostiques. Presse Med. 2002 Feb 23 ; 31 (7) : 312-5

[5] Blanchet C. Luton J.P. Anorexie mentale et dénutrition grave : comment assurer la prise en charge nuitrionnelle en milieu pédiatrique. Arch. Pediatr. 2002 Apr ; 9 (4) : 429-33.

[6] D’après Luce Christelle. Description clinique et moyens de prise en charge actuels des troubles du comportement alimentaire (TCA) chez l’adolescent : anorexie, boulimie., thèse 2005.

[7] Wilkins Jean. L’anorexie à l’adolescence. Le clinicien, avril 2007, 71-77

[8] Jeammet P. L’anorexie mentale. Encycl. Méd. Chir. Paris, Psychiatrie, 37350 A10 et A15, 2 - 1984.

[9] Golden N.H., Lanzkowsky L., Schebendach J et al. The effect of oestrogen-progestin treatment on bone mineral density in Anorexia Nervosa. J. Pediatr Adolesc Gynecol (2002) 15 : 135—143

[10] Scheen A.J. Comment j’explore… Une anorexie mentale. Rev. Med. Liège ; 50, 12 : 538-539.

[11] Feighner J.P., Robin E., Guze S.E., et al. Diagnostic criteria for use in psychiatric research. Arch. Gen. Psychiatric, 1972 ; 26 : 57-63.

[12] D’après le Quotidien du Médecin, lundi 20 novembre 2006

[13] 20 au 26 février 2010, Marianne

[14] Sibertin-Blanc D. Anorexie mentale et boulimie de l’adolescence.La revue du pratricien, Paris, 1996, 46. p.2255-2264


Réalisation : Octavo