10 conseils »
10 recommandations pour établir l’évaluation des risques pour les entreprises culturelles et artistiques

Tout employeur a l’obligation de mettre en Å“uvre des mesures de prévention afin de supprimer, limiter et évaluer les risques inhérents à l’activité de ces salariés. Cette obligation donne lieu à l’établissement d’un document, le Document unique. Cette législation s’impose en conséquence à l’ensemble des entreprises culturelles et artistiques : la musique, la danse, le cirque, le théâtre, le cinéma, les métiers de l’image et du son.
Le législateur a défini des principes généraux de prévention auxquels l’employeur doit s’inspirer afin de mettre en place une politique de prévention globale des risque.
Les neufs principes généraux de prévention des risques (ces principes sont inscrits dans le Code du travail article L. 4121-2 du nouveau Code du travail) représentent la "check-list" préventive à l’usage des entrepreneurs.
Principe 1
« Eviter les risques » : C’est repérer le danger, et se donner les moyens de l’éviter (ne pas s’exposer) ou de le supprimer.
Dans bien des cas, les mesures à prendre sont possibles et faciles à mettre en Å“uvre. Par exemple, placer une barrière pour éviter une chute à l’arrière d’une scène située l’extérieur. Mais dans d’autres cas, le risque fait partie de l’activité (pas le danger) : le risque de chute, par exemple, d’un trapéziste. Le véritable danger traumatique peut par contre être évité par un moyen préventif : s’assurer systématiquement lorsque l’activité est en hauteur ou présence d’un filet de protection.
Principe 2
« Evaluer les risques qui ne peuvent pas être évités » :
Connaître le risque, c’est apprécier aussi le niveau de risque, afin de mettre en place des moyens préventifs adaptés. L’évaluation des risques sera transcrit dans le document unique. Le législateur a placé ce principe tout en haut de cette hiérarchie de recommandations préventives, c’est dire toute l’importance qu’il accorde à ce principe. Le décret du 5 novembre 2001 introduit dans le Code du travail l’obligation de « l’évaluation des risques professionnels ». Désormais y compris pour les entreprises de spectacle, le spectacle vivant, mais aussi plus largement les entreprises culturelles, les éléments de cette évaluation des risque doivent être transcrits dans un document, dit Document Unique. (ceci fera l’objet de prochain article).
Principe 3
« Combattre les risques à la source » : Le maximum d’efficacité préventive est attendu d’une intervention à l’origine du risque. L’ergonomie des matériels et des techniques utilisés, ainsi que l’ergonomie des modes opératoires, du geste, et enfin celle de l’environnement de l’activité sont également des moyens puissants pour réduire ou supprimer le risque.
Dans ce domaine il y a beaucoup à faire pour les artistes afin de limiter les risques inhérents à leur pratique et au-delà , ceux présents dans le cadre de leur activité globale. On peut citer pour le musicien par exemple les améliorations ergonomiques des instruments. On trouve aujourd’hui des instruments adaptés à la physiologie : modification de la forme d’une guitare, d’un violon etc. On peut agir également sur les modes opératoires et Médecine des arts a défini de nombreux protocoles spécifiques à certaines pratiques artistiques (plan de formation adaptée : physiologie et ergonomie du geste), ainsi que sur les locaux, l’environnement du travail, (les matériels comme les sièges et les pupitres pour le musicien, la gestion du niveau sonore ; la nature des sols pour le danseur etc).
Cette réflexion et ces actions menées pour combattre les risques à la source doivent être menées sur l’ensemble des pratiques : musicales, vocales, de danse et circassiennes. Cette réflexion est également productive dans le sens de la prévention quelle que soit la pratique si on déploie une stratégie avec des personnes compétentes dans le secteur des pratiques artistiques.
Principe 4
« Adapter le travail à l’homme » :
"En particulier en ce qui concerne la conception des postes de travail ainsi que le choix des équipements de travail et des méthodes de travail et de production, en vue notamment de limiter le travail monotone et le travail cadencé et de réduire les effets de ceux-ci sur la santé".
Les risques principaux sont aujourd’hui connus et les leviers pour diminuer le risque peuvent être aisément déduits de manière générique. La recherche d’une adéquation de la pratique avec l’artiste reste pour autant délicate si elle n’est pas conduite par une véritable démarche organisée. Permettre d’élargir l’autonomie du sujet et le placer dans une dynamique positive en regard des contraintes procure du bien-être et le bien-être participe à cette adaptation, notamment sur le plan psychologique. Le risque psychologique est à prendre en compte systématiquement dans les organisations artistiques, harcèlement moral, sexuel, conduites addictives, suicides. Une bonne adaptation à sa pratique artistique est interdépendante des conditions psychologiques du milieu dans lequel l’artiste se trouve. Ces milieux sont très différenciés.
Il sera nécessaire également de limiter les gestes répétitifs, d’apporter une réflexion sur les gestes et les postures au sein de la pratique elle-même, mais aussi sur son contexte (port de l’instrument par exemple, montage d’une structure). Les gestes répétitifs inhérents à la pratique nécessitent une gestion, des pauses, des techniques d’étirement, une bonne utilisation des muscles de soutien (des ceintures) pour un fonctionnement économique de la main et du membre supérieur par exemple, etc. Les TMS (troubles musculo-squelettiques) sont un véritable fléau dans quasiment l’ensemble des pratiques artistiques ; une attention toute particulière sera portée à ce risque et à la recherche de tous les moyens pour adapter la pratique au sujet.
De manière plus globale, une attention particulière sera portée à l’organisation de la pratique mais aussi sur le système où se situe l’activité de l’artiste (le système organisationnel et institutionnel du orchestre symphonique n’a rien à voir avec celui d’un cirque itinérant). La coactivité avec d’autres entreprises, le travail lors de tournée, le travail à l’étranger présentent des risques supplémentaires. L’adaptation à un contexte peut varier dans un nouveau site : par exemple certains types de costumes de scène peuvent présenter un risque dans une ambiance plus chaude, l’effort consenti sera plus difficile lors d’un spectacle en altitude, etc.
Le choix des équipements, des méthodes liées à la pratique, mais aussi des moyens de production qui sont au service du spectacle, mais également des artistes qui travaillent, doit faciliter leur adaptation à leur activité.
La vie est une question de rythme, les pratiques artistiques également, pause et activité doivent se succéder, s’aménager. La gestion du temps plus encore pour la préparation du spectacle mais aussi finalement pour faire face aux exigences physiques et mentales du spectacle lui-même devront être pris en compte par la structure artistique.
L’idée commune de penser que les artistes jouissent d’une large liberté doit être revue ; si cela peut être vrai dans certains cas, le système met souvent sous tutelle l’artiste, diminue sa capacité créative. Industrialisation (industrie du cinéma), financiarisation (maison de production), précarisation (statut professionnel), isolement (professionnel) se retrouvent quasiment dans toutes les pratiques, mais plus encore pour les intermittents du spectacle. Le système organisationnel est un vecteur de risque qui n’est pas assez bien pris en compte actuellement.
Principe 5
« Tenir compte de l’état d’évolution de la technique »
Suivant le type de pratique artistique, ce n’est pas simple, ni possible. Cela peut être également un choix artistique que de vouloir pratiquer sur des matériels et avec des techniques traditionnelles et de ce fait d’en subir des contraintes spécifiques. Pour autant, il est loin d’être rare que l’on puisse agir a minima sur le contexte et parfois également sur la technique elle-même ; on pourrait trouver de nombreux exemples pour les arts de la rue et du cirque. Plus près de nous encore et sans que nous le percevions, l’image de synthèse a permis au cinéma de diminuer des risques (matériels) mais aussi humains par l’utilisation d’images virtuelles.
Les techniques utilisées dans les pratiques artistiques évoluent. En général les objectifs de ces évolutions sont le résultat artistique, l’effet sur un public, l’impact émotionnel, trop souvent aussi lié au management financier. Mais il ne doit pas y avoir d’incompatibilité entre les évolutions technologiques et la sécurité.
Principe 6
« Remplacer ce qui est dangereux par ce qui ne l’est pas ou ce qui l’est moins »
Cela paraît une donnée de bon sens et pourrait être appliqué immédiatement par exemple dans les arts plastiques par le choix des produits utilisés en faveur de produits non toxiques. Un label pourrait être créé dans les arts plastiques pour les produits utilisés par les femmes enceintes et les enfants.
Se prémunir du danger paraît pour beaucoup « d’apprentis dans des domaines artistiques » comme une contrainte indépassable, peut-être plus encore dans des pratiques plus singulières comme le cirque, les arts de la rue et autres. Mais l’apprentissage doit modifier cette manière de voir, la plus grande des contraintes c’est de ne pas disposer des degrés de liberté que donne une pratique sûre, un état physique et mental adapté à l’activité. Le professionnalisme aide à mieux comprendre les enjeux, les risques et la manière de les gérer.
Principe 7
« Planifier la prévention »
En y intégrant, dans un ensemble cohérent, la technique, l’organisation du travail, les conditions de travail, les relations sociales et l’influence des facteurs ambiants, notamment en ce qui concerne les risques liés au harcèlement moral.
La réussite d’un projet préventif s’organise en prenant en compte les données sociologiques, les facteurs connexes et culturels. La planification de l’action sera bien différente auprès d’une population d’enseignants de musique, que de circassiens ou d’intermittent de la danse, ou encore de salariés stables d’une troupe.
Ne pas sous-estimer les résistances au changement, les usages et les habitudes, car nombre d’usages, de manières de faire parasites ou toxiques sont fortement ancrés dans la culture propre à chaque pratique, à chaque milieu social et artistique. Dans ce domaine, la méthode utilisée, la manière de mise en œuvre est de première importance.
La planification, c’est l’intégration dans un ensemble cohérent de la technique, l’organisation de l’activité au sein du système ou l’on se trouve, des conditions réelles de la pratique et de son environnement, des relations sociales. Une démarche éclairée demande des compétences qui n’existent pas toujours dans le domaine artistique. Médecine des arts contribue à la mise en place de cette planification dans les milieux artistiques.
Principe 8
« Prendre des mesures de protection collective et leur donner la priorité sur les mesures de protection individuelle »
Les moyens pouvant être mis en place sont nombreux : la prévention la plus efficace est celle qui se fait dès la conception du matériel ou de lieux de travail. La mise en place d’ateliers, de salles de répétition dans chaque département avec des moyens préventifs intégrés devrait être une obligation. De nombreuses friches industrielles pourraient être dédiées à cela, ce qui de plus permettrait de réirriguer ces espaces et d’en faire des lieux de vie.
Obtenir la légitimité d’imposer des protections individuelles pour les artistes lorsque la protection collective est insuffisante se construit sur la base de la détermination de l’employeur à placer sa priorité en direction de la protection collective.
Les mesures individuelles doivent toujours être pensées comme des mesures complémentaires aux mesures collectives.
Principe 9
« Donner des instructions appropriées aux salariés »
Prévenir le risque, c’est d’abord faire un travail pour l’identifier, l’évaluer, et informer ensuite les artistes sur les mesures à prendre pour supprimer ou limiter ce risque. L’information devra être adaptée à ces publics d’artistes. Les artistes comme tous les sujets doivent travailler dans des conditions de pratique qui préservent leur sécurité et leur santé. Des formations peuvent être nécessaires. Médecine des arts est à l’origine des premières formations sur le plan international sur la prévention des risques chez les artistes.
Délivrer une information, c’est aussi avoir défini une stratégie pour que celle-ci parvienne de la meilleure manière aux personnes exposées au risque en question, en vérifiant que l’information a été bien comprise et qu’elle pourra être intégrée sans difficulté. Trop souvent dans une société de surinformation, l’information n’arrive pas au bon moment, au bon endroit, et avec les bons signaux. Les institutions artistiques n’ont pas suffisamment une culture sécuritaire ; elles manquent de savoir-faire et de souplesse, mais les choses changent aujourd’hui si l’on en juge par les nombreuses demandes qui sont faites à Médecine des arts sur ces thèmes préventifs. De nombreux acteurs dans ce milieu ne croient pas à la nécessité d’actions préventives dans le champ artistique. Ils ont tort, notre expérience dans ce domaine montre la pertinence de cette démarche, et bien souvent les artistes eux-mêmes nous disent le profit qu’ils en ont retiré et le bénéfice que cela a pu avoir dans leur pratique artistique.
Principe 10
« Adapter la démarche aux artistes et aux pratiques artistiques sans rien renier à la prévention » (Ce dernier article n’est pas inscrit dans les textes législatif, mais il nous paraît tout aussi important et judicieux)
Il y a deux écueils qu’il ne faut pas méconnaître :
le premier est de ne rien faire parce que l’on pense que le champ artistique ne peut pas se réduire à une contrainte même sécuritaire. « Faire de la musique, pour être libre ; en fait c’est le contraire il faut être libre pour faire de la musique et créer. » La liberté, c’est disposer de soi et de son potentiel à chaque instant pour satisfaire à des performances uniques, singulières et souvent de très haut niveau, la santé est importante pour satisfaire à cela. Quelle que soit la pratique, il est nécessaire que les artistes s’impliquent dans la démarche préventive et que les organisations patronales et syndicales fassent preuve de détermination pour s’engager dans une politique de préservation de la santé des artistes.
Le deuxième écueil, c’est de vouloir simplement imposer des règles sans prendre en compte les contraintes liées à la création, à l’art. Les artistes doivent se réapproprier les moyens préventif ; pour cela, il faut que cette démarche les intègre au tout début de la démarche. Le milieu de l’intermittence comme celui des arts plastiques semblent peu se prêter à un travail collectif sur la sécurité et la santé. Le statut et l’organisation des métiers sont des facteurs discriminants dans ce domaine. De fait, les structures qui organisent ces professions devraient s’investir de manière innovante pour améliorer cette situation.
Médecine des arts est à l’origine en France de nombreuses démarches dans ce domaine et se place toujours au plus près de l’intérêt des artistes, de leur santé et de leur bien-être.
Rédacteur : Docteur Arcier président fondateur de Médecine des arts®
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Dans le même article le législateur indique que :
Sans préjudice des autres dispositions du présent code, le chef d’établissement doit, compte tenu de la nature des activités de l’établissement :
a. Évaluer les risques pour la sécurité et la santé des travailleurs, y compris dans le choix des procédés de fabrication, des équipements de travail, des substances ou préparations chimiques, dans l’aménagement ou le réaménagement des lieux de travail ou des installations et dans la définition des postes de travail ; à la suite de cette évaluation et en tant que de besoin, les actions de prévention ainsi que les méthodes de travail et de production mises en oeuvre par l’employeur doivent garantir un meilleur niveau de protection de la sécurité et de la santé des travailleurs et être intégrées dans l’ensemble des activités de l’établissement et à tous les niveaux de l’encadrement ; …
b. Lorsqu’il confie des tâches à un travailleur, prendre en considération les capacités de l’intéressé à mettre en oeuvre les précautions nécessaires pour la sécurité et la santé.
c. Consulter les travailleurs ou leurs représentants sur le projet d’introduction de nouvelles technologies mentionnées à l’article L. 432-2, en ce qui concerne leurs conséquences sur la sécurité et la santé.
Image du logo de l’article : extrait de l’affiche du film "La Danse" de F. Wiseman.
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