Dictionnaire de musique, Jean-Jacques Rousseau, 1767.
pluriel
Lorsque deux sons forts et soutenus, comme ceux de l’orgue, sont mal d’accord et dissonent entre eux à l’approche d’un intervalle consonnant, ils forment, par secousses plus ou moins fréquentes, des renflements de son qui font peu près, à l’oreille l’effet des battements du pouls au toucher ; c’est pourquoi M. Sauveur leur a aussi donné le nom de battements. Ces battements deviennent d’autant plus fréquents que l’intervalle approche plus de la justesse ; et lorsqu’il y parvient, ils se confondent avec les vibrations du son.
M. Serre prétend, dans ses Essais sur les principes de l’Harmonie, que ces battements produits par la concurrence de deux sons ne sont qu’une apparence acoustique, occasionée par les vibrations coïncidentes de ces deux sons : ces battements, selon lui, n’ont pas moins lieu lorsque l’intervalle ils se confondent alors ne permettant point à l’oreille de les distinguer, il en doit résulter non la cessation absolue de ces battements, mais une apparence de son grave et continu, une espèce de faible bourdon, tel précisément que celui qui résulte dans les expériences citées par M. Serre, et depuis détaillées par M. Tartini, du concours de deux sons aigus et consonnants. (On peut voir au mot Système que des dissonances les donnent aussi.) "ceux qu’il y a de bien certain, "continue M. Serre, c’est que ces battements, ces vibrations coïncidentes qui se suivent avec plus ou moins de rapidité, sont exactement isochrones aux vibrations que ferait réellement le son fondamental, si, par le moyen d’un troisième corps sonore, on le faisait actuellement résonner."
Cette explication très spécieuse n’est peut-être pas sans difficulté ; car le rapport de deux sons n’est jamais plus composé que quand il approche de la simplicité qui en fait une consonnance, et jamais les vibrations ne doivent coïncider plus rarement que quand elles touchent presque à l’isochronisme. D’où il suivrait, ce me semble, que les battements devraient se ralentit à mesurer qu’ils s’accélèrent, puis se réunir tout d’un coup à l’instant que l’accord est juste.
L’observation des battements est une bone règle à consulter sur le meilleur système de tempérament. (Voyez Tempérament.) Car il est clair que de tous les tempéraments possibles celui qui laisse le moins de battements dans l’orgue est celui que l’oreille et la nature préfèrent. Or c’est une expérience constante et reconnue de tous les facteurs, que les altérations des tierces majeures produisent des battements plus sensibles et plus désagréables que celles des quintes. Ainsi la nature elle-même a choisi.
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