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10 conseils de prévention des accidents dus à la chaleur estivale et pratique artistique


10 conseils de prévention des accidents dus à la chaleur estivale et pratique artistique

Les conditions d’activité des pratiques artistiques sont très variables. Ces activités peuvent se réaliser dans un environnement particulièrement chaud, sur notre continent ou lors de tournées à l’étranger. Afin d’éviter et de prévenir les accidents liés à la chaleur quelques conseils de base s’imposent. Ces conseils sont d’autant plus importants que l’activité artistique est intense et se fait dans des conditions défavorables (vêtements spécifiques et trop hermétiques), âge, pathologie.

Certaines pratiques artistiques menées dans des conditions climatiques défavorables sur le plan de la chaleur, de l’humidité peuvent être à l’origine de troubles de la santé sérieux chez les artistes.

Il y a quelques années Cecilia Bartoli devait donner un concert dans l’ancien hangar de chantier naval d’Antibes. "La belle architecture de pierre et de bois assure une acoustique moelleuse, que perturbent seulement… le survol des avions voisins, et une climatisation inexistante. Deux soirs plus tôt, incommodée par cette chaleur, Montserrat Caballé était tombée dans les pommes et dans les bras d’Eve Ruggieri. Généreusement décolletée, Cécilia Bartoli résiste crânement, mais les musiciens de l’Orchestre philharmonique de Monte-Carlo, littéralement liquéfiés sous les projecteurs, suent sang et eau. On ne tiendra pas rigueur, sous la battue lourdaude de Lawrence Foster, d’écarts de justesse ou de ton". [1]

Une vigilance particulière s’impose lorsque la température ambiante à l’ombre dépasse dans la journée 30°C et que la température nocturne reste au-dessus de 25°C plusieurs nuits consécutives, plus encore lorsque le niveau d’humidité est élevé
Cette succession de hautes températures nocturnes ne permet pas au corps une bonne récupération surtout si le niveau d’humidité reste élevé (>70%)

Évaluation du risque

L’évaluation est la première phase de la prévention. La prise en compte des risques par les organisateurs/employeurs de spectacle, les managers/employeurs est une obligation légale à laquelle tous les employeurs doivent se soumettre. L’analyse de ce risque par l’artiste lui-même est la condition de l’application et de l’intégration des données préventives à la pratique artistique.
Le risque vis-à-vis de l’exposition à la chaleur climatique lors d’un exercice lié à une pratique artistique est la relation des conditions climatiques, des conditions de l’activité et de l’organisation par rapport aux capacités de l’artiste à un moment donné à faire face à la situation à risque.

    • conditions climatiques : La charge radiante est la principale source de chaleur, il faut donc se protéger du soleil, de toute surface radiante (surface bétonnée, goudronnée). L’humidité ambiante élevée majore fortement le risque. Il est à noter que le ruissellement de la sueur est un facteur péjoratif car il est dénué d’efficacité thermolytique.
    • conditions de la pratique artistique : il existe une grande variété de pratiques. De manière évidente, du fait de l’intensité de l’activité, des conditions d’exercice, le risque peut être notablement majoré : pratiques artistiques sous chapiteau mal ventilé, manifestation artistique à l’extérieur en milieu réverbérant.
      Un bon niveau de condition physique et un entraînement régulier vont à l’inverse améliorer la tolérance à la chaleur.
    • caractéristiques individuelles : tous les facteurs particuliers, de la prise de certains médicaments, à la grossesse, au manque de sommeil etc. sont des paramètres défavorables.

Hygiène de vie :

Le style de vie de l’artiste va influer sur ce risque. Limiter le risque c’est :

  • ne pas boire d’alcool y compris de la bière,
  • éviter les boissons avec de la caféine, coca, etc.
  • manger légèrement à distance de la période de pratique, manger des éléments riches en sels minéraux,
  • limiter la consommation de tabac ou d’autres produits, plus encore dans le cas de pathologies respiratoires,
    les addictions en général sont des facteurs aggravants
  • respecter le temps de sommeil et privilégier le bien-être, limiter le stress.

Gérer les rythmes de l’activité

  • adapter son rythme de travail à sa tolérance à la chaleur ; la santé ne se négocie pas, la pratique oui ;
  • réaménager l’activité, le programme en fonction de l’environnement climatique. Réaliser le programme artistique en décalant de manière exceptionnelle les horaires (le public sera également mieux et plus confortable pour suivre ces manifestations) ;
  • privilégier les répétitions dans les périodes plus fraîches, plutôt le matin lorsque c’est possible et se reposer durant la période la plus chaude ;
  • limiter globalement l’exposition à la chaleur, prendre des pauses fréquentes et régulières dans un endroit frais et à l’ombre. Prévoir des périodes de récupération dans un lieu frais. Ne pas s’exposer ou limiter cette exposition en dehors de l’activité ;
  • éviter les efforts connexes à l’activité : port de matériel, préparatifs de la manifestation par exemple, etc.

Acclimatement

L’acclimatement à la chaleur est facilité par l’entraînement régulier et répété à la chaleur qui améliore la tolérance à la chaleur. Ainsi on obtient une meilleure tolérance qui se traduit par :

  • un déclenchement plus précoce de la sudation pour des activités corporelles inférieures ;
  • par un débit sudoral plus élevé ;
  • parallèlement par une concentration saline de la sueur plus faible.
  • Prévoir une période d’acclimatation de 5 à 6 jours , avant de faire une activité artistique soutenue (comme on peut le rencontrer dans certains spectacles festifs, manifestations estivales artistiques de rue par exemple), lorsque la chaleur est subite (lors de tournées par exemple où l’on passe d’un environnement climatique à un environnement très différent.

Vigilance accrue vis-à-vis de soi

- redoubler de vigilance particulièrement en cas d’antécédents médicaux et/ou de prise de certains médicaments (sédatifs, tranquillisants.). Mais aussi si l’on manque de sommeil, en cas de fatigue, grossesse, obésité, âge ou handicap ,
- demander un avis complémentaire sur le plan médical ,
- des symptômes de malaise doivent faire stopper l’activité et s’orienter vers un service médical. Prendre les symptômes au sérieux.

Tenue vestimentaire

Certaines pratiques imposent de se vêtir de manière spécifique. Mais plus souvent que l’on ne pense, il est possible des privilégier des vêtements qui satisfont à la prévention du risque chaleur.

  • s’habiller léger, avec des vêtements aérés (coton par exemple), amples, de couleur claire protégeant du rayonnement et n’entravant pas l’évaporation. en choisissant des tissus qui permettent une bonne aération. A l’inverse un vêtement serré et imperméable à la vapeur d’eau gêne la thermolyse.
  • Mettre un couvre-chef. Les chapeaux et casquettes se voient souvent dans les milieux du jazz, pourquoi pas dans d’autres pratiques ?
  • Par ailleurs, certaines pratiques demandent le port de vêtements spéciaux (plus ou moins hermétiques et lourds). L’analyse du risque chaleur intégrera ce paramètre pour déterminer les conditions réelles de la pratique (décalage de l’activité en phase nocturne, hydratation, pauses, etc..)

Limitation de l’exposition

  • Limiter globalement l’exposition à la chaleur, prendre des pauses fréquentes et régulières dans un endroit frais et à l’ombre. Prévoir des période de récupération dans un lieu frais. Ne pas s’exposer ou limiter cette exposition en dehors de l’activité.

Hydratation

- S’hydrater avec de l’eau fraîche de manière très régulière et suffisamment fréquente, même sans soif.
- Une bonne hydratation est l’élément clé de la prévention : l’émission d’urines foncées témoigne le plus souvent d’une hydratation incorrecte.
- Le fait de saler les aliments un peu plus au cours de cette période peut être utile.

Pour les pratiques artistiques très intenses exposées climatiquement ces conseils peuvent être utiles :

  • Quand boire  ?
    Il faut boire avant, pendant et après l’exercice  :
    •  Avant  : boire 200 à 300 ml (deux verres) toutes les 30 min,
    •  pendant et après toutes les 15 à 20 minutes.
  • Que boire  ?
    • Pendant l’exercice  : boisson de l’effort
      •  Eviter de boire de l’eau pure au-delà de 2 à 3 litres, ce qui peut induire une diminution de la concentration de sodium dans le sang,
      •  La vidange gastrique, donc l’assimilation d’eau, est favorisée par des solutions contenant :
      •  30 à 80 g/l de sucres et plus en ambiance normale. En ambiance chaude, 20 à 50 g/l de sucres peuvent suffire (par exemple jus de fruit dilué 2 à 5 fois)
      • 400 à 600 mg/l de sodium (au delà la boisson a un goût saumâtre), soit 1 à 1,5 g de sel par litre de boisson.
    • Après l’effort  : boisson de récupération
      • A l’arrêt de l’exercice, il est indispensable de compenser largement (1,5 fois) le déficit hydrique créé. Le contrôle du poids sur la balance permet d’estimer le volume d’eau perdu.
        - â€‚L’addition de sel est obligatoire, celle d’un glucide à cette solution permet en outre la recharge des stocks de glycogène consommés.
        - â€‚On ajoutera à l’eau du sel et des sucres pour atteindre une teneur de 1,5 g/l de sel et 50 g/l environ de sucres. On peut aussi utiliser une solution préparée que l’on trouve dans le commerce.

Attention à la composition des boissons si vous êtes soumis à un régime appauvri en sel ou sans sel ; l’avis d’un médecin dans ces situations plus exceptionnelles est nécessaire.

Protection cutanée

- La protection cutanée comprend l’utilisation de crèmes solaires, la lutte contre la macération (dermatoses) et la vérification de l’absence de photoxicité d’un éventuel traitement."

Amélioration du confort de l’artiste

- Ã‰viter dans les périodes les plus chaudes de faire ces activités artistiques à proximité de matériels ou techniques qui génèrent de la chaleur ; on peut trouver cela dans les arts plastiques, par exemple chez les verriers (activités artistiques avec du verre, souffleurs de verre, mais aussi travail à proximité d’un four), dans certains spectacles du rue : "cracheurs de feu".

- Améliorer le confort de l’artiste à la source, au niveau des locaux, de l’organisation de l’activité, de la préparation, de l’acclimatement à l’environnement thermique. L’artiste lui-même doit penser et demander de travailler dans de bonnes conditions, que les risques soient intégrés à la source (isolation thermique des locaux, climatisation, ventilation, douches, etc…)

- Le milieu artistique et institutionnel doit s’impliquer pour améliorer les conditions d’activité des artistes tout autant que pour d’autres corps professionnels.


L’ambiance thermique est déterminée en fonction de l’indice WBGT (Wet Bulb Globe Température) qui fixe le niveau de contrainte thermique supporté par un individu en fonction de certaines variables : la température et la vitesse de l’air (courant d’air, ventilation), le taux d’humidité, la température de rayonnement (chaleur radiante émise par les objets chauds environnants), l’apport solaire et le taux de sudation de la personne.

Les pratiques artistiques en ambiance thermique chaude doivent tenir compte de l’indice WBGT, d’une pathologie éventuelle préexistante, ainsi que des effets secondaires possibles des médicaments ; les efforts en pleine chaleur doivent être proscrits surtout si l’humidité est importante.

Il est à noter que le code du travail ne fixe pas de limite réglementaire maximale au niveau de la température, mais une vigilance accrue dans cette période fait aussi globalement partie des obligations de l’employeur de l’artiste lorsqu’il existe.


rédacteur Docteur Arcier André fondateur de Médecine des Arts


Guide de prévention des accidents dus à la chaleur


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[1] télérama, 16 septembre 1992


Réalisation : Octavo