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Anorexie mentale et danse. Chapitre 1


Anorexie mentale et danse. Chapitre 1

L’anorexie mentale, qu’est-ce que c’est ?

Il s’agit d’un trouble psychopathologique qui fait partie des troubles des conduites alimentaires (TCA). Ce trouble touche principalement les adolescentes et les jeunes femmes adultes. Les critères de diagnostic font l’objet de nombreuses discussions en raison de l’instabilité du diagnostic, de l’existence de formes subcliniques et de l’association avec d’autres troubles alimentaires. Le trouble s’organise autour du comportement alimentaire et se caractérise par le refus de manger, une perte significative du poids et une perturbation de l’image du corps. L’anorexie mentale peut avoir des conséquences somatiques potentiellement graves.

Etymologie

- Anorexie : du grec "a" privatif, qui signifie absence ; "orexie" qui veut dire appétit. Absence d’appétit. L’étymologie ne donne pas toute la dimension de la maladie dans le sens ou l’anoxie mentale n’est par l’absence d’appétit, mais qu’elle se caractérise par la restriction alimentaire.
- Mentale : du latin "mens" esprit. L’étymologie apporte une des caractéristiques fondamentales et distinctives du trouble en caractérisant d’emblée ce trouble dans la famille des psychopathologies et en le distinguant des autres types d’anorexie dont les mécanismes et les origines sont tout autres.

Quelle est l’importance de l’anorexie mentale dans la population générale et chez les danseurs ?

L’anorexie mentale touche essentiellement les jeunes filles (9 filles pour un garçon.) [1] L’âge de survenue connaît deux pics, l’une plutôt au début de l’adolescence, contemporain de la puberté 13–14 ans et l’autre vers 18 -20 ans. Les formes prépubertaires vers 9 à 11 ans semblent en augmentation.

L’incidence

Elle est en moyenne de 1% pour les adolescentes [2], cette incidence est évaluée à 1 à 2 % chez la femme (31). Incidence annuelle, tous âge confondus de 7,6 nouveaux cas par an pour 100 000 habitants.

L’étude Nielsen
- Anorexie féminine = 1,9/100 000 habitants
- Anorexie masculine = 0,17/100 000 habitants [3]

La prévalence

La prévalence serait de 1 à 2 % de la population des 12-19 ans [4] avec un sex-ratio d’1 homme pour 9 femmes. Pour Hardy (1989) [5], la prévalence semble osciller entre 0,1 et 0,5 % de la population féminine des 16-25 ans. 


Rigaud, [6] en 2000, estime que l’anorexie mentale touche environ 1 % des femmes entre 15 et 25 ans, soit deux à dix fois plus qu’onze ans plus tôt (33). 
 Hardy, évoque la complexité de l’étude du taux d’incidence de la maladie du fait de problèmes méthodologiques. En effet les études ne sont pas comparables (sur le plan des populations étudiées, des critères de diagnostic).

Qu’en est-il dans le milieu de la danse ?

La grande majorité des études confirme une incidence et une prévalence de l’anorexie mentale plus élevées que pour la population générale dans certaines catégories de population dont les danseurs et le mannequinat, ainsi que dans certaines disciplines chez les sportifs de haut niveau. La prévalence de l’anorexie mentale est plus élevée chez les ballerines comparées à la population générale d’adolescents de sexe féminin. Grange et al. (1994) [7] étudient la présence de l’anorexie mentale chez 49 élèves ballerines âgées de 16 à 29 ans. Elles répondent à l’EAT : 4,1 % présentent une anorexie mentale et 8,2 % un « syndrome partiel » d’anorexie. En fait les étudiants en danse sont trois fois plus enclins que les étudiants scolaires en général de développer une anorexie nerveuse [8]. Brooks-Gunn et al. (1987) [9] rapportent que 1/3 d’un échantillon de danseurs professionnels a un pattern de désordres alimentaires, tandis que Hergenroeder, Wong, et Fiorotto [10] trouvent que 43 % du « Houston Ballet Academy était diagnostiqué avec une anorexie nerveuse". Par contraste, Holderness, Brooks-Gunn et Warren (1994) [11] rapportent que danseurs et non danseurs ne différent pas significativement en regard du diagnostic d’anorexie nerveuse et de boulimie nerveuses. Une métaanalyse [12] permet de conclure que la prévalence des TCA (troubles de comportement alimentaire) est augmentée dans les sports qui encouragent la minceur par rapport à ceux où ces caractéristiques sont moins importantes : TCA cliniques et subcliniques présents chez 13,5 % des athlètes (contre 4,6 % des contrôles), plus fréquent chez les femmes (20 % contre 8 %) chez les sportives de haut niveau que les sportives non professionnelles et ainsi que chez les danseuses classiques non professionnelles et les hommes culturistes non compétiteurs. Toutefois, l’activité récréationnelle chez les femmes athlètes n’augmenterait pas le risque de TCA, voire même aurait des effets protecteurs, mis en évidence dans le cadre d’une pratique non intensive et dans des disciplines ne requérant pas la minceur. A la question : la danse, comme certaines activités sportives sont-elle un« facteur de risque ? On peut donc répondre par l’affirmative, mais certaines conditions, en particulier l’âge et le sexe, les contraintes pondérales (catégorielles, esthétiques ou facteur de contre-performance), le niveau et l’intensité de la pratique » joue un rôle manifeste [13]. A cette question nous avons une réponse plus nuancée, qui sera argumentée dans un prochain article sur ce thème sur la danse et l’anorexie, faisant référence à un nouveau concept que nous introduisons dans cette réflexion : l’« Anorexie Artistica© » (Anorexie Artistique).

La danse et les activités artistiques, devraient être pris dans leur spécificité

Les résultats sont néanmoins disparates, les questionnaires utilisées sont souvent différents, les critères d’inclusion du diagnostic variables également. Par ailleurs, le déni de la maladie fait que le trouble n’est pas toujours bien identifié sur la base d’un questionnaire. Certaines études différencient mal les critères de diagnostic avec une difficulté de distinguer l’anorexie mentale proprement dite sur la base de l’ensemble de ces critères, de troubles alimentaires qui ne reposent que sur certains de ces critères, de désordres alimentaires plus fréquents encore.

La comparaison d’une population de jeunes danseuses classiques avec une population d’étudiantes concernant le comportement alimentaire, la perte de poids et les caractéristiques anthropomorphiques permet de mettre en évidence que les danseuses classiques ont plus de préoccupations pour la nourriture et leur poids que les étudiantes. « L’utilisation de laxatifs et la présence de troubles du comportement alimentaires sont plus importantes chez les danseuses classiques. Les résultats mettent également en évidence que 2/3 des danseuses et des étudiantes ont une stratégie pour contrôler leur poids : tandis que les danseuses ne mangent pas entre les repas, les étudiantes font de l’exercice ».

La spécificité des milieux socio-professionnels proprement dits, la performance des sujets ne sont pas mis en corrélation avec les modes alimentaires avec une vision suffisamment spécifique et « compréhensive » (rechercher le sens et l’impact réel sur la santé globale du sujet et sa dynamique psychologique). Ainsi il est vraisemblable comme la notion d’Anorexie Athletica, que l’Anorexia Artistica© (Anorexie Artistique) devrait être repensée dans le cadre spécifique de cette pratique et de ces exigences pour mieux adapter le suivi et la prévention de ce trouble. 

- Suivre les élèves de manière systématique, avec un accompagnement pluridisciplinaire et une information sur la santé de manière théorique et pratique (pour les élèves, les enseignements et les fonctionnels des institutions de la danse, 

- dépister précocement selon un gradient les différentes typologies de TCA (des perturbations alimentaires simples, au TCA avéré, à l’anorexie mentale), en dépistant sérieusement les anorexies mentales des troubles qui ne le sont pas et recontextualiser la problématique alimentaire vis-à-vis de la pratique elle-même. 

- Continuer les études dans ce domaine afin de mieux définir les troubles, et les facteurs de risques réels en tenant compte de la spécificité de la danse.

Et bien évidemment être aussi exigeant pour dépister et prévenir les anorexies mentales qui peuvent survenir au sein des activités telles que la danse.

Tout cela demande une attention sur la santé plus précise, plus adaptée, plus performante et continue.


Rédacteur Docteur Arcier André, fondateur de Médecine des arts®
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En savoir plus :

Danseurs, Danseuses, problématiques de santé en relation avec la pratique artistique.

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Abstracts


- Le stress psychosocial des professeurs de musique et des professeurs de danse
- Estime de soi et danse en fauteuil roulant
- Prévention des blessures en danse classique

[1] Marcelli D. Adolescence et psychopathologie. Masson, 2004.

[2] Corcos M., Bochereau D., Jeammet P. Anorexie et Boulimie de l’adolescence. Monographie revue du praticien, 2000, 50 p. 489-494.

[3] Nielsen. The epidemiology of anorexia nervosa in Denmark from 1973 to 1987. Acta Psychiatr Scand, 1990 ; 81, p. 507-514.

[4] Papet N., Lafay N., Manzanera C., Senon J. L. Troubles des conduites alimentaires Q42.

[5] Hardy P. Epidémiologie des troubles des conduites alimentaires. In Confrontations psychiatriques. 1989, 31, 133-63.

[6] Rigaud D. L’anorexie mentale : un modèle de dénutrition par carence d’apport. Ann. Med. Interne, 2000, 151, N°7, pp. 549-555.

[7] Le Grange D., Tibbs J., Noakes TD. Implications of a diagnosis pf anorexia nervosa in a ballet school. International Journal of Eating disorders, 1994 ; 15 : 369-376.

[8] Clough, M., & Wilson, B. (1993). The relationship between eating disorder characteristics and perfectionism among 22 dance students 17-21 years. Sport Health, 11, 5-8.

[9] Brooks-Gunn J., Warren MP, Hamilton LH. The relation of eating problems and amenorrhea in ballet dancers. Medicine and Science in Sports and Exercice 1987 ; 19 : 41-44.

[10] Hergenroeder AC, Wong WW, Fiorotto ML, Smith EO, Klish WJ. Total body water and fat-free mass in ballet dancers : comparing isotope dilution and Tobec. Med Sci Sports Exerc. 1991 May ;23(5):534-41.

[11] Holderness CC, Brooks-Gunn J., Warren MP. Eating disorders and substance use : a dancing vs a nondancing population. Medicine and Science in Sports and Exercice 1994 ; 297-302.

[12] Sundgot-Borgen J. Eating disorders, energy intake, training volume, and menstruation function in hight-level modern rhythmic gymnast. Int. J. Sport Nutr. 1996 ; 6 : 100.

[13] Afflelou S., Duclos M., Simon S. Quels liens entre les pratiques sportives et troubles du comportement alimentaire ? Presse Médicale. La Presse Médicale.18 décembre 2004, tome 33, n°22, 1-5.


Réalisation : Octavo